A la saison des récoltes, me voilà bien servi ! Le ciel et la terre me
rassasient de sucre et d'eau. Je n'ai qu'à tendre la main en l'air ou simplement
me baisser pour boire et manger à la source de la Création.
Lorsque mes routes d'errant débordent d'arbres fruitiers oubliés, rien
n'est perdu pour moi. Quelle abondance ! Je ramasse sans faire le difficile tout
ce qui me tombe sur la tête.
A la vérité il m'arrive également de mettre dans ma poche ce qui dépasse
des propriétés privées. La loi des hommes me le permet, par conséquent je ne me
l'interdis nullement.
Bref, ma prédilection va vers les poires. Parce qu'elles sont juteuses,
c'est-à-dire gorgées de nuages, lourdes et tendres, parfumées du soleil
d'automne, je les préfère aux frustes pommes.
J'ai l'impression d'avaler un peu de la délicatesse de la rosée et beaucoup
de la légèreté de l'azur.
Et puis je dois avouer que ces fruits en forme de grosses gouttes jaunes me
font songer aux mamelles opulentes de la femme du notaire ! Diantre ! Quels
trésors que ces glanages de septembre !
Ces cueillettes sauvages sont une vraie bénédiction pour le vagabond que je
suis. Les sédentaires repus les laissent en général pourrir au sol. Les rats,
les corbeaux et les porteurs de chapeaux de paille comme moi en profitent pour
en faire leur festin de bandits des humbles chemins.
Chaque année je chemine ainsi à la fin de l'été dans le canton, humant les
senteurs automnales, m'enivrant des clartés et des brumes de l'horizon, prêt à
dévorer cette manne faite de pulpe et d'or.
Et puis je passe chez la mère Garbichon qui, histoire de prolonger mon
aventure gastronomique agreste, m'accueille avec une soupe aux... poireaux !
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