Je suis un mortel dénué de dentelle.
Un homme, un animal de la terre, un passager du siècle.
Un esprit qui mange.
Mes repas sont les mêmes que tous ceux des autres vivants : du pain, de la
soupe et des fruits nourrissent mon corps et mes pensées. Et pour le dessert, il
me reste parfois quelques rêves. Il m'arrive de boire du vin pour mieux faire
face à la mort. Avec le Soleil pour unique convive, que ce soit au bord de ma
fenêtre ou dans l'herbe.
Le soir, j'invite la flamme et la cendre sous mon toit. Je n'y attends
personne. Je n'ai pour amie que la paix vespérale. Et pour seul adversaire, le
sommeil. Lorsque mes veilles se prolongent loin dans les brumes de la nuit, je
sombre.
C'est alors ma journée s'achève.
Je sais que j'engrange des ombres et des lumières au long de mon chemin.
L'aube, en me réveillant, allume en moi des feux nouveaux.
Autour de ma demeure, des broussailles s'agitent sous le vent : je parle à
des fantômes. Ils me tiennent compagnie jusqu'à mon prochain festin de loup.
Je suis un sauvage qui pense, un roseau qui fait peur. Je ressemble aux
arbres, aux ronces, aux cailloux. Je vis en légèreté avec l'humus, les bois et
les pierres. Et plonge, rempli de quiétude, dans les mystères du monde. La
simplicité de l'eau, l'éclat des nuages, la blancheur du givre suffisent à
combler mes heures d'éternité.
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