Un orage se préparait.
Après une journée de chaleur, d'inertie et de lourdeur, nous espérions la
légèreté d'une soirée pleine de flots et de fracas, attendant de recevoir enfin
la gifle rafraîchissante d'un ciel noir de saine colère.
Je jubilais sous la tourmente qui s'annonçait, tandis que Violette
redoutait un peu tout ce bruit au-dessus de sa tête. Si j'aimais à ce point
entendre gronder les nues, c'était pour l'excellente raison que ce temps se
résumait à un déversoir de toutes les richesses gratuites du monde.
J'assistais à un débordement des éléments en furie, à un don général de la
nature qui ne se contient plus, au spectacle de la générosité de la création
envers les hommes. Quelle fête ! Pour moi c'était l'eau et le feu offerts sans
compter à la terre et aux êtres qui la peuplent.
J'admirais cette distribution universelle et égalitaire du trésor céleste,
éternellement renouvelé, issu de la banque divine.
Encore fallait-il savoir apprécier chaque goutte ruisselant sur sa peau,
la plus petite gorgée d'onde vivifiante coulant entre ses lèvres, les moindres
caresses glacées de l'averse prodigue. Et que dire de l'arrosage des plantes et
arbres fruitiers qui nous apportent l'opulence ?
La pluie ne réclame jamais rien en échange des miracles qu'elle produit.
Elle fait tout reverdir, abreuve les sillons sans distinction, garnit les
greniers de toutes sortes de récoltes. Qui lui rend grâce pour ses bienfaits ?
Rares sont les mortels de mon espèce qui, remplis de gratitude, tendent
leurs coupes vers les nuages en chantant leur joie d'être mouillés !
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