J'avais préparé une surprise pour Violette : un dîner en amoureux.
Dans l'ambiance feutrée de ma chambre.
Avec les moyens du bord bien entendu, afin d'ajouter une touche
d'originalité et une pointe de fantaisie à cette petite fête intime.
C'est-à-dire, un repas certes au rabais sur le plan économique mais hautement
enchanteur poétiquement parlant : une noce confectionnée avec beaucoup de
simplicité forcée et encore plus de sentiments sincères.
Une soirée d'exception donc, réalisée grâce à ma capacité innée à
fournir peu de finances et à faire le moins de cadeaux matériels possibles pour
offrir, à la place, énormément de coeur à mon invitée.
Libre à cette dernière, par ailleurs, de ramener pour son propre compte de quelques amuses-gueules et autres bagatelles alimentaires, voire des mets supplémentaires de bonne consistance et d'opportuns desserts, le tout accompagné de breuvages de son choix. Et ce, dans le
but d'agrémenter à son goût personnel ce festin nuptial.
À partager avec moi si elle le souhaitait. C'est ce qu'elle fit.
Si cela lui chantait, elle
pouvait même m'apporter des présents de prix : j'étais là moi aussi pour faire honneur à la table et aux circonstances autant que Violette.
En ce qui me concernait, j'assurais de manière certaine le pain, l'eau et les
chandelles.
De fait, elle vint chargée de divers plats chauds et copieux. Elle avait jugé plus judicieux de personnaliser et d'enrichir cette veillée confidentielle en y joignant ses saveurs favorites.
À ses frais.
N'ayant rien contre son idée, je la laissai disposer les couverts et y déposer la nourriture fumante qu'elle avait pris soin de transporter dans des boîtes adéquates.
Nous nous régalâmes d'un banquet de roi ! Une fois repus de ces assiettées fines, je posai à Violette une question qui me taraudait depuis le début :
— Après avoir égayé si généreusement cette réunion conjugale de toutes ces merveilles que tu as daigné acheter pour l'occasion (remarque que tu n'y étais nullement obligée), m'aurais-tu réservé une faveur valant son pesant d'or, par hasard ?
— Non pas du tout, seulement ce menu. Ce qui n'est déjà pas mal, ne trouves-tu pas ?
Je fus légèrement déçu, mais heureux tout de même de n'avoir pas déboursé plus que prévu.
— Tu sais que j'avais envisagé de rompre cette miche avec toi. Mais tu n'en as pas voulu. Et moi non plus puisque j'ai préférentiellement avalé les denrées que tu m'as présentées. Je te remercie Violette d'avoir préservé ma bourse. Je mangerai cette boule plus tard, avant qu'elle ne soit totalement rassise.
Quelle belle preuve d'amour Violette me donna ce jour-là ! Elle avait songé prioritairement à mon avarice.
J'estimai, en effet, raisonnable le bilan de ces réjouissances : ma dépense se résuma finalement à à peine quinze grammes de bougie.
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