Comme toutes les femmes, dépensières et avides de biens domestiques en tout
genre, et particulièrement de moyens de transport utilitaires servant également
d'assise sociale, Violette émit l'ardent désir d'acquérir un véhicule motorisé. Juste pour que nous puissions nous promener agréablement le dimanche, tout en
affichant une certaine aisance financière autour de nous. À ce souhait, certes
légitime aux yeux de ce siècle, mais parfaitement superflu selon mes critères,
j'opposai des arguments allant dans le sens de mes intérêts d'économie autant que de
celui de ma santé.
Je lui expliquai les énormes avantages d'adopter la mécanique simple et
salutaire de ma vieille bicyclette, au lieu de faire appel à un engin à moteur
qui sous-entendait de dépendre d'infrastructures complexes et onéreuses.
Il fallut que je lui fasse comprendre que je n'avais jamais été pressé
d'avaler des kilomètres au prix fort. Avec mon vélo rouillé, j'avançais
gratuitement sur toutes les routes, tout en me maintenant en forme.
Réfractaire à la seule pensée de carburer à l'essence, je pédalais
joyeusement en respirant de l'air pur.
Et puisqu'elle me semblait peu encline à se mouvoir elle aussi à la force
des mollets, je lui proposai de voyager à califourchon sur le porte-bagages de
mon deux roues. Je préférais encore mieux redoubler d'efforts, quitte à traîner
un poids mort derrière moi, plutôt que de débourser des sommes astronomiques au
nom d'un supposé bien-être qui, en réalité, n'est qu'une source intarissable de
dépenses inconsidérées.
Je lui parlais en outre d'écologie, de verdure, de préservation de la
nature, enfin de toutes ces idées en vogue, cherchant à la culpabiliser de
vouloir contribuer à polluer le ciel bleu. Évidemment, je ne croyais pas un mot
de ce discours que je lui servais dans ma fuite d'avare.
Elle protesta. J'insistai.
Je l'invitai sur-le-champ, en guise d'initiation, à faire un tour en ma
compagnie, confortablement juchée sur ma bécane, lui prouvant ainsi la
validité du concept que je défendais si audacieusement. Finalement, elle fut
convaincue et se résigna à mes vues.
Je venais de lui faire parcourir une distance tangible, en plein vent et
sous le clair azur, sans qu'elle n'en paye le moindre souffle. Je prenais tout
sur moi. En lui faisant renoncer à cet achat inutile, j'avais gagné une grande
bataille. Je sentais cependant quelque secret regret en elle.
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