Les clochers que j'aperçois depuis mes fourrés de vagabond sont des points
de repère essentiels.
Je les vois de loin et ils me font rêver, surtout quand ils émergent des
brumes. Ils s'élèvent tels des pics idéaux. Et demeurent à la verticale,
impassibles dans le siècle agité. Ils ressemblent à des géants antiques, debout
au-dessus des hommes. Ils me font voyager du regard de bourg en bourg.
Mais lorsque j'arrive dans les villages et que je me place dessous, ils
deviennent plus prosaïques à mes yeux et me laissent quasiment
indifférent.
Leur seule utilité aujourd'hui est de sonner les heures creuses de la
journée. Que nul n'écoute.
Pareils à de grandes aiguilles de pierres arrêtées par la modernité, ils
attendent que le temps passe. Et se contentent d'indiquer en permanence la
direction céleste, même si personne n'y prête plus attention.
Les églises ne prennent une valeur poétique pour moi que lorsqu'elles se
dressent dans l'horizon. De près, elles perdent toute légèreté.
Leur pointe dans le lointain a la finesse d'un doigt désignant le ciel et
leurs cloches entendues à distance tintent comme des clameurs angéliques.
Une fois que je me trouve sous leur porche, les murs m'écrasent et l'airain m'assourdit.
Dès lors que je les observe à partir de ma position de loup des bois et du
haut de mon chapeau de paille sans cesse dans le vent, ils apparaissent
véritablement à ma pleine mesure. Ils ne sont plus ces masses épaisses et
brutales au-dessus de ma tête mais des flûtes nébuleuses surgissant dans le fond
de la campagne et ponctuant mon univers local. Perçus de manière éloignée, ils
s'insèrent dans un panorama vaporeux.
Dans mon champ de vision, ils se mêlent à l'azur et aux nuages avec une
délicieuse imprécision, ce qui là seulement les met définitivement à ma portée.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire