Logé et nourri par la parentale providence, mon unique souci se résumait à
amasser du bien, aussi peu que ce fût, ce qui représentait déjà beaucoup à mes
yeux.
Et cela, dans le but de ressentir le plaisir de l'épargne, de me sentir
riche en mettant de côté, de me savoir à l'abri du besoin en économisant au lieu
de dépenser. Je désirais m'ériger un capital pièces après pièces, afin
qu'en s'additionnant celles-ci deviennent des billets que je pourrai ensuite
transformer en un trésor inutilisé.
Et ceci, en continuant à vivre de presque rien, à
chercher à réduire au maximum le gaspillage de mes finances, avec la certitude
que mon bonheur de radin se trouvait tout au long de ce chemin d'interminable
sobriété.
Ne travaillant pas, ce pécule de bout de ficelle que je me constituais,
c'était en fait mon argent de poche, ni plus ni moins.
Je lâchais du lest avec
une extrême parcimonie, vraiment lorsque je n'avais pas la possibilité de retenir ce sable sacré dans l'autel de ma bourse. Par
exemple, je sacrifiais une partie de mes sous pour l'achat de choses absolument indispensables à ma survie d'assisté qu'effrayaient les gros frais : tablettes
de chocolat au lait, cacahuètes et bâtons de réglisse.
Je m'étais construit un patrimoine de gamin attardé. Cependant, cette trésorerie puérile
comptait énormément pour moi. Là battait tout mon cœur de vivant épris de
miettes de la vie. Ces quelques sucreries me permettaient de me maintenir à
distance des tentations autrement plus onéreuses.