Un jour j'invitai une fille à m'accompagner dans un épatant tour en hélicoptère.
À
l'annonce de ma proposition, mon succès fut immédiat. La naïve ne me
connaissant pas, elle prit mon invitation pour argent comptant, en dépit de mes
apparences de grippe-sous.
J'en profitai pour lui faire de plus amples avances,
mais l'ingénue voulait d'abord monter dans l'engin et s'envoler vers le ciel. Soit. Je l'amenai alors sur un aérodrome pour lui présenter ma machine.
Elle
n'en revenait pas qu'un freluquet de mon espèce pût posséder et piloter un tel joyau
volant, qui évidemment ne m'appartenait pas.
Jouait-elle la comédie dans je ne
sais quel inavouable but ? Il me paraissait invraisemblable qu'elle me crût à ce
stade de mon numéro d'avare. Moi je pensais simplement éblouir de
manière éphémère une de ces demoiselles, juste le temps d'y trouver mon bénéfice. Puis,
une fois repus de leurs femelles attraits, disparaître dans les fumées de ce
rêve sans queue ni tête.
Sauf que la belle un peu trop crédule semblait
s'accrocher à mes promesses et insister pour que je lui offre ce baptême de l'air. Je dus lui avouer la vérité tout en me demandant si elle ne me faisait pas marcher.
— En
ce cas, répondit-elle, tu n'auras rien de moi ! Puisque tu n’es pas capable de me
faire décoller de terre, j'irai chercher ailleurs un autre oiseau.
Et elle
m'abandonna sur le champ.
Je fis mes comptes : j'avais zéro hélico, donc pas de
carburant non plus (sachant l'énormité de la consommation de ces monstres de
l'azur), nulle formation de pilotage à financer.
Je sortais largement gagnant de
ce naufrage amoureux : je venais d'économiser une vraie fortune. Avec cette façon avantageuse de voir les choses, je me sentais bien mieux que non perdant : j'étais
riche.
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