Je ne suis pas qu'un gros sanglier stupide qui fonce à travers bois et
chemins. Ma semelle se fait parfois légère et mon chapeau prend le temps de rêver sous le vent.
Je traîne de sillons en pâtures et de fourrés en mares pour aller dire
bonjour aux rats, aux vaches ou aux grenouilles. Ou bien, encore plus ivre
d'espace que d'habitude, je décide de marcher en direction de routes
improbables, jamais empruntées auparavant.
A mes risques et périls, je brise ma routine de vagabond pour me rapprocher
de l'irréel.
Je me déleste de mes bottes de brute et rejoins les entités de plumes.
Alors je parle avec des êtres imaginaires qui flottent dans l'air autour de moi,
je déploie mes bras comme les ailes d'un aigle et m'envole vers les nuages : je
me transforme en un poème qui palpite et pépie.
L'azur devient aussitôt mon monde naturel. Ses blanches nuées
m'accompagnent dans leur course céleste. Dans ces moments où je me retrouve
entre la boue du sol et la lumière du ciel, je me sens aussi impondérable que la
brume. Et je ne sais plus très bien si je brûle telle une flamme ou si je
m'évapore pareille à une goutte d'eau.
Cierge ou neige, braise ou givre, étincelle ou onde, quoi qu'il en soit je
vibre et monte. Si fort, si haut, que la Lune m'apparaît toute proche. J'ai
l'impression que je pourrais la toucher du bout de mes lèvres... Je regarde en
bas et y contemple d'un seul coup d'oeil mon univers de marcheur des champs.
Dieu ! Que mon paradis champêtre me semble petit ! N'importe, c'est là que je me
trouve heureux.
Je suis aux anges dans mes granges, fossés, sentiers, friches et villages
aux horizons étriqués.
Après avoir ainsi longuement plané dans ces altitudes vertigineuses en
compagnie des augustes cumulus, invariablement porté par mes pensées
supérieures, je redescends sur terre pour y reprendre vite contact avec mon
quotidien.
Mes ascensions vers les hauteurs se terminent toujours par une grande
faim.
Lorsque je reviens de cette aventure des sommets et que le soir arrive
enfin, il est souvent l'heure pour moi d'aller me caler l'estomac chez la mère
Garbichon avec un solide plat de saucisses aux choux.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire