jeudi 26 février 2026

2547 - Le temps des giboulées

Les joyeuses giboulées prolongent les dernières blancheurs de l'hiver sur les champs.
 
Elles font également étinceler mon manteau de leur éclat éphémère. Avec toutes ces étincelles de givre sur le dos, j'ai l'air d'un croque-mort en fête. Ma silhouette couverte de glace fondue s'allège dans le paysage. Je ressemble bientôt à un loup poudré de cristaux. Et je m'enflamme sous les grains de neige tout en frissonnant de froid.
 
Mon âme éprise des beautés austères de la Création s'éclaire sous la bourrasque qui me fouette la face. J'admire en pur esthète le spectacle de la nature embellie par la mortelle averse.
 
Les grêlons m'effraient et m'enchantent en même temps avec leur fracas électrique et leur morsure féroce. Mon chapeau récolte l'écume de la tourmente et cela me fait une couronne de minuscules diamants. Je me prends pour le roi du mois de mars.
 
Le ciel paraît fragile, il a l'air de se déliter sous le dégel. Les nuages semblent se briser comme du verre. Rien de tout cela me rend triste. Je veux être trempé par la saison, brûlé par la grêle, foudroyé par ces perles tranchantes, réveillé enfin par la clameur de la planète qui en réalité ne fait que tourner le plus normalement qui soit au rythme de la vie.
 
Seuls les sots s'en étonneront.

Et moi, les talons dans la glèbe je poursuis mon chemin, frigorifié jusqu'aux os et heureux après ce déluge d'ombres, de clartés et de feu.

2546 - Quand je traîne...

Je ne suis pas qu'un gros sanglier stupide qui fonce à travers bois et chemins. Ma semelle se fait parfois légère et mon chapeau prend le temps de rêver sous le vent.
 
Je traîne de sillons en pâtures et de fourrés en mares pour aller dire bonjour aux rats, aux vaches ou aux grenouilles. Ou bien, encore plus ivre d'espace que d'habitude, je décide de marcher en direction de routes improbables, jamais empruntées auparavant.
 
A mes risques et périls, je brise ma routine de vagabond pour me rapprocher de l'irréel.
 
Je me déleste de mes bottes de brute et rejoins les entités de plumes. Alors je parle avec des êtres imaginaires qui flottent dans l'air autour de moi, je déploie mes bras comme les ailes d'un aigle et m'envole vers les nuages : je me transforme en un poème qui palpite et pépie.
 
L'azur devient aussitôt mon monde naturel. Ses blanches nuées m'accompagnent dans leur course céleste. Dans ces moments où je me retrouve entre la boue du sol et la lumière du ciel, je me sens aussi impondérable que la brume. Et je ne sais plus très bien si je brûle telle une flamme ou si je m'évapore pareille à une goutte d'eau.
 
Cierge ou neige, braise ou givre, étincelle ou onde, quoi qu'il en soit je vibre et monte. Si fort, si haut, que la Lune m'apparaît toute proche. J'ai l'impression que je pourrais la toucher du bout de mes lèvres... Je regarde en bas et y contemple d'un seul coup d'oeil mon univers de marcheur des champs. Dieu ! Que mon paradis champêtre me semble petit ! N'importe, c'est là que je me trouve heureux.
 
Je suis aux anges dans mes granges, fossés, sentiers, friches et villages aux horizons étriqués.
 
Après avoir ainsi longuement plané dans ces altitudes vertigineuses en compagnie des augustes cumulus, invariablement porté par mes pensées supérieures, je redescends sur terre pour y reprendre vite contact avec mon quotidien.
 
Mes ascensions vers les hauteurs se terminent toujours par une grande faim.

Lorsque je reviens de cette aventure des sommets et que le soir arrive enfin, il est souvent l'heure pour moi d'aller me caler l'estomac chez la mère Garbichon avec un solide plat de saucisses aux choux.

mercredi 25 février 2026

2545 - Les poires

A la saison des récoltes, me voilà bien servi ! Le ciel et la terre me rassasient de sucre et d'eau. Je n'ai qu'à tendre la main en l'air ou simplement me baisser pour boire et manger à la source de la Création.
 
Lorsque mes routes d'errant débordent d'arbres fruitiers oubliés, rien n'est perdu pour moi. Quelle abondance ! Je ramasse sans faire le difficile tout ce qui me tombe sur la tête.
 
A la vérité il m'arrive également de mettre dans ma poche ce qui dépasse des propriétés privées. La loi des hommes me le permet, par conséquent je ne me l'interdis nullement.
 
Bref, ma prédilection va vers les poires. Parce qu'elles sont juteuses, c'est-à-dire gorgées de nuages, lourdes et tendres, parfumées du soleil d'automne, je les préfère aux frustes pommes.
 
J'ai l'impression d'avaler un peu de la délicatesse de la rosée et beaucoup de la légèreté de l'azur.
 
Et puis je dois avouer que ces fruits en forme de grosses gouttes jaunes me font songer aux mamelles opulentes de la femme du notaire ! Diantre ! Quels trésors que ces glanages de septembre !
 
Ces cueillettes sauvages sont une vraie bénédiction pour le vagabond que je suis. Les sédentaires repus les laissent en général pourrir au sol. Les rats, les corbeaux et les porteurs de chapeaux de paille comme moi en profitent pour en faire leur festin de bandits des humbles chemins.
 
Chaque année je chemine ainsi à la fin de l'été dans le canton, humant les senteurs automnales, m'enivrant des clartés et des brumes de l'horizon, prêt à dévorer cette manne faite de pulpe et d'or.
 
Et puis je passe chez la mère Garbichon qui, histoire de prolonger mon aventure gastronomique agreste, m'accueille avec une soupe aux... poireaux !

mardi 24 février 2026

2544 - Les clochers

Les clochers que j'aperçois depuis mes fourrés de vagabond sont des points de repère essentiels.
 
Je les vois de loin et ils me font rêver, surtout quand ils émergent des brumes. Ils s'élèvent tels des pics idéaux. Et demeurent à la verticale, impassibles dans le siècle agité. Ils ressemblent à des géants antiques, debout au-dessus des hommes. Ils me font voyager du regard de bourg en bourg.
 
Mais lorsque j'arrive dans les villages et que je me place dessous, ils deviennent plus prosaïques à mes yeux et me laissent quasiment indifférent.
 
Leur seule utilité aujourd'hui est de sonner les heures creuses de la journée. Que nul n'écoute.
 
Pareils à de grandes aiguilles de pierres arrêtées par la modernité, ils attendent que le temps passe. Et se contentent d'indiquer en permanence la direction céleste, même si personne n'y prête plus attention.
 
Les églises ne prennent une valeur poétique pour moi que lorsqu'elles se dressent dans l'horizon. De près, elles perdent toute légèreté.
 
Leur pointe dans le lointain a la finesse d'un doigt désignant le ciel et leurs cloches entendues à distance tintent comme des clameurs angéliques.
 
Une fois que je me trouve sous leur porche, les murs m'écrasent et l'airain m'assourdit.
 
Dès lors que je les observe à partir de ma position de loup des bois et du haut de mon chapeau de paille sans cesse dans le vent, ils apparaissent véritablement à ma pleine mesure. Ils ne sont plus ces masses épaisses et brutales au-dessus de ma tête mais des flûtes nébuleuses surgissant dans le fond de la campagne et ponctuant mon univers local. Perçus de manière éloignée, ils s'insèrent dans un panorama vaporeux.

Dans mon champ de vision, ils se mêlent à l'azur et aux nuages avec une délicieuse imprécision, ce qui là seulement les met définitivement à ma portée.

lundi 23 février 2026

2543 - La vieille cabane

Je ne dors pas systématiquement dans des granges. Par beau temps il m'arrive aussi de m'étendre en pleine friche, au bord d'un fossé ou bien à l'abri d'un arbre. Un soir de printemps j'entrai dans une cabane abandonnée pour y dormir du sommeil du fruste.
 
Vu de l'extérieur, l'endroit me sembla étrange, sans que je sache vraiment pourquoi. Je ressentais la sensation inexpliquée d'approcher un ailleurs qui avait les apparences de la plus extrême banalité.
 
Je poussai la porte prise dans les ronces, les tiges récalcitrantes se rompirent sèchement. Par ce geste inaugural, effectué tant de fois auparavant, je prenais officieusement possession des lieux et me retrouvais chez moi jusqu'au lendemain matin. Pour quelques heures, je devenais propriétaire d'un palais de planches pourries.
 
Dans la vie d'un vagabond de grandes et petites choses se légitiment aussi simplement que cela. Les réalités brutales et efficaces remplacent les tracasseries administratives. Un coup de talon dans l'huis et le sésame s’ouvre. Nul besoin d'acte notarial pour régner sur son fief d'un jour. Il suffit de l'approbation implicite des épines que l'on déracine avec vigueur, de la broussaille que l'on foule avec autorité. Le seul bruit des herbes qui se déchirent sous la force des bottes de l'intrus vaut accord.
 
Bref, après ces brèves formalités, je m'introduisis sous mon toit éphémère.
 
En franchissant le seuil de la baraque, j'eus l'impression de pénétrer dans l'antre d'une bête inconnue. J'observai rapidement la misérable demeure et mon inquiétude retomba aussitôt : tout était vide et silencieux à l'intérieur. De toute évidence, un ancien refuge de chasseur oublié... Pas de quoi s'affoler ! Je m'installai pour la nuit.
 
Je m'endormis assez vite, fatigué de ma journée de marche. Bientôt je fus réveillé par un rayon de lune par les lucarnes. Je sentis un effleurement sur ma joue. Une chauve-souris ? Un papillon nocturne ? Une plume tombée de quelque nid au plafond ? Je tendis l'oreille, écarquillai l'oeil dans le noir et n'entendis que les battements de mon coeur, ne vis que le dénuement de la pièce partiellement éclairée par l'astre.
 
Puis progressivement j'aperçus, comme flottant dans l'air, l'ombre d'une tête surmontée de vagues excroissances. Un chevreuil ? Une vache égarée peut-être... A moins qu'il ne s'agît d'un homme, un braconnier errant de ma corporation, coiffé d'un chapeau inhabituel ? Quel animal ou âne d'humain aurait-il l'idée de passer le cou par la fenêtre d'une telle tanière dans l'obscurité ? Je songeai plutôt à la silhouette d'un hibou, sans être certain d'avoir affaire à ce rassurant volatile. Impossible de me rendormir à proximité de ce phénomène que je n'identifiais pas clairement !
 
La présence changeait de place, d'allure, de taille également. Elle disparaissait furtivement pour réapparaître plus loin, tantôt à travers un haut profil, tantôt rapetissée. Cette forme me faisait penser à une licorne, et l'instant suivant à un sanglier. Elle me tournait autour, se manifestant en un point puis en un autre de manière confuse, incohérente.
 
Enfin je finis par sombrer dans le monde des rêves. Mais, curieusement, je ne me souvins d'aucune de ces fumées oniriques. Seulement des images auxquelles je fus confronté lors de mon état de veille.
 
A l'aube, je repartis de ce gîte hanté en laissant derrière moi le mystère de l'apparition mouvante.
 
Jamais je ne retournerai dans cette habitation maudite.

dimanche 22 février 2026

2542 - Les granges

Les granges érigées au bord de mes routes d'errance m'arrangent bien.
 
Elles constituent l'essentiel de mes logements improvisés. En tant que vagabond, je les considère comme des hôtels gratuits.
 
Je les choisis tantôt au hasard de mes pas selon la nécessité, tantôt selon mes envies du moment lorsque rien ne presse sous mes semelles. La pluie m'impose la première que je découvre, le beau temps me laisse le loisir de faire le difficile, même si en réalité je trouve tout à mon goût.

En général je connais la plupart de ces remises : je dors régulièrement aux mêmes endroits au cours de mes circuits fermés autour du canton. Ces baraques pleines de paille, parfois occupées par quelque bétail occasionnel, forment pour moi un sécurisant réseau de lits chaleureux.

Ce sont mes châteaux de foin, mes asiles de nuit, mes abris secrets, mes toits troués sous les étoiles. Sans chauffage ni eau courante. L'extrême sobriété de ces lieux leur confère un charme unique. Ils représentent le luxe suprême du gros sanglier que je suis. La rugosité des éléments contribuent à mon confort mental. Je ne me sens chez moi qu'entouré de vieilleries, de sacs de lin, de chandelles usées, de paniers d'osier, de bûches à brûler...

Les herbes séchées, les vieux fagots, les pierres immémoriales et les poutres séculaires qui se ternissent dans ces espèces de greniers à blé m'enchantent plus que le lustre des demeures de notables.

C'est dans ces nids rustiques aux odeurs de fourrage que je me délasse de mes interminables marches en grosses bottes, me déleste de mes lourdeurs de la journée, m'envole vers mes nuages idéaux. Je suis une bête des chemins aux ailes nocturnes. Dès que je m'étends le soir dans un de ces gîtes inopinés, je deviens un aigle royal et rayonnant : je me retrouve non pas dans un coin banal mais au sommet de mes pensées.

Je pousse la porte de ces chambres à pèlerins peuplées de chauves-souris ou d'hirondelles aussi épais qu'un quadrupède, et m'y couche plus léger qu'un papillon. Dans ces refuges agrestes se déploie ma véritable nature.

Dans mes plumards de gueux je fais des rêves de roi.

samedi 21 février 2026

2541 - Les villageois

Je vois le monde depuis ma hauteur de vagabond. Je suis dans les nuages et les autres, les villageois, se situent au ras des horizontales réalités.
 
Moi l'oiseau du ciel, eux les sédentaires d'en bas.
 
A l'échelle de cet univers où je suis incarné, une hiérarchie cruciale s'impose, même si je suis le seul à la concevoir : il y a les êtres ailés des sommets et le peuple des bouses. Les quadrupèdes, ânes et cornus, ainsi que les humains qui leur ressemblent, pataugent quasiment dans les mêmes coins bourbeux de la terre. Ce qui dépasse leur quotidien d'herbivores et de buveurs d'apéros ne leur est point accessible. Aucun d'eux, bovidés comme bipèdes, n'imagine d'autre paradis que la surface de leur sol.
 
Ils voient en moi une ombre pittoresque qui passe, un animal de cirque qui marche, mange, boit et les fait rire, et n'ont nullement conscience de ma carrure aérienne.
 
A quelques exceptions près, dont la mère Garbichon, ces cochons de citoyens égaux que je côtoie sont de parfaits abrutis. Prioritairement en ce qui concerne les maires de la plupart des communes du canton que je parcours régulièrement.

Ils me prennent pour un fou, un original ou un simple opportuniste en quête de vin et de pain. Mais ce qu'ils ignorent, c'est que sous mon chapeau de paille je porte des siècles de traditions perdues, cache des flammes trop brûlantes pour leur être révélées, préserve des légendes en voie d'oubli. Et surtout, je raconte à ceux qui veulent bien les entendre les fables ancestrales qui élargiront leurs vues étriquées, leur feront lever les yeux, allégeront leur âme.

Généralement je ne montre jamais aussi crûment ma véritable nature à mes frères doués de tant de bêtise, de crainte de les brusquer dans leurs certitudes de bovins. Je me contente de les approcher avec moins d'inutile franchise et plus de folklore, histoire de les amuser avec des artifices au lieu de les heurter avec la vérité. Je me mets volontairement au niveau de leur auge, afin d'en faire des compagnons de vie et non des adversaires, bien que je méprise leurs aspirations de porcs.

J'espère seulement pourvoir, à la longue, à force de patience et d'humanité, les éduquer, les éveiller, leur désigner toutes ces étoiles qui brillent au-dessus-de leurs têtes de crétins.

Avec mes grosses bottes de pèlerin, mon manteau de miteux et mon couvre-chef de misérable sillonnant les chemins de la localité, je personnifie l'exact opposé de ce qu'ils sont : le souffle impensable de l'incommensurable poésie.

jeudi 19 février 2026

2540 - Mes bottes

Elles m'emmènent souvent dans la boue des champs, la poussière des chemins ou l'ombre des fossés. 
 
Mes bottes sont mes boulets.
 
Incarnations de toutes les lourdeurs, elles me collent aux pieds comme deux enclumes en marche vers de rassurantes platitudes.
 
Dûment chaussé de mes énormes godasses, je traverse la campagne et les villages en grande pompe. Avec assurance et belle allure.
 
Contrepoids à mes dangereuses légèretés, elles me retiennent solidement au sol afin que je ne perdre pas trop la tête. En cela elles me protègent de mes pires envolées poétiques.
 
Etant donné que j'ai tendance à ne voir que l'azur au détriment de la terre, les nuages au lieu des pierres, mes semelles crottées m'aident à garder le sens des réalités. Sans elles, mes idées folles prendraient vite feu lors de mes heures d'égarement !
 
Grâce à cette paire de gros talons qui s'enfoncent dans la fange et écrasent les cailloux, je suis bien ancré dans le présent, remis au niveau du plancher des vaches.
 
Elles sont encombrantes, pas toujours facile à porter, grossières mais constituent les garde-fous à mes débordements lunaires.
 
Par ces aspects prosaïques je trouve mes chaussures d'ogre certes pesantes, épaisses et brutales, guère délicates. Mais parfois, heureusement, elles m'emportent dans de nouvelles hauteurs pour me faire découvrir des vertiges inédits.
 
Avec ce duo de piétonnes pragmatiques, je ne vais pas que dans les trous, la bouse et les mares. Je me dirige également vers des horizons aux brumes idéales.

Je veux parler de ces soirées reposantes et prometteuses où avec soulagement je les ôte devant l'âtre, exactement là où m'attend la marmite fumante de la mère Garbichon.

mercredi 18 février 2026

2539 - Rencontres dans mes nuages

Au cours de mes aventures de voyageur local à travers les jours agités et les paysages statiques du canton, j'ai croisé maintes choses inouïes et autant de personnes remarquables. Sans omettre quelques vagues bêtes dont j'ignore si certaines d'entre elles viennent de la terre, du ciel ou d'ailleurs. Toujours est-il que j'en ai vu du monde, des rats crevés, des chiens errants, des artifices, des leurres, des ombres, des lueurs et des raretés !
 
J'ai été confronté à des flammes, à des brumes, à des formes, à des pierres et à des mirages.
 
Ordinaires animaux de nuit ou bien faune issue des songes, silhouettes furtives ou rêves insistants, spectres palpables ou fantômes aux apparences d'incarnés, oiseaux inconnus ou hommes sans nom, femmes réelles ou créatures imaginées, vaches des prés se changeant en énormes présences nocturnes, chats-huants entre réalité et incertitude...
 
J'ai parlé à des images comme à des êtres.
 
Des visages et des ténèbres m'ont fait face. Des mains et des griffes m'ont effleuré. Des inanimés se sont adressés à moi. D'innombrables regards se sont posés entre mon chapeau et mes bottes.
 
J'ai aperçu tant d'yeux dans l'obscurité... Pareils à des chandelles allumées qui passent, s'éloignent et puis s'éteignent dans le lointain. Des sortes de lunes étranges ou de pâles objets qui s'approchent lentement de moi, on l'air de me fixer un moment avant de disparaître mollement je ne sais où.
 
Je ne me pose plus trop de questions sur les mystères qui m'entourent le long de mes chemins de vagabondages.
 
Je continue de marcher, l'âme sereine, le pas léger aussi que possible. Je ne laisse que de bonnes pensées dans mon sillage, quelles que soient les circonstances. Obstacles ou chance, rallonges ou raccourcis, difficultés ou faveurs, j'avance sans jamais me perdre. Je vole vers l'essentiel : là où je dois aller, partout et nulle part à la fois, au coeur des autres, à deux doigts de l'horizon et encore plus proche de moi-même. Je chemine en direction de ma véritable place, en somme.
 
Les gouffres et les sommets me motivent de manière égale. J'emprunte sans cesse les mêmes routes et y rencontre les mêmes causes, les habituels sujets d'étonnement, immenses ou minuscules, visibles ou obscurs.
 
Je traverse les bois et les champs accompagné de ces étoiles et de ces brouillards. Tantôt au-dessus de ma tête, tantôt sous mes pieds, indifféremment.

C'est précisément pour cette raison qu'au sein de mon circuit étriqué, de villages en chapelles isolées, de granges en âtres chaleureux, de fourrés en clochers familiers et de friches en tables d'amis, je vais finalement très loin.

mardi 17 février 2026

2538 - Vagabond au printemps

Tous les ans après le dégel, c'est la même rengaine : l'éternel retour du printemps.
 
Au début d'avril il vient frapper à la porte de ma solitude pour me tenir compagnie. Il me caresse de son souffle tiède, tente de me faire ôter mon manteau et quitter mes grosses semelles, enfin de se loger sous mon chapeau de paille, histoire de me convaincre de ses molles tendresses.
 
Mais moi j'aime follement l'hiver.
 
J'apprécie trop les rigueurs blanches, féroces et sépulcrales de janvier pour succomber aussi rapidement aux baisers verts de sa vernale rivale.
 
Le premier me glace le coeur mais en même temps m'emporte dans les plus clairs sommets, tandis que la seconde m'importune en voulant absolument me bercer entre ses bras flegmatiques.
 
Je ne prétends pas demeurer totalement insensible aux avances de cette demoiselle en dentelles qui, frivole, prend ses distances avec les dernières neiges de février, non. Je dis simplement que je préfère les rudesses hivernales aux nonchalances printanières. Certes la saison des bourgeons est agréable, elle me couve de ses pâles intentions et me baise de ses lèvres florales, je ne le nie pas.
 
Cependant les mois de givre m'enflamment.
 
Moi je ne suis pas un frileux, nullement un sensible, encore moins une brindille. La fragilité, les larmes, la douceur ne sont pas faites pas pour mes crocs de bête en bottes. J'ai besoin de gel et de feu, de froid et de brûlure pour combler mes appétits de carnassier. La braise de l'âtre en plein décembre m'agrée plus que la brise germinale.
 
C'est le loup que je veux embrasser, non l'agnelle !
 
Mais en ce monde rien n'arrête véritablement le murmure du vent, la montée de la sève, la force des roses et l'éclat de la lumière, je le sais bien... La progression du Soleil et de la Terre est implacable. Les hommes ont toujours suivi les gloires de la Création.
 
Finalement, oubliant progressivement les âpres délices des morsures brumales, je finis systématiquement par céder aux légèretés du renouveau.
 
Et mon âme de garou, après quelque résistance, s'ouvre avec joie aux flammes du réveil.

lundi 16 février 2026

2537 - Dimanches de mars

Souvent en mars je me retrouve seul au milieu de la Création, précisément au coeur des champs, entre chemins perdus et haies éparses. Les dimanches il n'y a personne dehors, le temps n'étant guère propice aux promenades champêtres. Les humains, frileux et déprimés, se calfeutrent chez eux. La campagne se change en un vaste cimetière et je me sens comme un plaisancier naviguant sur des flots denses et lourds.
 
Lorsqu'en cette saison la nue n'est qu'un plafond de plomb et que l'averse est au bord du vide, les journées chômées affichent des heures de deuil. Et les clochers dans le lointain ont des allures de tombes. Les flaques d'eau sur le sol et dans les fossés reflètent le visage plat d'un ciel noir. Finalement, l'horizon ressemble à un néant.
 
Qu'y a-t-il d'autre à espérer ? Cette mélancolie suffit à mon bonheur de vagabond.
 
Je suis dans un décor sans joie, un théâtre naturel qui stagne, une arène froide où plus rien ne se joue. J'assiste à l'opéra muet de glèbe au repos et de flore endormie. Un spectacle sublime et navrant. Un drame aussi profond qu'humide.
 
Le grand frisson du mois du dégel, en somme.
 
La plaine qui m'entoure, sombre, désolée, boueuse, s'impose tel un paysage immense et magnifique. Cet univers est triste pourtant. Je savoure cette tristesse sans la maudire. Je me délecte de ce mets précieux, n'en gaspille pas une goutte. J'avale entièrement ce nectar tombé de si haut, venu de si loin, né de tant de flammes secrètes et d'orages ignorés...
 
Je baigne dans un espace grandiose, mais en larmes. Cela me convient, je ne demande pas d'avantage de nuages, nul rayon de soleil à ajouter, aucun chant d'oiseau de plus ni la moindre pluie supplémentaire. Cette atmosphère de langueurs frigorifiantes me berce et m'enchante. Je prends ce que m'offre le monde.
 
Les sillons trempés soupirent sous mes bottes de bête des bois. L'ambiance mortelle s'amplifie. Tout autour de moi n'est que brumes et labours. Et je me tiens debout dans cet océan de grisaille, glorieux.
 
Ces longs crépuscules s'éternisent en général jusque tard le soir.

Cette chose magistrale qui parfois assombrit les jours fériés mérite-t-elle d'être oubliée dès le lendemain, le lundi où tout revit ? Les sédentaires dans leurs maisons ne voient rien. Enfermés volontaires à l'intérieur des murs, ils ne s'attardent jamais sur cette ombre dominicale.

Moi, je me souviens de tout.

dimanche 15 février 2026

2536 - La chandeleur chez la Garbichon

Chaque année je m'arrête spécifiquement chez la Garbichon en début février.
 
Et ce, afin d'y perpétuer dignement la tradition de la chandeleur sous son auguste toit de chaume. Ca lui fait de la compagnie pour son festin de crêpes, après la prière. Récemment j'y suis allé. Il faisait un temps glacial, humide, quasi sépulcral. Ce crépuscule de neige fondue, particulièrement sinistre, laissait présager une soirée idéale, mes bottes et mon chapeau bien au sec au pied de sa cheminée.
 
Je toquai donc à sa porte en fin d'après-midi, trempé, frigorifié et heureux. Comme à l'accoutumée elle me fit excellent accueil en m'adressant quelques jurons, ravie de me revoir. Guère plus effrayante que d'habitude, je lui trouvais cependant un charme exceptionnel ce soir-là. Avec sa face de harpie et son fichu d'un autre âge noué autour de sa tête de vieille chouette, elle ressemblait à un spectre grimé en ménagère. Dans la pénombre j'avais même l'impression d'avoir affaire à une sorcière se préparant pour le sabbat.
 
Mais heureusement, c'est une bonne chrétienne très pieuse, en réalité. Au lieu de soupes infernales aux crapauds et d'élixirs maléfiques mijotant sur le feu, je ne voyais que de belles choses : un saladier dans lequel reposait sagement un beau liquide soyeux, clair et lisse, ainsi qu'une large poêle agrémentée d’une louche.
 
Je sais que ce jour des galettes compte beaucoup aux yeux de la Garbichon. Chaque fois elle fait brûler des bougies chez elle pour se mettre totalement dans l'esprit de cette fête sacrée.
 
La lueur des chandelles allumées pour l'occasion rendait mon hôtesse spécialement laide, douce et mystérieuse au fond de son antre.
 
Tout en me réchauffant devant la flambée, j'observais l'oiseau de Lune, séduit par ce mélange de rugosité vestimentaire, de chaleur humaine et de rusticité domestique.
 
L'heure passait au rythme de nos échanges dans les douces fumées de la cuisson. Pendant qu'elle s'affairait sur sa cuisinière à bois, je me délassais. Penché vers l'âtre, je commençais à somnoler, le regard plongé dans la flamme et la cendre. La braise me transportait au paradis ! Telle est la magie se dégageant de ces lieux.
 
Enfin nous fîmes honneur à ce repas de froment en l'arrosant raisonnablement de cidre.
 
Une surprise m'attendait : la Garbichon avait confectionné, la veille, en plus du mets traditionnel que nous étions en train de déguster, un pain d'épices. Un gâteau au miel à la saveur étrange, à la vérité...
 
— Dites-moi La Garbichon, votre pain d'épice a un goût de viande forte, comme du gibier faisandé...
 
— Bah oui c'est normal, je l'ai mis à cuire dans le four avec un hérisson que j'ai mangé hier. L'odeur de la bête rôtie a été captée par la pâte du pain d'épice...
 
Cette femme taillée dans le chêne ne fait vraiment aucune manière ! Son quotidien a l’envergure des légendes.
 
Repus de toutes ces ivresses, je quittai mon amie tardivement pour aller dormir dans quelque grange aux alentours.

Cette nuit-là dans mon lit de foin je rêvai d'un délicieux dessert hérissé d'épines.

samedi 14 février 2026

2535 - Mon royaume de petits riens

Mon "vaste univers" de fureteur des champs n'est pas si immense que cela, à la vérité. Ce royaume de routines sublimes mêlées de petits riens éclatants se limite aux horizons journaliers du canton que je parcours depuis des années. A échelle humaine, à portée de vue et en toute humilité.
 
Pourtant au sein de cet espace restreint aux apparences anodines, des flammes couvent, des ombres se terrent, des formes s'agitent, des êtres gisent ou palpitent. Des objets ensevelis y attendent aussi la semelle chanceuse ou la main opportune. L'esprit curieux qui prendrait la peine de se pencher sur les broussailles, entre les buissons, parmi les fourrés de mon "fief" pourrait y découvrir tout un monde inconnu, inquiétant ou merveilleux, terne ou brillant, mais bel et bien présent, là sous ses pieds.
 
Une multitude de secrets s'y murmurent, plein de cachettes s'y trouvent, d'innombrables trous y recèlent mille trésors. Certes il ne s'agira pas toujours de grandes révélations ni de fracassantes nouvelles. Ce seront au moins les manifestations sourdes des hôtes de l'invisible, les apparitions enchanteresses du peuple de l'humus, les expressions de la vie folle issues des herbes profondes.
 
Un ailleurs aux dimensions oniriques.
 
Sans omettre les autres diverses trouvailles d'or ou de ferraille, de bois ou de fantaisie, perles ou bagatelles, joyaux et bibelots de toute sortes dont nul n'a jamais idée tant ces merveilles chères ou dérisoires sont surprenantes.
 
On dénichera également dans tel ou tel bosquet, à travers quelques sentiers, et même jusqu'au fond de certains fossés, des choses indicibles,  inouïes ou incompréhensibles : des histoires enfouies, des témoignages du passé encore vivants, des restes énigmatiques, des empreintes de destins anonymes, des traces de passages glorieux ou misérables, des preuves de crimes ou d"amour..
 
Autant de rêves que de cauchemars. Du feu et du sang, de la poussière et du ciel, de l'espoir et de la mort, du prosaïsme et du mystère. Tout ce qui compose l'humain sous ses aspects intimes, informels, légendaires. Ces endroits vagues, perdus ou oubliés constituent les hauts lieux d'une nature éloignée et d'une humanité qui échappe à ce siècle.
 
Il est question ici d'une réalité à la fois palpable et lointaine, tantôt légère, tantôt pesante. Qu'elle dorme sous la terre, s'affiche en surface ou s’élève franchement au-dessus du chapeau des mortels, peu importe : cette lumière dissimulée à la modernité touchera le premier homme venu pourvu qu'il soit assez éveillé. Et pour aller loin en ce domaine il ne faudra pas avoir peur de creuser, au propre comme au figuré.

Libre à chacun d'accéder à ces sommets ou de les ignorer. Pour ma part, en bon vagabond que je suis, j'y pose tous les jours mes grosses bottes crottées.

vendredi 13 février 2026

2534 - Soirs de pluie

Les longs soirs de pluie à l'automne, on m'invite parfois à venir me restaurer devant une flambée. Mon rôle, pour ne pas dire ma "mission de vagabond", est d'animer les veillées familiales des gens du coin. J'apporte ainsi ma flamme au coeur des foyers engourdis par les habitudes et, accessoirement, émoussés par les écrans.
 
Je suis connu pour illuminer les soirées avec mes fables de loup.
 
Lorsque j'arrive chez mes hôtes, ils éteignent le superficiel et allument l'essentiel pour mieux m'écouter au bord de la cheminée.
 
Et tandis que dehors le mauvais temps chasse les dernières ombres animales et humaines, arrosant tristement les épouvantails qui restent plantés les pieds dans l'eau et le chapeau dans les ténèbres, j'emmène mon auditoire dans des aventures merveilleuses.

Cinq ou six fronts me font face. 
 
Ravis, ils partent avec moi dans des univers lointains. Que ce soient des contrées éclatantes ou des royaumes effrayants, tout y est plus obscur ou plus lumineux que dans leur quotidien...
 
On entend les rafales de vent souffler contre les carreaux, les enfants frémissent, les femmes sourient, les hommes armés de leur tison ravivent les braises. Un spectre s'est joint à l'assemblée, nul ne le voit mais tous sentent sa présence.
 
Ils sont tous si captivés par mes paroles que les sons, les phrases, les soupirs et les silences sortant de ma bouche en deviennent palpables. La pièce plongée dans la pénombre est soudainement hantée par un visage qui se promène autour de chaque membre de la famille : mon histoire a pris corps et les touche, déjà bien installée dans leur esprit.
 
L'heure tourne, le voyage dans l'ailleurs se poursuit. Les regards s'accrochent à mes lèvres. Ma barbe, mes traits, mes mains qui racontent les fascinent. Ils oublient le cadran de l'horloge, le feu crépite, la tourmente fait claquer quelques volets et des chiens aboient au loin.
 
Ensorcelés, ils continuent à boire à la coupe de mon imagination.
 
Je prolonge le conte jusque tard dans la nuit, multipliant les détails, ajoutant des personnages tantôt inquiétants, tantôt fantaisistes. J'improvise ici et là afin d'étirer le récit. A la lueur de l'âtre et au chant de mes mots, les âmes hypnotisées pénètrent dans un monde irréel.
 
Finalement plus personne ne sait s'il sort d'un souper qui s'est éternisé ou bien d'un rêve éveillé. Chacun va se coucher, traînant encore des images crépusculaires dans les yeux.

Après avoir semé de la magie dans les têtes je repars sous la bourrasque, repus de mets divins autant que de bon vin.

jeudi 12 février 2026

2533 - Une amitié de fer et de feu

Je l'aime comme le corbeau aime la charogne qui le nourrit.
 
La mère Garbichon ressemble à une chouette effraie posée sur un tas de purin. Et moi, à un loup hurlant sous la Lune. Nous sommes faits l'un pour l'autre : elle incarne l'oiseau de nuit, je personnifie le spectre des champs.
 
Je suis pour elle le silex anguleux qui brise la glace. Elle est pour moi le chêne foudroyé au pied duquel je trouve la paix d'un soir.
 
Cette femme a les charmes obsolètes des siècles passés. Elle sent le bon bois d'hiver, le feu, la cendre et les vieux cauchemars d'enfant.
 
Mes crocs de crotteux sont aussi tranchants que son plumage de sorcière est rêche. Elle la bûche, moi la hache : nous nous apprécions dans le choc et la flamme, le fer et la braise.
 
Nous nous faisons face dans le gel ou dans la brûlure, mais jamais dans la tiédeur.
 
Nous nous saluons à coups de canons, toujours avec éclat et fracas : à travers nos grosses pognes, chaussés de nos bottes et sabots. Nous nous reconnaissons dans notre univers commun de cailloux mêlés de rêves. Nous sommes deux pierres proches. Pas tendres du tout mais totalement unies dans nos hauteurs. Nous formons un couple de rochers dans les sommets.
 
Nous partageons les mêmes valeurs, la croquante et moi : elle fait preuve de franche avarice, je me montre sans conteste économe. Son coeur à mon égard se fait aussi doux qu'une écorce d'arbre. De mon côté, pareil à un tronc, je lui adresse la rugosité de mes sentiments. Nous nous plaisons comme ça, entre terreux rondins radins.
 
Elle a la carne coriace, la tête dure, le dos solide. Elle n'a guère froid aux yeux et n'est pas prête à se laisser embobiner par le premier venu ! Je fais partie des rares en qui elle a une absolue confiance. Sa compagnie m'enchante jusqu'aux os.
 
A la vie, à la mort.

Elle peut compter encore longtemps sur mes veillées au coin de sa cheminée à lui raconter mes histoires effrayantes, la vieille.

mercredi 11 février 2026

2532 - Monsieur le maire

Je croise parfois le premier magistrat d'un des villages du canton, celui où habite la Garbichon. Entre l'élu et mon chapeau de paille, c'est loin d'être le fol amour ! La dernière rencontre, pas plus tard qu'hier, fut plus mémorable que d'habitude :
 
— Alors le baladin, toujours à traîner sur les routes ? Elle est belle ta vie d'aristocrate privilégié qui joue les bohémiens ? Tu vas aller nous voler les poules du curé aujourd'hui ?
 
Anticlérical notoire et adversaire convaincu de mes couleurs royalistes, il pensait faire un bon mot. Il ne s'attendait pas à ma réponse cinglante :
 
— Pas la peine Monsieur le maire. La volaille républicaine me suffit : engraissée de vos navets électoraux et déjà déplumée, elle est prête à passer à la casserole. Ce genre de bestiole-là est encore plus facile à attraper. La caqueteuse égalitariste est tellement bête et si peu méfiante qu'elle se laisse tirer dessus sans réagir. Je n'ai qu'à me servir directement dans le poulailler municipal !
 
Cette allusion mordante à ses convictions de gauche lui a cloué tout net le bec, bien qu'il ait fait mine de rester impassible. Il sait pertinemment que ses alliés à la mairie, comme lui-même, sont des champions de la bien-pensance de ce siècle. Ou pour le dire autrement, des ramollos du ciboulot. Mais pour lui la perte de virilité intellectuelle constitue un progrès. J'en profite pour agrémenter les orages que je lui adresse de mille feux monarchistes, les plus électriques possibles.
 
De quoi illuminer chaque entrevue d'inoubliables étincelles...
 
Bref, entre le chef de la commune et mon auguste personne, les relations ne demeurent guère au beau fixe. Je le sens hautement contrarié par les aspérités politiques de certains de ses administrés, dont la mère Garbichon (qu'il surnomme "Grabichon"), rance incarnation selon lui de ce qu'il qualifie de "désordre de la démocratie".
 
La vieille et moi formons un duo de choc aux odeurs de poudre et de fumier. Moqués par les uns, redoutés par les autres, nous avons choisi notre camp la chouette et moi : celui des ultimes oiseaux du monde rural perchés sur leur noble branche, seuls avec le roi et les nuages ! Bon sang ! Vive le trône et à bas la Gueuse ! Dieu et la couronne ! C'est notre cri de résistance depuis le fond des fourrés, là où l'on prend les lapins au collet et où nul garde-champêtre n'ose venir nous dénicher. Ils ne nous auront pas, les rouges !
 
En général nous nous séparons en vieux ennemis, le serviteur de la république et moi, après d'acerbes échanges.
 
Ferrailler à l'occasion avec ce foutu animal qui gîte à l'hôtel de ville, ça ne m'empêche pas de continuer de tordre le cou au gibier des champs qui lui, totalement neutre, a l'avantage de n'appartenir à aucune chapelle.

Contrairement au pain de l'ordre établi, mon civet a le goût sauvage de la liberté.

mardi 10 février 2026

2531 - Mes vertiges de vagabond

J'ai des puanteurs de phacochère et des délicatesses d'oisillon. Des lourdeurs de bovidé aux senteurs de rose. Des grossièretés de chardon et des finesses de bluet. 

Mes énormités sont à la mesure de mes vues éthérées : c'est ce qui me donne si peu de vacuité et tant d'envergure. Je prends tout d'un bloc, avalant indifféremment subtile rosée et vastes averses, croquant pommes et bonne fortune d'un même coup de crocs.

Ainsi, dans mon existence de vagabond la solitude me permet de connaître des crépuscules de flots et de feu, de fièvre et de fête où tout devient simple et aérien pour moi.
 
Ces fééries équivalent à de véritables fulgurances de rat épris de lumière. Et j’y accède par la seule vertu de ma tempête intérieure.
 
Quand les trompettes de mon âme résonnent, les nues se mettent à ma portée.
 
Dans ces moments d'extrême légèreté je cherche à m'accrocher aux nuages, à rejoindre la Lune, à marcher dans le ciel.
 
A travers le moindre souffle de vent sur mon chapeau de paille, je pars en direction de moissons célestes. Un oeil jeté sur la mare à canards de la mère Garbichon suffit pour que je m'envole avec la fumée de sa cheminée. Un pied dans une bouse de vache et je voltige aussitôt dans l'univers tourbillonnant des papillons.
 
Oui, tandis que je pose un regard clair sur les humbles choses, soudainement des flammes m’entourent, des ondes me bercent, des ailes m'emportent.

Ma semelle peut bien glisser sur du fumier, mon talon déraper sur la boue, mon pas maladroit me projeter dans la fange, ma chute sera toujours verticale : lorsque la pesanteur du quotidien me précipite au sol et que mon cul baigne dans le purin, je me retrouve systématiquement le nez dans les cumulus. 

La tête la première, les bottes en l'air.

Et si après avoir longuement plané dans mes hauteurs il faut que je retombe comme un poids mort sur terre, j'ouvre alors les yeux sur la beauté de la poussière.

dimanche 8 février 2026

2530 - Expédition nocturne avec la Garbichon

Ce soir je passe la nuit avec la mère Garbichon. Dehors, dans les fourrés et les ronces. En compagnie des spectres et des chauves-souris.
 
Ensemble, nous partons braconner. Et, accessoirement, admirer l'éclat de la Lune. Nous aimons autant la fricassée de lapin que les charmes éthérés du satellite aux rayons dorés, elle et moi. Nous sommes un duo d'esthètes ruraux en quête de viande fraîche et de lumière.
 
Avec cette vieille taupe ridée j'ai pris l'habitude de faire les quatre-cents coups aux heures profondes où luit paisiblement l'astre des chats-huants, tandis que dorment vaches et villageois.
 
La Garbichon est ma meilleure alliée lors de mes expéditions de chasse illégale. J'apprécie son aide : pas frileuse, endurante, patiente, dure à la tâche, infatigable, elle sent le gibier de loin et sait le dénicher mieux que quiconque. Partout où il se terre, elle le débusque pour lui tordre le cou. Pour ça, elle a le nez, l'art et la technique.
 
Cette foutue femme flaire le civet sur pattes jusqu'au coeur des bois et le capture sans jamais en rater un seul, comme si elle cueillait une simple fleur sur le bord de la route ! J'ignore quelle jeune fille elle fut pour se montrer aussi habile en la matière... Quoi qu'il en soit, la mégère a le métier dans la peau et ne fait pas dans la dentelle, c'est certain.
 
Cette grande amie de mes odyssées nocturnes est demeurée une flamme alerte en dépit de son âge.
 
J'ai de l'estime pour cette sorcière. Détestée du reste du bourg, elle brille telle une monarque absolue dans sa marginalité crotteuse. Cette veuve aguerrie trône dans sa basse-cour fangeuse érigée en royaume indépassable d'inconfort et de farouche indépendance. Elle vit en quasi-autarcie avec la mare à canards en guise de "miroir de la reine", sous prétexte que les étoiles s'y reflètent. A ses yeux la moindre occasion de rêver un peu est bonne à prendre pour alimenter sa légende.
 
Plus laide que ma face de sanglier endurci, rabougrie, sèche, osseuse et néanmoins forte, la solitaire a un caractère de cochon. Une sacrée carne bien coriace !
 
Nous ressemblons à deux bêtes à l'affût dans les herbes hautes. Le firmament illumine la voûte et le temps semble s'arrêter sous la lueur de Séléné. Et c'est souvent là, entre les collets tendus, cachés sous les buissons, l'attention éveillée par les feux célestes, que nous nous surprenons à évoquer l'espace infini en récitant des vers...
 
Que la messe est belle au fond de la campagne ! La Création chante et palpite à travers chaque étincelle qui scintille dans le ciel. La Voie Lactée au-dessus de nos têtes nous fait oublier un instant nos proies, nos pièges et nos appétits de gueux.
 
Les minutes deviennent liturgiques.
 
Avant l'aube nous sommes de retour chez la Garbichon avec notre butin. Nos besaces sont lourdes et tachées de sang séché. En déballant les sacs à l'intérieur, les cadavres d'animaux roulent sur la table. Les prochains repas seront des festins.

Mais nous regardons ailleurs, les âmes encore claires, encore légères.

samedi 7 février 2026

2529 - Une flamme dans ma poche

Ce matin mon coeur déborde de joie.
 
Plus lumineux que d'habitude, il brille dans ma poitrine de loup comme un diamant au fond d'une cave : une cause majeure l'anime et l'allège.
 
Je me frotte à la friche des bois, m'enfonce dans la boue des champs, écrase les bouses tapissant les prés peuplés de bovidés, indifférent aux épines et à l'ordure. Mes pensées sont ailleurs. 

Ma flamme est vive et mon pas résolu. Aucun obstacle ne m'arrête. C'est la traversée d'un fou doté d'ailes dans une campagne lourde et obscure. Je marche ainsi en direction du prochain village, sûr de mon but. Je sais qu'au bout du chemin je mettrai la main sur le gros lot.
 
J'aurais gagné ma journée.
 
L'affaire est sérieuse et pour rien au monde je ne manquerais une pareille occasion : le sommet d'un bonheur tangible m'attend. Aussi simple que le jour, à proximité immédiate des vaches et de leurs oeuvres, à la pointe de mes bottes, à portée de mes doigts, je vais toucher le ciel des gens heureux.
 
Pour l'heure, je chemine vers le clocher lointain en plongeant les talons dans les ténèbres et pesanteurs du sol fangeux. La terre visqueuse de novembre colle à ma semelle. Mais j'avance, la mine invariablement radieuse.
 
Ma progression de bûche épaisse au pied léger à travers cette cambrousse opaque et compacte ressemble à la course affolante d'un météore vers son point d'impact.
 
J'arrive enfin à destination.
 
J'entre dans le bourg en affichant un air vainqueur, tel un chef de guerre qui viendrait de conquérir un nouveau royaume. Une fois parvenu au centre, brûlant d'impatience, je me dirige promptement vers l'épicerie. C'est là que, impérial, glorieux, quasi céleste, repose l'objet suprême de mes convoitises.
 
Fébrile, je demande la plus belle pièce. Je me sens si proche du paradis...
 
Je paye d'un généreux remerciement en soulevant fort haut mon chapeau de paille et repars aussitôt, chargé de mon butin sans prix.
 
J'aurai peut-être juste besoin d'un peu de pain pour accompagner ce soleil que j'emporte avec moi.

Dans ma poche couve le plus grand trésor des clodos qui soit : un palpitant et puant camembert.

jeudi 5 février 2026

2528 - La Garbichon, ma chère chevêche

Je l'aime bien, la mère Garbichon.
 
Pas commode du tout, aussi fruste qu'un balai de paille, avaricieuse jusqu'au sordide, vieille et rêche telle une souche grimaçante, cette charogne acariâtre agrée surtout aux corbeaux. A les entendre croasser sans cesse au-dessus de sa chaumière, elle doit les engraisser avec autre chose que du pain dur, c'est sûr ! Quelle chance nous avons de l'avoir pour amie, eux et moi !
 
Elle fait autant bon accueil à cette délicate gent ailée qu'au lourdaud chaussé de bottes de rustaud que je suis. Sa porte de sorcière reste ouverte à tous les oiseaux de passage, pourvu que les braises et les cendres de sa demeure ne les effraient pas : elle fait cuire n'importe quoi dans sa marmite.
 
Ses soupes sont si délicieuses qu'on se demande si elle n'y ajoute pas des rats. Son bouillon de légumes sent trop la fricassée céleste pour être honnête, à la vérité... Je la soupçonne d'y faire mijoter quelques anges gris à gueules de fouinard.
 
Il faut admettre que chez elle les rongeurs paraissent fort dodus. Le doute à ce sujet est donc permis. Mais je m'en fiche finalement. Ses assiettes, copieuses et savoureuses, valent le détour.
 
Bref, qui que l'on soit, on mange toujours à satiété sous son toit. A ses rares visiteurs, elle ne sert que des plats de loup. Ca me plaît.
 
C'est la sédentaire la plus proche de mon chapeau de hibou. Cette chevêche m'enchante littéralement. Elle fait peur à voir, sa voix de rocaille résonne ainsi qu'une casserole, son coeur de veuve a la douceur d'une ortie, ses sabots d'un temps révolu lui donnent des allures de méchante fée, ce qui n'empêche nullement que son foyer rayonne du matin au soir d'une flamme chaleureuse.
 
Etrange volatile aux airs de chauve-souris, cette reine des soupières a tout pour séduire un vagabond de mon envergure.
 
Dans son antre je me sens a l'aise, en sécurité et pour tout dire, chez moi. Comme dans une taupinière. Il y fait sombre et chaud, il n'y a pas de chichis et tout y est rustique et authentique.
 
L'âtre auprès duquel elle m'invite à venir m'asseoir représente le bout ultime de mes chemins, le repos de mes journées d'errance, le réconfort de ma vie de solitaire.
 
Et sa table constitue le sommet de mes soirées d'hiver.
 
Je suis un crapaud des champs. Et elle, la princesse de tous les gueux de la Terre.
 
Heureux de la retrouver à chaque fois, je marche avec toute la légèreté de mon âme de papillon vers sa chère maison.

Aussi sale qu'idéale.

mercredi 4 février 2026

2527 - Les nids de corbeaux

La vie de vagabond comporte un avantage crucial par rapport à celle des sédentaires préoccupés par leurs affaires temporelles : elle permet de prendre le temps de poser le regard sur les "broussailles du ciel".
 
Je parle ici des nids que confectionnent les corbeaux en haut des grands arbres.
 
Pouvoir admirer dans les airs ces grossières constructions faites de bouts de bois, ça compte dans une existence humaine.
 
C'est même une priorité absolue. En effet, comment un bipède doué de raison et normalement conformé peut-il vivre heureux sur cette planète en passant à côté d'une chose aussi extraordinaire et primordiale ?
 
Naître, respirer et mourir sur la Terre en faisant abstraction de la présence au-dessus de soi de ces morceaux de branches cassées savamment entremêlées, cela équivaut ni plus ni moins à subir un sort absurde à travers une incarnation vide de sens.
 
Je veux bien qu'on aille s'installer durablement sur la Lune, que l'on fabrique des ordinateurs d'une puissance de calcul phénoménale, que l'on conçoive des machines prodigieuses de toutes sortes. Mais si au nom de ces progrès technologiques l'on doit ignorer les habitations de ces oiseaux, alors les fusées, l'informatique et les autres inventions techniques les plus fines et les plus folles me paraissent d'une totale vacuité.
 
L'aventure des hommes sur ce globe ne vaudrait strictement rien sans ces trésors naturels que constituent les asiles de ces volatiles.
 
Perchés au sommet des feuillus, les refuges des croasseurs flottent dans l'azur, bercés au gré du vent. Et leur balancement dans les branchages concentre toute la splendeur du monde. J'en suis émerveillé. Quelles délicieuses petites cabanes à corvidés ! Aussi sommaires qu'adorables.
 
Et puis ces brassées de tiges sèches aux couleurs d'automne et aux bonnes senteurs d'humus ressemblent tellement aux fagots placés dans l'âtre. Chaleureuses bûchettes déposées dans la cheminée, destinées à être allumées le soir. J'ai l'impression de voir un foyer ardent en préparation dans les ramures pour je ne sais quelle fabuleuse veillée...
 
L'amas de rameaux est fruste, rêche, primitif, et cependant si judicieusement agencé ! Il se dégage de ces enchevêtrements de branchettes brisées un charme rustique issu des âges ancestraux.
 
Il faut vraiment être un sacré foutu clodo de mon espèce pour se laisser éblouir à ce point par quelques insignifiantes brindilles ! Oui, je m'extasie sans retenue face à cette beauté agreste. J'apprécie à leur juste valeur, c'est-à-dire infiniment, ces perles de la Création.
 
Depuis le sol je contemple ce chef-d'oeuvre de simplicité. Quoi de plus vrai ici-bas que ces conceptions bucoliques ?
 
Enchanté par ces gîtes dans les ramées, je passe des heures à les fixer sur fond de nuages.

Je crois que la seule vue de ces brins de végétaux morts servant de demeure aux nobles ailés suffit pour que je touche le sublime.

mardi 3 février 2026

2526 - Jours de tempête

Les jours de tempête, le ciel ressemble à une vaste trompette sous mon chapeau de paille. Alors, l'auguste spectacle des airs commence pour moi.
 
J'assiste au théâtre des cumulus qui s'agitent dans leur bleue immensité. Ces géants aux pieds de coton entrent en scène dans l'arène aérienne.

C'est le ballet des plumes aux allures d'enclumes, véritables monstres de brume voguant au gré de la tourmente...

Un opéra océanique et champêtre joué en robes vaporeuses. Une danse éthérée aux dimensions stratosphériques, pleine de majesté.
 
Je suis prêt pour mon voyage vertical. Gonflé à bloc dans mes pompes de vagabond.

Il ne me reste plus qu'à lever les yeux vers les nuages pour m'envoler aux côtés des oiseaux. Les flots et les ondes pénètrent dans ma tête en fête et je m'élève aussitôt, l'âme en feu, au-dessus des pâturages.
 
Et je marche dans les nues. Et je vole loin de la terre. Et je plane très haut en compagnie des moutons célestes. Le vent dans mes oreilles beugle aussi fort que possible, pareille à une vache de l'azur.
 
Quand Éole s'emporte comme un fou et monte sur ses grands chevaux, même les grosses et lourdes Marguerite ont subitement des ailes !

Les flammes qui m'entourent sont blanches, mes bottes deviennent légères telles des bulles, mon manteau claque entre verdure et sommets.

Je me retrouve à divine distance des bouses.

Le souffle de la poésie m'a soulevé du sol des sillons pour me déposer sur les neiges de l'horizon.

lundi 2 février 2026

2525 - Matins de brouillard

Le brouillard matinal est mon soleil.
 
Lorsque à la saison humide je sors de ma grange, je vais relever joyeusement mes pièges en buvant une tasse de brume bien glacée.
 
Les prises sont souvent bonnes. Certaines des proies qui gisent dans l'herbe mouillée après s'être inutilement débattues sous les collets se tachent parfois de rouge au niveau du cou. L'agonie du gibier peut se révéler cruelle en ce cas, j'en ai conscience. Pendant que je dors, oiseaux ou lapins souffrent et meurent sous mes lacets tendus. Telle est la dure loi du braconnage. 

Quand le piégeage est fructueux, même s'il semble barbare, je suis content.

Le breuvage de mon réveil s'enrichit alors d'une saveur plus colorée : il devient pour moi un délicieux mélange de rosée et de sang. Signe que ma journée commence dans l'opulence !
 
J'emporte promptement mes trésors à plumes ou à pelage, voire les deux, toujours entouré de la trouble humidité.
 
La vaste nappe de blancheur m'étreint avec âpreté, remplaçant de manière plus palpable les doux songes de la nuit que j'oublie peu à peu. Cette nébulosité qui m'enveloppe prend naturellement le relais des rêves. Et à travers ses enchantements morbides, m'emmène ailleurs. Plus loin peut-être que les fantasmagories nocturnes.
 
Ce nuage stagnant au ras du sol constitue mon éveil et ma lumière. Comme un bain de grisaille à l'heure du lever. Plongé dans cette buée frigorifiante, j'ai l'impression de prolonger mon sommeil. Mais peuplé cette fois de nouvelles chimères oniriques, beaucoup plus tangibles.

L'aube s'éternise, je m'imprègne lentement de cet univers plein de clarté diffuse.

L'atmosphère lugubre a des beautés sépulcrales féériques. Et sous le charme mortuaire des éléments, je demeure longtemps à rêvasser.

Jusqu'à ce que les premiers rayons de midi me rappellent que je dois aller préparer mes civets.

dimanche 1 février 2026

2524 - Mes chemins de poussière

Lorsque je marche à travers champs, je file droit vers mon but qui n'est jamais vraiment loin, le pas chargé de rêves à ma portée et la besace pleine de cadavres frais de lapins.
 
Je franchis les ruisseaux, écrase deux ou trois crapauds, foule des herbes aussi folles que les flammes s'allumant sous mon chapeau, me laisse emporter par tous les vents et vole comme un fantôme déchaîné dans les airs de mon imaginaire aux ailes de corvidé.
 
Je deviens alors un lourdaud aux légèretés de bulle, un loup botté couvert de plumes, un vagabond crotté qui luit au soleil et brille au clair de lune. Ravi de mon sort, débordant de joie de la tête aux pieds, je chemine de détours en raccourcis, de mares en monticules et de creux en courbes, le coeur gonflé d'aise.
 
Ainsi allégé, je me rends tantôt chez la mère Garbichon en quête d'un feu crépitant et de table garnie, un lagomorphe raide en guise d'offrande, tantôt chez Monsieur le curé, attiré par son vin de messe et charmé par ses paroles de paix.
 
Une marmite fumante m'attend chez l'une, des cloches vespérales fêtent ma venue chez l'autre.
 
Parfois j'ose aller jusque chez le maire pour lui demander l'heure qu'il est dans l'espoir qu'il me donne également sa montre, mais je ne m'attarde guère chez lui : il ne m'accorde à chaque fois qu'un peu de temps, rien de plus. Quel rat ce républicain !
 
Je vais chez mes amis les vivants : des gens heureux se chauffant à leur cheminée, des âmes simples préférant les étoiles aux écrans, des êtres lumineux qui s'endorment à la lueur de l'âtre.
 
J'évite les ombres fragiles ne s'éclairant qu'à l'électricité, les végétariens qui ne respirent déjà plus par peur de polluer, les écolos branchés aux idées hors-sol qui ont renié leurs ancêtres enracinés dans le réel. Ils sont tous insensibles à la rudesse de mes semelles, sont rebutés par l'odeur de mon manteau, ont oublié la valeur de la cendre et l'éclat de la poussière. J'aurais pourtant tant de terre et de ciel à leur raconter, s'ils voulaient m'écouter...

Ce siècle peuplé de frileux passera, les sangliers demeureront.

Liste des textes

2567 - Entrée fracassante ans l’adolescence
2566 - Le bout de ma route
2565 - Quelques oiseaux sur une branche
2564 - Pluie de joie
2563 - Polir Pierre
2562 - Redresser la barre
2561 - Mauvais garnement
2560 - Au premier rang
2559 - Cachez cette bosse !
2558 - Rigide hypocrisie
2557 - La montagne de Pierre
2556 - Mes feux de joie
2555 - Les regards
2554 - Première école
2553 - Les mares
2552 - Petite bosse
2551 - Devenir parents
2550 - Naissance
2549 - Roi des pissenlits
2548 - Secrets de chemins
2547 - Le temps des giboulées
2546 - Quand je traîne...
2545 - Les poires
2544 - Les clochers
2543 - La vieille cabane
2542 - Les granges
2541 - Les villageois
2540 - Mes bottes
2539 - Rencontres dans mes nuages
2538 - Vagabond au printemps
2537 - Dimanches de mars
2536 - La chandeleur chez les Garbichon
2535 - Mon royaume de petits riens
2534 - Soirs de pluie
2533 - Une amitié de fer et de feu
2532 - Monsieur le maire
2531 - Mes vertiges de vagabond
2530 - Expédition nocturne avec la Garbichon
2529 - Une flamme dans ma poche
2528 - La Garbichon, ma chère chevêche
2527 - Les nids de corbeaux
2526 - Jours de tempête
2525 - Matins de brouillard
2524 - Mes chemins de poussière
2523 - Là où m’emportent mes bottes
2522 - La douleur de mon âme ?
2521 - Mon manteau
2520 - L’envol de mon chapeau
2519 - Lalune, une femme de roc
2518 - L’imbroglio des conflits du Moyen-Orient
2517 - Chez Mademoiselle Lataupe
2516 - Mes riches chemins
2515 - Extase
2514 - Jour de pluie
2513 - Seul dans mon coin
2512 - Mon pain quotidien
2511 - Ma route de nuages
2510 - La paille ou la soie ?
2509 - Chez monsieur le curé
2508 - Les corbeaux dans mon sillage
2507 - Mes amies les vaches
2506 - Mes braconnages
2505 - Mes chères cheminées
2504 - Perché sur mon pommier
2503 - Mes jours de joie
2502 - La femme du notaire
2501 - Mes nuits de rêve
2500 - Mes voyages
2499 - J’ai la peau dure
2498 - Qui est-il ?
2497 - Mes lits de ronces
2496 - Les épouvantails
2495 - Un oiseau déplumé
2494 - L’endive Dunord
2493 - La mère Garbichon
2492 - A travers champs
2491 - Heureux comme un rat !
2490 - Fin de peine
2489 - Un fou dans le noir
2488 - Mon testament
2487 - Sur mon lit de mort
2486 - Mon sort carcéral
2485 - L’aventure de mon vide
2484 - J’attends la fin
2483 - Derrière les murs, il y a Dieu
2482 - Je perds mes forces
2481 - Mon cinéma
2480 - Sinistre andouille
2479 - Mon secret
2478 - Mes vues ultimes
2477 - Après la peine, la paix
2476 - Tristesse en fête
2475 - La tache
2474 - La marche des secondes
2473 - Déliré-je ?
2472 - Vieillesse
2471 - Le tour de ma cellule
2470 - Qui me croira ?
2469 - Mon avenir lointain
2468 - Mes amis les rêves
2467 - Grise nourriture
2466 - Je m’enfonce dans la nuit
2465 - Loin des femmes
2464 - Du néant vers la lumière
2463 - Mes trésors dérisoires
2462 - Aucune visite
2461 - Des ombres me parlent
2460 - Une porte s’ouvre
2459 - Les passages du temps
2458 - Le train des jours
2457 - Le directeur
2456 - Au pied du mur
2455 - La loi du plus “fer”
2454 - Ma maison
2453 - Poussière
2452 - Les larmes de la nuit
2451 - Mutisme
2450 - Mon fantôme
2449 - Hallucinations
2448 - Je compte les jours
2447 - Vie de flamme
2446 - De vagues souvenirs
2445 - Les étoiles s’éloignent de moi
2444 - Eclats de joie
2443 - Je parle aux murs
2442 - La marche des matons
2441 - Sainte à l’air
2440 - À l’ombre de ma vie
2439 - Ma geôle sans sucre d’orge
2438 - Des ombres
2437 - Les feuilles
2436 - Quelle issue à mon chemin ?
2435 - Des ailes dans la nuit
2434 - Éclat d’ange
2433 - Le temps me tue
2432 - Les flammes du silence
2431 - Plus de Lune
2430 - Un jour de plus
2429 - Mes rêves
2428 - Une journée ordinaire
2427 - Reine d’un monde
2426 - La pluie
2425 - Je perds pied
2424 - Un oiseau à ma fenêtre
2423 - L’évadé
2422 - Les barreaux
2421 - Eclats et monotonie de la prison
2420 - Les clés
2419 - Espérance
2418 - A travers la fenêtre
2417 - Les années passent
2416 - Une lettre mystérieuse
2415 - Le psychologue
2414 - La douche
2413 - Je tourne en rond
2412 - L’anniversaire
2411 - Quelques visites
2410 - Insomnies
2409 - La promenade
2408 - Mes repas
2407 - Mon lit
2406 - Les printemps
2405 - Solitude de fer
2404 - L’ennui
2403 - Tête de taulard
2402 - La fouille
2401 - Passe-temp
2400 - Les gens libres
2399 - Prière
2398 - Les heures
2397 - La mouche
2396 - La porte
2395 - Le plafond
2394 - Nulle compagnie
2393 - Bientôt fou ?
2392 - Départ
2391 - Mes geôliers
2390 - L’enfermement
2389 - Quatre murs
2388 - Des mots en guise d’ailes
2387 - Mon trou
2386 - Connexion céleste
2385 - Une flamme de l’azur
2384 - Seigneur cinglant
2383 - L’âme en l’air
2382 - Flamme verte
2381 - Au feu les plumes sombres !
2380 - Sombre forêt
2379 - Emportés par le vent
2378 - Un homme des nues
2377 - Courage de Bayrou
2376 - Un chemin sans fin
2375 - Mon univers infini
2374 - Je ne suis pas de la ville !
2373 - Seul parmi les arbres
2372 - Au bout des chemins
2371 - Mon trésor
2370 - Les cumulus
2369 - Qui donc m’observe ?
2368 - Le loup
2367 - Cauchemar
2366 - Un peu de foin
2365 - Bain de crépuscule
2364 - Voyage sous un arbre
2363 - Ma solitude de roi
2362 - Le silence
2361 - Aubes de plomb
2360 - Mes anges les corbeaux
2359 - Vertueuse verdure
2358 - Le parachute
2357 - Au bord de l’eau
2356 - J’y suis et j’y reste !
2355 - Ma soupe
2354 - Les fées n’existent pas !
2353 - Le bon air de mon exil
2352 - Un jour ordinaire
2351 - Vie de rêve
2350 - Ma solitude
2349 - Je découvre une tombe
2348 - Le randonneur
2347 - La nuit
2346 - Le braconnier
2345 - A l’ombre des arbres
2344 - Une belle journée
2343 - L’intruse
2342 - La chasse à courre
2341 - Les vers luisants
2340 - L’hôte qui pique
2339 - Dans la pénombre
2338 - Le ballon
2337 - Ma lanterne
2336 - La barque
2335 - Le chemin creux
2334 - Les deux chasseurs
2333 - Flamme noire
2332 - Deux corbeaux dans un arbre
2331 - Insomnie
2330 - Cris des corbeaux
2329 - Papillons de nuit
2328 - Froid et pluies
2327 - Les ronces
2326 - Chemins de boue
2325 - Tristesse de la forêt
2324 - Provisions de bois
2323 - Dans les buissons
2322 - Pluie matinale
2321 - Les grands arbres
2320 - Terribles crépuscules
2319 - Les rats
2318 - Un ami frappe à ma porte
2317 - Entouré de rusticité
2316 - Le sanglier
2315 - Mon sac
2314 - Le renard
2313 - Ma marmite
2312 - Des bruits dans la nuit
2311 - Les lapins
2310 - Un signe sous le ciel
2309 - La Lune vue de mon toit
2308 - Une gauchiste explosive
2307 - Sortie nocturne
2306 - Le vent sur la forêt
2305 - Un air de feu
2304 - Rêve dans les branches
2303 - L’écolo
2302 - Les papillons
2301 - La corneille
2300 - Les patates
2299 - L’escorte des souches
2298 - Un orage au dessert
2297 - Nulle femme dans ma forêt
2296 - Indispensables pommes de pin
2295 - Promenade
2294 - La pluie sur mon toit
2293 - A la chandelle
2292 - Un soir de brume
2291 - Vie de feu
2290 - La rosée matinale
2289 - Dans l’herbe
2288 - Par la fenêtre
2287 - Ma cheminée
2286 - Mes chemins d’ermite
2285 - Au réveil
2284 - Les cailloux sur mes chemins
2283 - Mes sentiments de bûche
2282 - Nuit de pleine lune en forêt
2281 - Ivresse de femme
2280 - Loin de ma grotte
2279 - Tempête dans mon trou
2278 - Baignades d'ermite
2277 - Un hibou dans la nuit
2276 - Mes ennemis les frileux
2275 - Ermite aux pieds sur terre
2274 - Mon jardin d’ermite
2273 - La récolte des fagots
2272 - Un étrange visiteur
2271 - Ma demeure d’ermite
2270 - Un homme clair
2269 - Un foyer au fond de la forêt
2268 - Les raisons du peintre
2267 - La célibataire
2266 - Les femmes
2265 - Une femme
2264 - France sous les étoiles
2263 - Un homme hors du monde
2262 - Homme de feu
2261 - Rencontre du troisième type
2260 - Voyage
2259 - Déprime
2258 - Fiers de leur race
2257 - La fille lointaine
2256 - Le Noir méchant
2255 - L’attente
2254 - J’ai entendu une musique de l’an 3000
2253 - Le modèle
2252 - Blonde ordinaire
2251 - Mâle archaïque mais authentique
2250 - La femme et la flamme
2249 - Voyages au bout de la terre
2248 - Ma chambre
2247 - Le vieil homme entre ses murs
2246 - L'ovin
2245 - Vous les mous, les mouches, les mouchards
2244 - Mon humanisme fracassant
2243 - Ma cabane sur la Lune
2242 - Les marques rouges du ciel
2241 - Je reviens !
2240 - Une fille de toque
2239 - La légèreté de la Lune
2238 - Janvier
2237 - Elena Yerevan
2236 - Oiseaux de rêve ?
2235 - J’irai vivre à la campagne
2234 - Fiers de leurs péchés
2233 - Deux faces
2232 - Le soleil de la jeunesse
2231 - Dans les bois
2230 - Nuit de vents
2229 - Mon fauteuil de lune
2228 - Le sourire d’une marguerite
2227 - Je ne suis pas antiraciste
2226 - Qui est-elle ?
2225 - L’arc-en-ciel
2224 - Je suis parti dormir sur la Lune
2223 - La sotte intelligence
2222 - Leurre ou lueur ?
2221 - Clinchamp, cet ailleurs sans fin
2220 - La tempête Trump
2219 - Femme de lune
2218 - Une plume de poids
2217 - Douches glacées
2216 - Les arbres et moi
2215 - Je pulvérise le féminisme !
2214 - J’aime les vieux “fachos”
2213 - La surprise
2212 - Promenade en forêt
2211 - Je vis dans une cabane
2210 - Plouc
2209 - Je suis un mâle primaire
2208 - Musique triste
2207 - Ma cabane au fond des bois
2206 - Hommage à Christian FROUIN
2205 - Installation sur la Lune
2204 - Barreaux brisés
2203 - Affaire Pélicot : juste retour de bâton du féminisme
2202 - L’abbé Pierre, bouc-émissaire des féministes
2201 - Par tous les flots
2200 - Votre incroyable aventure !
2199 - Je ne suis pas en vogue
2198 - Jadis, je rencontrai un extraterrestre
2197 - Dernière pitrerie
2196 - Alain Delon
2195 - Je déteste les livres !
2194 - L’esprit de la poire
2193 - Je ne suis pas citoyen du monde
2192 - Ma cabane dans la prairie
2191 - Devant l’âtre
2190 - Plus haut que tout
2189 - Pourquoi la femme vieillit si mal ?
2188 - Je prends l’avion
2187 - Sous la Lune
2186 - La pourriture de gauche
2155 - L’horloge
2154 - A la boulangerie de Mont-Saint-Jean
2153 - L’écologiste, ce primitif
2152 - Madame Junon
2151 - Chemins de pluie à Clinchamp
2150 - Voyage vers Mars
2149 - Galaxies
2148 - Je suis de la droite honteuse
2147 - Les écrivains sont des poids morts
2146 - L’héritage de Clinchamp
2145 - Clinchamp, une histoire sans fin
2144 - Vent de mystère à Clinchamp
2143 - Ma cachette à Clinchamp
2142 - Randonnée à Clinchamp
2141 - Eclipse de Lune à Clinchamp
2140 - Un arc-en-Ciel à Clinchamp
2139 - Clinchamp sous l’orage
2138 - J’ai rêvé de Clinchamp
2137 - Jour de l’An à Clinchamp
2136 - Vacances d’été à Clinchamp
2135 - Attente à Clinchamp
2134 - Un jour ordinaire à Clinchamp
2133 - Or de France
2132 - La compagne des esseulés
2131 - Loup de lumière
2130 - Spleen
2129 - Le pitre
2128 - Les corbeaux de Clinchamp
2127 - Un homme heureux à Clinchamp
2126 - Le mouton
2125 - Des lutins à Clinchamp ?
2124 - Je suis fort !
2123 - Paroles prophétiques
2122 - L’égalité entre les hommes est injuste !
2121 - L’idéaliste de gauche
2120 - La femme est la monture de l’homme
2119 - Clinchamp sous la neige
2118 - Le Nord et le Sud
2117 - Pourquoi j’aime Clinchamp ?
2116 - Convaincre Blandine
2115 - Un couple de vieillards à Clinchamp
2114 - Le facteur de Clinchamp
2113 - Tristesse et beauté à Clinchamp
2112 - L’Art
2111 - Botte à l’oeuf
2110 - Les bûcherons de Clinchamp
2109 - Le coucou de Clinchamp
2108 - BFMTV : l’écran de la vérité
2107 - Lettre anonyme
2106 - Je ne suis pas amoureux de Paris !
2105 - Un jour d’hiver à Warloy-Baillon
2104 - La femme soumise brille comme une casserole
2103 - Les chouettes de Clinchamp
2102 - Quand la tempête s’abat sur Clinchamp...
2101 - L’aile et la pierre
2100 - Mes amis les maudits
2099 - Le brouillard de Clinchamp
2098 - Artiste de gauche
2097 - L’éternité dans la tête
2096 - Toussaint à Clinchamp
2095 - Chagrin échappé
2094 - Clinchamp-sur-Mystère
2093 - Les cafards
2092 - Loup des airs
2091 - Le loup de Clinchamp
2090 - En latin, c’est plus beau !
2089 - Les patates de Clinchamp
2088 - L’enfant des airs
2087 - Ciel de France
2086 - Thaïs d’Escufon
2085 - Les tomates de Clinchamp
2084 - Jérôme Bourbon
2083 - Les chats de Clinchamp
2082 - Poupée d’ailleurs
2081 - Pierre de feu
2080 - Les champs de Clinchamp
2079 - L’éclosion
2078 - Vacuité des bouquinistes
2077 - Les toits
2076 - Freud
2075 - Sport
2074 - Le simplet de Clinchamp
2073 - Les oiseaux de Clinchamp
2072 - Je ne suis pas cartésien
2071 - Au cimetière de Clinchamp
2070 - Le Panthéon pour Hugo, l’évasion pour Izarra
2069 - Les rats de la France
2068 - Le curé de Clinchamp
2067 - Mon trou à Clinchamp
2066 - Saint-Léonard-des-Bois
2065 - Les cloches de Clinchamp
2064 - Un épouvantail à Clinchamp
2063 - Les rêves de Clinchamp
2062 - Je suis raciste
2061 - L’injustice sociale ne me choque pas
2060 - Les femmes de Clinchamp
2059 - Les jours vides de Clinchamp
2058 - Une grand-mère
2057 - Clinchamp vers 1970
2056 - La femme de soixante ans
2055 - Sale temps à Clinchamp
2054 - Un grand voyage en forêt
2053 - L’ailé et l’aliéné
2052 - Souvenirs lointains
2051 - Domestication d’une greluche
2050 - Déprime à Clinchamp
2049 - L’amour à Clinchamp
2048 - Les Droits de l'Homme, c'est la négation de l'homme !
2047 - Les hivers de Clinchamp
2046 - Les chemins de Clinchamp
2045 - Seul au monde
2044 - Ne me parlez pas d’amour
2043 - Tristesse de l’été
2042 - Jour de fête à Clinchamp
2041 - Monsieur Lecon
2040 - Châtelain
2039 - Les ailes de Clinchamp
2038 - Tremblement de terre
2037 - Nuit d’amour
2036 - Pluie de joie à Clinchamp
2035 - Les gauchistes
2034 - Clinchamp sous les clartés lunaires
2033 - Henri d’Anselme, héros hétéro rétro
2032 - Les hirondelles
2031 - Retraite dans la forêt
2030 - Mon bosquet
2029 - L’or de Clinchamp
2028 - Sur le chemin
2027 - La souche
2026 - Clinchamp, ce voyage sans fin
2025 - Sardines à l’huile
2024 - Les fantômes
2023 - Le silence de la forêt
2022 - Les arbres
2021 - Les joies de Clinchamp
2020 - La merde républicaine
2019 - Les ailés
2018 - Les soirées de Clinchamp
2017 - Parasite
2016 - Clinchamp, les routes de l’ennui
2015 - Moi français, je déteste les migrants !
2014 - Répugnante
2013 - Les complotistes
2012 - Je déteste les livres de philosophie !
2011 - Le bossu de Clinchamp
2010 - La lumière de Clinchamp
2009 - Les crépuscules de Clinchamp
2008 - Les nuits à Clinchamp
2007 - Les aubes de Clinchamp
2006 - Je suis un oiseau à Clinchamp
2005 - Les rats de Clinchamp
2004 - Les papillons de Clinchamp
2003 - Les richesses de la normalité
2002 - Le Rimbaud des bobos
2001 - Les vaches de Clinchamp
2000 - La folle de Clinchamp
1999 - Mon ego solaire
1998 - Vague Lune
1997 - Ma cabane à Clinchamp
1996 - Moi, IZARRA
1995 - Mais qui donc est Dardinel ?
1994 - La Dame Blanche de Clinchamp
1993 - Le Dalaï-Lama
1992 - Pluie à Clinchamp
1991 - Je suis sexiste
1990 - Les flammes du printemps
1989 - Le rustaud de Clinchamp
1988 - Les larmes d’Amsterdam
1987 - Clinchamp, terre d’envol
1986 - La Joconde de Clinchamp
1985 - Face cachée de Clinchamp
1984 - La clocharde de Clinchamp
1983 - Je suis un extraterrestre
1982 - Clinchamp sous les éclats de novembre
1981 - Clinchamp au bord des larmes
1980 - Les fantômes de Clinchamp
1979 - Les pissenlits de Clinchamp
1978 - Clinchamp : fin et commencement de tout
1977 - Amsterdam
1976 - J’habite sur la Lune
1975 - Secret de Lune
1974 - Les ailes de la Lune
1973 - Voir Clinchamp et sourire
1972 - La pierre et l’éther
1971 - Clinchamp, au bonheur des larmes
1970 - Clinchamp, mon dernier refuge
1969 - Croissant de Lune
1968 - Mais d’où vient donc la Lune ?
1967 - Lune lointaine
1966 - Lune éternelle
1965 - Sandrine, notre voisine
1964 - Rêve de Lune
1963 - Lune des rêves
1962 - La Lune dans le bleu
1961 - Lune ultime
1960 - Les tourmentés
1959 - Clinchamp, paradis des ombres
1958 - Lune absente
1957 - Je raffole des commérages !
1956 - Clinchamp : royaume des humbles
1955 - La Dame dans le ciel
1954 - Palmade : de la gloire au gouffre
1953 - Evasion
1952 - Tatouages, ces marques de faiblesse
1951 - L’égalité est un enfer !
1950 - Repas sur l’herbe à Clinchamp
1949 - Escale à Clinchamp
1948 - Beauté morbide de la Lune
1947 - J’ai dormi dehors à Clinchamp
1946 - Les humanitaires sont des parasites !
1945 - Sur les routes de Clinchamp
1944 - Une année à Clinchamp
1943 - Tristesse du printemps
1942 - Bulle de Terre
1941 - Jour de joie à Clinchamp
1940 - L’inconnu de Clinchamp
1939 - Le ciel de Clinchamp
1938 - Les éclats de Clinchamp
1937 - Le voyageur
1936 - Fête triste
1935 - Les antiracistes
1934 - Jean Messiha
1933 - Coeur gelé
1932 - Romantisme de pierre
1931 - La femme est sous mes pieds
1930 - Burcu Güneş, un air léger
1929 - Je déteste les pauvres !
1928 - Quand mon coeur s’allume
1927 - Intègre, entier, râpeux
1926 - Le cheval
1925 - Homme mauvais
1924 - Un trou sous le ciel
1923 - Hauteur de la Lune
1922 - Nulle part, là-bas, ailleurs
1921 - Belle Lune
1920 - Salades lunaires
1919 - Lettre à Reynouard
1918 - MARGUERITE OU L’HISTOIRE D’UNE VIEILLE FILLE
1917 - Récoltes lunaires
1916 - Je suis français de souche
1915 - Lune mortuaire
1914 - Clinchamp, cité des oubliés
1913 - Clinchamp, l’air de rien
1912 - Clinchamp, sommet du monde
1911 - La pollution, c’est la vie !
1910 - Seule au monde ?
1909 - Le Ciel et la Terre
1908 - Lune de haut vol
1907 - La Lune s’allume
1906 - Nuit sombre
1905 - Soupe de Lune
1904 - Puretés raciales
1903 - Lune-pizza
1902 - La grande question
1901 - Amiens
1900 - Pleur de Lune
1899 - Rêve d’amour
1898 - Vive le patriarcat !
1897 - La libellule
1896 - L’eau qui m’éclaire
1895 - Une question de clarté
1894 - La Lune dort
1893 - Les artifices du spirituel
1892 - Lune normale
1891 - Ni chauffage ni travail
1890 - Lune de fer
1889 - Molle Lune
1888 - Insensible aux malheurs des autres
1887 - Mon visage de vérité
1886 - Amante russe
1885 - J’écris
1884 - Lune martiale
1883 - Je suis un incapable
1882 - Lune creuse
1881 - 1975
1880 - L’éclat d’un fard
1879 - Amour impossible
1878 - Femme au foyer
1877 - L’esprit de la Lune
1876 - Ingérence féministe
1875 - Cratères lunaires
1874 - Lune d’effroi
1873 - Lune des chats
1872 - Les athées
1871 - Lune d’or
1870 - Lune carrée
1869 - Lune de miel
1868 - Folle lune
1867 - Jour de joie
1866 - SMARPHONES : abrutissement des masses
1865 - Sombre lune
1864 - Les mouches
1863 - Ma vie simple
1862 - Clinchamp, terre lointaine
1861 - Je suis un conservateur
1860 - Lune de glace
1859 - Le lac
1858 - Qu’est-ce que la beauté ?
1857 - Lune blanche
1856 - Lune de mer
1855 - Lune de feu
1854 - Présence immortelle
1853 - Surprenante Lune !
1852 - L’éclat de la Lune
1851 - Epis lunaires
1850 - L’autre Lune
1849 - L’amie des cheminées
1848 - Lune morte
1847 - Lune Parmentier
1846 - Lune fatale
1845 - Amour céleste
1844 - Grâces et disgrâces
1843 - Ma maison, c'est la Lune
1842 - Poids de la Lune
1841 - La morte visiteuse
1840 - Ma cabane sous la Lune
1839 - Bleu ciel
1838 - Histoire de lune
1837 - Suc de Turque
1836 - Stéphane Blet
1835 - Ciel bleu
1834 - Bonheur de rat
1833 - Redneck
1832 - Sur le rivage
1831 - Attraction lunaire
1830 - Je suis anti-féministe radical
1829 - Mais qui est-il ?
1828 - Je veux des frontières !
1827 - Les francs-maçons
1826 - Folies lunaires
1825 - Alunir, en un mot
1824 - “Comme ils disent”, chanson d’Aznavour
1823 - Lune tiède
1822 - Globe de rêve
1821 - Effroi
1820 - Vangelis
1819 - L’air de la Lune
1818 - La campagne
1817 - Lune tombale
1816 - Les cailloux
1815 - Je déteste Paris !
1814 - Boules de neige
1813 - Je n’ai pas peur
1812 - Parler vrai
1811 - Les hommes simples
1810 - Quand la Lune panse
1809 - Régine : extinction d’un feu
1808 - Morte veilleuse
1807 - Coeur de pierre
1806 - Noir
1805 - Mystère de la Lune
1804 - Jackson Pollock
1803 - En pleine lumière
1802 - Harmonie des sexes
1801 - Dix ans dans l’azur
1800 - Pluie d’avril
1799 - Le gueux
1798 - Les pommes de pin
1797 - Voyage vers la Lune
1796 - Mystère d’une nuit
1795 - Une lumière turque
1794 - Sans coeur et avec écorce
1793 - Envolé !
1792 - Galante ou l’abcès crevé
1791 - La lumière du Bosphore
1790 - Claude Monet
1789 - Rat aristocrate
1788 - Ukraine : sortez de vos ornières mentales !
1787 - Tranche de ciel et plumes de la Terre
1786 - Les sots écolos
1785 - L’astre turc
1784 - L’Ukraine, je m’en fous totalement !
1783 - Vive la guerre !
1782 - Réponses à un coatch
1781 - Droite pure
1780 - Vains hypersensibles
1779 - Mes valeurs vives
1778 - Le secret
1777 - Force et lumière
1776 - De l’herbe à l’aiguillon
1775 - Jusqu’à la mort
1774 - Zemmour et les journalistes de gauche
1773 - Dur et juste
1772 - La flamme et le marbre
1771 - Mon chat est mort
1770 - Les frères Bogdanoff
1769 - J’ai rêvé de Natacha
1768 - Technologie
1767 - Vers la Lune
1766 - C’était la guerre
1765 - La “tondue de Chartres”
1764 - Dans le métro
1763 - Naissance d’un virus
1762 - Zemmour est-il un de Gaulle ?
1761 - Je suis grand
1760 - Jour de gloire
1758 - Une muse du Bosphore
1758 - Je suis un extrémiste
1757 - Les éoliennes
1756 - Femme terminale
1755 - Autoportrait
1754 - Je suis un sanglier
1753 - Faux fou
1752 - Les affaires
1751 - Octobre
1750 - Le fantôme
1749 - Les écrivains
1748 - Sauvez la France !
1747 - Mes sentiments de pierre
1746 - Une araignée raconte
1745 - Un coeur clair
1744 - Phallocrate
1743 - Les vaches
1742 - Les faibles sont mauvais
1741 - Les sans-visage
1740 - Le trouillard de gauche
1739 - Léonard de Vinci enfant
1738 - Mes froideurs sublimes
1737 - Le romantisme, c’est la décadence
1736 - La Joconde
1735 - La tour Eiffel
1734 - Le Soleil
1733 - Une boule de mystère
1732 - Les masqués
1731 - Burcu Günes, l’or turc
1730 - Léa Désandre
1729 - Le père Dédé
1728 - “Blanc lumière” de Pollock
1727 - Les kikis et les cocos
1726 - Les funérailles de Belmondo
1725 - Pôle Sud
1724 - Vierge au mariage
1723 - La forêt
1722 - Le réveil des clochers
1721 - En septembre
1720 - Extraterrestre
1719 - Ni cagoule ni sérum
1718 - L’astre des morts
1684 - Enfants du monde
1679 - Vie d’élite
1328 - Je suis apolitique
115 - Le cygne
114 - Le spleen de Warloy-Baillon
113 - Les visiteurs
112 - La Lune
111 - L’amant des laides
110 - Mémoires d’un libertin
109 - Une existence de pompiste
108 - Lettre à mes amis des listes sur Internet