Au lendemain de ce mariage, dans la tête de Violette germa l'idée aussi
formelle qu'attendue d'acquérir un lieu d'habitation à part entière.
Autrement dit, elle souhaitait que nous achetions une maison.
Avec toute ma fortune, j'en avais certes les moyens. Elle habitait encore
chez ses parents et moi également. Nous avions par conséquent chacun un toit.
Pourquoi dépenser de folles sommes pour un nouveau logement alors que nous
pouvions nous contenter du refuge ultime que constituaient les quatre murs de ma
piaule ?
Pour abriter une vie de couple, c'était largement suffisant. En outre, je
n'aurais ni impôt foncier ni charges supplémentaires à acquitter en demeurant
avec elle sur la propriété parentale. Je ne voyais nul inconvénient à mener une
existence ordinaire dans ma chambre de toujours, en sa compagnie, pourvu que le
bonheur conjugal fût au rendez-vous.
Une conjointe, mon lit, des poubelles : il ne m'en fallait pas beaucoup
pour être heureux.
Par ailleurs, je devais m'efforcer d'initier Violette à ce quotidien simple
et sain, même si je savais que de son côté elle se permettait, avec son
propre argent, de jouir d'onéreux artifices. N'y avait-il pas la place nécessaire
dans cette pièce pour y loger deux cœurs qui s'aimaient ?
De plus, les hôtes inanimés qui nous entouraient apportaient un charme
crépusculaire à cet espace intime. Tous ces trucs rouillés, ces présences
métalliques, ces formes fantomatiques ajoutaient une ambiance de mystère à mon
antre. Ma caverne palpitait de ces ombres et de ces flammes. Délicieusement
hanté par ce peuple immobile de babioles et de menues bagatelles, mon asile me
semblait irremplaçable.
Le ciel de mon royaume rayonnait comme un doux cauchemar. Aux antipodes des
tiédeurs aseptisées d'une alcôve neuve où je n'aurais jamais vécu, mangé, dormi
et économisé auparavant, et donc dépourvue de marques personnelles.
Pas question de quitter ma modeste tour d'ivoire ! Même pour un château qui, de toute façon, m'aurait paru trop propret, parfaitement anonyme, pas assez
rance. Chez moi, j'avais mes repères de fouineur de trésors perdus, mes habitudes d'explorateur de bennes, mes
mœurs mesquines et rassurantes de campagnol des ordures.
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