Lorsqu'il toqua à ma porte, j'étais en train de déjeuner.
Sur le moment je crus qu'il allait me demander un peu de pain. Je devinai
bientôt sa pensée, je ne sus par quel prodige. Il voulait juste voir s'il
rencontrerait un vivant ou un mort.
Après avoir posé son regard sur mon front, il demeura debout devant ma
carcasse avec un air de cafard. Ou de rapace.
Je lisais dans ses yeux des secrets trop longtemps gardés, des mots qui ne
peuvent être écrits, des mondes que je ne veux pas révéler, des histoires qui
doivent rester cachées. Le visiteur venait de loin, rien que pour me déranger en
plein repas. Il repartirait, je le savais, en une direction connue de son âme
seule, emportant avec lui mon ombre. Ou le souvenir de mes os, peut-être.
Quel sens trouver à ce théâtre absurde ?
Il me sembla toutefois que ce mage, en réalité, se résumait à un plaisantin
jouant avec le feu. Une sorte de mentaliste ayant pris la peine de venir jusque
chez moi exercer son art. La tête de cet inconnu qui me disait quelque chose et
ses allures minables me paraissaient suspectes.
À travers la page blanche de son silence, il me raconta d'un coup tout ce
que je n'avais jamais entendu.
Devais-je le prendre au sérieux ?
Il ne passa point le seuil de ma demeure. À l'horizon, une voix l'appelait
déjà. Il s'éclipsa et, sans se retourner, me jeta une pierre par-dessus son
épaule. Elle tomba à mes pieds, et là je compris mon erreur. J'avais eu affaire
à ma propre folie.
En vérité, cet homme venu frapper à mon huis, c'était moi-même.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire