Les joyeuses giboulées prolongent les dernières blancheurs de l'hiver sur
les champs.
Elles font également étinceler mon manteau de leur éclat éphémère. Avec
toutes ces étincelles de givre sur le dos, j'ai l'air d'un croque-mort en fête.
Ma silhouette couverte de glace fondue s'allège dans le paysage. Je ressemble
bientôt à un loup poudré de cristaux. Et je m'enflamme sous les grains de neige
tout en frissonnant de froid.
Mon âme éprise des beautés austères de la Création s'éclaire sous la
bourrasque qui me fouette la face. J'admire en pur esthète le spectacle de la
nature embellie par la mortelle averse.
Les grêlons m'effraient et m'enchantent en même temps avec leur fracas
électrique et leur morsure féroce. Mon chapeau récolte l'écume de la tourmente
et cela me fait une couronne de minuscules diamants. Je me prends pour le roi du
mois de mars.
Le ciel paraît fragile, il a l'air de se déliter sous le dégel. Les nuages
semblent se briser comme du verre. Rien de tout cela me rend triste. Je veux
être trempé par la saison, brûlé par la grêle, foudroyé par ces perles
tranchantes, réveillé enfin par la clameur de la planète qui en réalité ne fait
que tourner le plus normalement qui soit au rythme de la vie.
Seuls les sots s'en étonneront.
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