Et c'est dans cet état d'esprit, après une année passée à espérer trouver
l'impossible autour de son foyer, que l'impensable arriva : il la vit.
Elle sortait d'une église d'un de ces villages des alentours qu'il traversait régulièrement. Avec son air de sainte en plâtre, là encore elle
semblait aussi distante des heures ordinaires de ce monde que lorsqu'il l'avait croisée
pour la première fois dans le local médical. Fébrile, il l'aborda :
— Voilà une journée faite pour les chanceux ! Vous me reconnaissez ?
La jeune femme le regarda, étonnée. Et visiblement ravie. Difficile d'oublier ce bossu de vingt ans, d'ailleurs. Ce genre de rencontre
marque toujours, que ce soit dans un cadre professionnel ou privé.
— Bien sûr que je vous reconnais ! Je ne sais plus exactement quel est
votre votre nom mais je me souviens parfaitement de votre bos...
Elle s'arrêta net, gênée, comme si elle venait de dire un mot interdit, une
bêtise... Elle reprit immédiatement, tentant de se rattraper :
— Je me souviens de votre cas.
Pierre voulut lui montrer qu'il n'était nullement offensé :
— En effet, ma bosse laisse souvent des traces dans les mémoires, c'est
normal.
Il avait fallu qu'il prononce le terme "bosse" pour que l'atmosphère changeât brusquement. L'infirmière lui adressa aussitôt un sourire radieux : elle
comprit tout de suite à quelle personne elle avait réellement affaire.
Pierre n'imaginait pas l'incroyable vérité : la soignante avait été aussi
troublée que lui lors de leur précédent contact, douze mois auparavant. Et ces
retrouvailles impromptues en ce lieu spécifique l'enchantaient. Elle le lui
avoua sans détour :
— Depuis qu'on s'est vu j'ai beaucoup pensé à vous, figurez-vous. De vous
retrouver ici, j'en ai des frissons !
Pour Pierre ces paroles émises si spontanément valaient un aveu. Cela réveilla ses flammes intimes. Une fièvre charnelle monta soudainement
en lui. Et là, sous le porche de l'édifice, à l'abri des regards, il ne put
réprimer ses ardeurs naissantes. Prenant sa confidence pour un consentement
implicite, il osa vers elle un geste fou, cru et obscène, en total décalage avec
la décence supposée de la situation : il lui exhiba purement et simplement sa
turgescente virilité. Empoignant en sa direction l'objet de sa mâle fureur, il
l'agita frénétiquement.
En guise de déclaration amoureuse, comment faire plus franc et direct
?
Pour Pierre, c'était tout innocemment une manière authentique d'exprimer la
profondeur de son émoi. Un hommage sincère rendu à celle qu'il désirait. À ses
yeux le contexte s'y prêtait idéalement. Chose remarquable, loin de s'offusquer
de cette audace, l'intéressée y répondit favorablement.
Par pudeur, l'on taira ici les détails de ces ébats à l'ombre du
clocher.
Le lecteur devinera cependant l'ampleur de cet incendie de chair dont furent
témoins les quelques statues environnantes.
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