Assis à ma table dans la pièce unique où je vis, mon regard fixe la bougie
qui se consume.
Il est tard et je veille.
Au-dessus de ma tête, la nuit. Le vide, l'absence, le néant.
Le toit de ma demeure, un abri étroit dénué de confort, supporte une
montagne de ténèbres.
Tout semble m'écraser : les murs, le silence, la solitude, la tristesse.
En réalité, j'ai le cœur léger, l'âme claire, des pensées sereines. Loin
des hommes, seul avec les meubles, l'âtre, la pierre, les fagots, face à
moi-même, j'écoute le bruit de mes gestes.
La chandelle devant moi vacille. Dans la cheminée, il n'y a presque plus
rien à brûler. Il est temps d'aller me coucher.
Dehors, il n'y a personne. Seulement les arbres agités par le vent, une
faune muette composée de présences incertaines et de formes indéterminées. Et
dans le noir, les rêves passagers de quelques bêtes endormies.
Dans mon lit, le froid m'attend.
Au lieu d'une femme belle, douce et charnelle qui se languirait de moi, un
spectre sans visage me tend les bras. Je le rejoins, confiant, tout en
m'enveloppant d'obscurité, déjà trop fatigué pour résister aux fumées de
Morphée. Les draps sont lourds, rêches et humides. Ils ressemblent à un linceul.
Je m'enfonce dans le brouillard de la léthargie. Le feu dans mon foyer vient de
s'éteindre.
Je me réchaufferai à d'autres flammes.
Je repense à ma journée. Guère longtemps : je sens cette brume insidieuse
qui m'étreint. Elle me trouble, me fige et puis m'emporte. Je sombre sur place.
Et fait un voyage vers un grand ailleurs. À deux pas de mon corps pétrifié. Et
reste étendu là comme un mort à traverser l'éternité de mon sommeil. Je dors
dans cette maison isolée jusqu'à ce que l'aube me tire de cette tombe
éphémère.
Le jour se lève, tout s'éclaire. J'ouvre les yeux sur un nouveau bonheur à
gagner.
En posant le pied par terre, la lumière entre en moi. Le Soleil ne voit pas
un simple humain qui s'éveille.
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