Pierre et marie étaient des marginaux, chacun en son domaine, que le sort
le plus improbable avait réunis.
Les deux astres égarés se revirent quelques jours après cette rencontre de neige et de feu au sortir de l'église.
Ils se donnèrent rendez-vous sous la Lune à une heure tardive, à l'orée
d'un bois. Sauf que ce soir-là il plut abondamment et les amants se retrouvèrent
les pieds dans la boue. Ils s'embrassèrent sous l'averse. Guère longtemps :
tremblant bientôt de froid, ils écourtèrent leur théâtre.
Cette puérile tentative d'instauration de romantisme ne résista pas à cette
simple pluie. Ils rirent ensemble de leur propre sottise. Ils se doutaient qu'ils valaient beaucoup mieux que ces vacuités et se moquèrent très férocement l'un de l'autre.
Ils n'avaient pas grand-chose à se dire, à la vérité.
Pourtant, fort mystérieusement, ils sentaient de manière intime que leur
union était essentielle. Ils se rendirent vite compte qu'ils n'avaient
finalement pas vraiment besoin de se parler. Plutôt de s'enlacer. Des actes au
lieu de paroles. Ils ne désiraient pas des discours entre eux. Simplement des
caresses, des baisers, des étreintes.
Non pas des envolées intellectuelles mais des pénétrations charnelles
!
Rien que des transports cupidonesques.
L'infirmière réclamait surtout des coups de boutoirs entre ses flancs et le
bossu brûlait de chevaucher farouchement sa conquête en blouse blanche. Ils
prolongèrent leur nuit de noces au domicile de la soignante. Loin de ce décor
trempé et inconfortable où ils pataugeaient.
Dans l'alcôve, bien au sec, ils s'enflammèrent jusqu'à épuisement des
corps.
A l'aube, c'est désormais un couple qui se réveilla : un homme et une
femme soudés par les liens indéfectibles de ce fol hyménée nocturne.
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