La solitude, cette âpre compagne que j'aime tant ordinairement, me pèse certains jours. Surtout aux heures de pluie. Je m'enfonce alors dans la boue des chemins, traîne dans les champs, m'ennuie dans la campagne, pleure sans témoin. Et mes rêves de vagabond sont écrasés sous le poids du ciel, se brisent contre les pierres, disparaissent dans les flaques.
Et je me retrouve nu au coeur de la grisaille. J'ai froid et la tristesse m’envahit. Je sombre dans un monde de deuil. Je me demande ce que je fais dehors, trempé, égaré parmi la végétation. Cette existence d'errance vaut-elle le prix de ce soudain accablement ? Ne serais-je pas mieux au chaud dans un salon à lire ou causer en fumant la pipe, me dis-je ?
Je regarde autour de moi et ne vois qu'une vaste étendue déserte. Nulle âme : rien que le silence et la mortelle verdure.
Serais-je donc né pour cette misère ? Les nues profondes me pénètrent et je sens en moi une immense mélancolie. J'ai envie de hurler ma peine aux nuages, de crier ma détresse à l'horizon, de verser mes larmes au vent. J'ai l'impression d'être seul à souffrir au sein de cette nature. Mais ma tristesse ne dure que le temps d'une averse.
Quelques oiseaux passent au-dessus de moi, les herbes s'agitent sous une brise et puis le crépuscule arrive. Les brumes se déchirent et des flammes percent les hauteurs. Mon spleen s'estompe sous l'effet de ce nouvel azur de feu.
Les lueurs du couchant chassent les ténèbres de ma tête et mon chapeau de paille se met à briller. Mes pensées redeviennent légères, mes pas m'emportent comme des ailes, et je m'envole.
Mes semelles restent cependant enlisées dans les lourdeurs de la terre et je ne quitte pas cet univers champêtre. Je demeure toujours au même endroit et pourtant je suis déjà loin.
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