samedi 24 janvier 2026

2516 - Mes riches chemins

Mes chemins d'errance sont semés de surprises.
 
Tantôt je tombe sur un os, tantôt je ramasse une bague en or. Je croise même des ombres qui palpitent comme des perles improbables : chats perdus, oiseaux chus du nid, hérissons en vadrouille ou vagues hôtes de l'humus oubliés du reste du monde...
 
Je me penche souvent pour regarder de plus près ce qui, terne ou brillant, gît dans la friche. Je récolte aussi quelques-unes de mes trouvailles lorsqu'elles en valent la peine, alourdissant volontiers mes poches de rêves ou de ferraille.
 
Je marche sur des aires de poussière et de verdure, de boue et de cailloux où poussent toutes sortes de fleurs et de chardons de la civilisation : des vieux bidules en métal tout rouillés, des bijoux étincelants, de banals boutons de chemise, divers morceaux de babioles, des tonnes de fers à cheval, plus rarement des pièces de monnaie, curieusement pas mal de tuiles issues de toits lointains, parfois des portefeuilles garnis, plus fréquemment des crânes vides de poupées abandonnées, des boîtes d'allumettes humides laissées par des fumeurs distraits, exceptionnellement des mots d'amour brûlants emportés par le vent jusque dans les herbes folles que je foule de mes semelles enflammées...
 
C'est ainsi que je rencontre la glace et le feu, le doux et le dur, le tendre et l'austère, le miel et le vinaigre, la caresse et l'épine. De toutes ces choses anecdotiques ou providentielles, je fais des fables que je colporte de fermes en clochers afin que le canton entier n'ignore rien de ce qui se passe au royaume des épouvantails, aux heures secrètes du crépuscule, entre le ciel des ailés et la terre des mortels.
 
Les gens du coin me croient délirant. Il est vrai que pendant que j'ai la tête dans les nuages, ils ont les yeux rivés sur leurs écrans. J'essaie de les réveiller avec mes histoires de hiboux, de corbeaux, de brumes et de Lune. On se moque de moi pour la seule raison que mon horizon, c'est le bout des champs.
 
Eux prennent l'avion pour aller loin. Et ils disent qu'ailleurs, c'est finalement pareil que chez eux. Et pourtant il y retournent chaque année, là-bas où ça ressemble à ici.
 
Tandis que moi je rayonne là où je suis, dans les limites de mon incommensurable univers de voyageur local.

Dans ma chère campagne les plus sages philosophes qui m'enseignent les grandes leçons de la vie, ce sont les vaches.

jeudi 22 janvier 2026

2515 - Extase

La vie de vagabond, c'est aussi la liberté vouée à tous les horizons, le rêve accessible sous chaque pas, le temps consacré à l'infini.
 
Ma réalité de hibou voyageur se situe loin des normes de ce siècle, hors des pesanteurs ordinaires, aux antipodes des jours fades de mes frères humains enchaînés à leurs trésors illusoires et autres stocks de toc. 

Lorsque mon estomac se repaît d'un bon civet de lapin braconné, mon coeur peut battre à sa guise pour des causes éthérées... Et si pour clore ce festin illicite une bouteille opportune vient étancher ma soif de séraphin, son divin nectar illumine alors aussitôt mes idées et, plein de pensées nébuleuses, mon esprit s'éveille vraiment.
 
Dès que j'ouvre les yeux sur le monde qui m'entoure avec cette neuve acuité, je me trouve en état de pleine conscience. 
 
C'est là que mon âme s'éclaire.
 
Mille étoiles sortent de ma tête aux apparences de balourd. Je ressens alors le désir ardent de m'envoler pour aller poser les pieds sur ces choses qui me dépassent. Je regarde le ciel, les arbres, les cailloux, les labours, et à travers ces éléments naturels je vois un ailleurs. 

Un espace différent semé de glace, peuplé de flammes, baigné de vérité.

Les hauteurs, le lointain, la friche, les mottes de terre, les pierres, la boue, la végétation prennent une dimension céleste. Tout est soudain virginal, tranchant et éblouissant. Comme une immensité de froide écume.

La neige des loups.

Un univers idéal où me fondre, m'étendre et me rouler.
 
Lourdement chaussé de mes grosses bottes de bête des champs et coiffé de ma seule élégance de paille, je perçois tout en hautes couleurs et totaux éclats. Et en ces heures propices où le calme rencontre la beauté, où les sommets allègent les gouffres et où le vent raconte ses fables, j'entre en extase.
 
Au-dessus des nuages et pourtant si proche du sol, là au milieu de la campagne, les talons enfoncés dans la glèbe, je deviens un géant aux semelles d'ange et aux ailes de corbeau. Mon regard scrutant de nouvelles profondeurs vole d'herbes folles en clochers, de brumes en cheminées, de chemins en fumées et de vertiges en ivresses.

Et je bénis la Création, perdu dans mes légèretés d'ogre.

mercredi 21 janvier 2026

2514 - Jour de pluie

Lorsque le ciel en folie se déverse à grands flots sur mon chapeau de clodo et que mes semelles s'enfoncent dans la boue des champs, je deviens un spectre hideux à voir, un crapaud trempé de laideur, une silhouette appesantie de glèbe, une sorte d'animal occulte.
 
Une chose lourde, sombre et redoutable.
 
Je ressemble à un primitif des âges révolus, à une légende surgie de l'obscurité, à une apparition mystérieuse née de la tourmente.
 
C'est bien pire en réalité : je me résume surtout à une forme essentielle, brute et franche qui n'appartient définitivement pas à l'humanité actuelle.
 
Je m'assimile à une vieille souche humaine issue du fond de la terre. Je suis le fruit des fourrés, l'enfant de la friche et le frère de l'ancestral sillon. Ma personne entière se confond avec la pesanteur des labours, l'ombre des profondeurs, les ténèbres de la nue. Mon apparence, ni feinte ni déformée, reflète fidèlement la bête fabuleuse que je suis. Mon visage, ma barbe et mes bottes viennent d'un livre de contes.
 
Sous la pluie j'incarne magistralement le crépuscule, la brume sinistre, les hauteurs plombées. Je me traîne pareil à un corbeau enlisé dans la bourbe : effrayant et pourtant encore plein de majesté.
 
J'avance comme un paquet opaque, flaque après flaque. Mouillé de la tête aux pieds, les épaules chargées de grisaille, le dos courbé sous la vaste douche, il n'y a plus que des hallebardes dans mon regard.
 
Il pleut dur et dru. Et ce bonheur cru me tombe dessus sans me faire dévier d'un pas. Je marche entre gouffre et nuages, je progresse laborieusement et ne trébuche point, confiant dans mon chemin, l'âme légère.
 
Le soir arrive, je ne perçois plus l'horizon. Je suis fatigué à présent. Ma face ruisselle, l'eau imbibe tous mes vêtements.

Je me dirige vers la seule lumière à ma portée : le foyer de la mère Garbichon.

lundi 19 janvier 2026

2513 - Seul dans mon coin

Avec mon chapeau de paille exposé à tous les vents et mes bottes délestées des chaînes sociales, beaucoup de ceux qui croient me connaître me prêtent volontiers une âme d'universaliste béat.
 
Considérant mon statut d'oiseau de haut vol aux moeurs de rat, de sage des chemins aux semelles crottées, ou de fou champêtre en guenilles, ils s'imaginent que j'ai adopté des idées de hippies. Quelle erreur de leur part !
 
En réalité c'est exactement le contraire : je ne me sens nullement l'ami inconditionnel de tous les humains de la Terre. Seulement le compagnon des bêtes qui me ressemblent, le frère des solitaires de mon espèce, le proche des villageois que je côtoie de près. Je ne m'ouvre qu'aux êtres à ma portée. Sélectif, je n'apprécie que les gens avec qui je partage des moments choisis.
 
Sous prétexte que je vagabonde dans mon coin de campagne, je devrais être un idéaliste encourageant le sans-frontiérisme ? Loin de moi cette absurdité ! Je n'ai rien à voir avec le quidam qui habite à l'extrémité du monde. Je ne mange point son pain de manioc et ne bois pas plus son vin au lait de coco. Je me cantonne à ma vie locale, me contentant de recevoir la lumière de mon soleil sans me sentir obligé de chanter celui des lointains étrangers.
 
Leur ciel n'est pas le prolongement de mes racines, leur Histoire me laisse froid et leurs légendes ne s'abreuvent pas de mes sillons.
 
Ce que je fais chez moi sur mon sol ne concerne ni les Papous des forêts sauvages ni les Inuits des pays de glace. Ces terriens bornés par des horizons différents des miens restent pour moi des inconnus. Et réciproquement, à leurs yeux je ne compte guère. Je n'ai aucune raison de devoir spécialement fraterniser avec eux plus qu'avec telle ethnie en vogue ou tel groupe de personnes. Je suis certain que de leur côté ils pensent la même chose à mon sujet. Ils n'ont pas tort. Que chacun trouve sa place là où il demeure sans s'occuper de ce qui se passe ailleurs !
 
Tout ce qui m'importe dans mon existence de roi des fourrés se situe dans mon champ de vision à échelle humaine, selon mes seules références culturelles. En pleine vérité et totale authenticité.
 
Mon univers d'homme libre se résume à un royaume minuscule qui ne dépasse pas la sphère des quelques clochers de la contrée. Un espace étriqué mais assez riche cependant pour me satisfaire. Mon bonheur est fait de simplicité, de proximité et d'humilité.

Mon entourage se limite aux braves vaches des pâturages, aux grouillantes grenouilles des mares, aux délicieux lapins que j'assassine. Mais aussi aux vieilles chouettes nichant dans leurs masures de sorcières, aux châtelains rustiques et autres singuliers personnages qui le soir me convient sous leur toit pour y savourer la soupe en regardant brûler la flamme de l'âtre jusque tard dans la nuit.

samedi 17 janvier 2026

2512 - Mon pain quotidien

Chaque jour je mange de quoi tenir debout dans mes bottes et bois tout ce que le ciel peut m'offrir : flotte ou azur, étoiles ou nuages. J'en profite toujours lorsque c'est gratuit. La manne a certes la saveur de l'eau ou de la banalité, cependant elle n'est point vaine : elle m'aide à attendre dans la joie l'heure de la soupe. L'espoir de faire bombance plus tard me procure de l'ivresse.
 
Cet air pur mêlé de rêve que m'octroie la Création vaut bien le vin blanc de l'abbé ou le nectar du notaire. C'est avec peu que je progresse et avec presque rien que je m'envole. Il ne m'en faut pas beaucoup pour que je sois content, même si je ne refuse jamais le superflu.
 
Je remplis volontiers mes poches d'argent sonnant et trébuchant quand il me tombe dessus. Je me cale le ventre chez les rentiers, les châtelains et les fermiers au gré de mes visites de courtoisie. Parfois j'avale le pain chaud du boulanger que je paye en monnaie de paille, d'autres fois je vais noblement aller saluer un notable avantageusement nanti, armé de mon seul chapeau de lumière.
 
Il me prend également l'envie d'aller chanter mes couplets royalistes chez les maires engagés : ils me chassent promptement de leur mairie à coups de "chèques-solidaires", c'est ainsi qu'ils appellent ces républicaines contre-offensives leur servant de belle conscience.
 
Enfin, ces rentables amabilités et fructueux écarts de chemin, agrémentés de braconne, suffisent en général à nourrir honnêtement son homme.
 
Selon les circonstances je suis soit repus de bons repas, soit gonflé à bloc d'hymne et de vent. Dans tous les cas, je reste aussi léger qu'une plume. Avec mes haillons de loup et mes mots de fou, je brûle comme un feu dans la nuit. On me voit arriver de loin, tel un joueur de flûte. J'entre glorieusement dans le crépuscule pour me diriger lentement vers le clair de Lune, ce qui impressionne sacrément les villageois !
 
Dans mon sillage je traîne des parfums de mystère et des odeurs de fumier. Je cache sous mes semelles autant de légendes fabuleuses que d'épaisses bouses de bovidés. Cela repousse quelques humains communs mais attire certains drôles d'oiseaux.
 
Pas malheureux pour un sou, dans ma carcasse de vagabond bat un coeur de roi.
 
Je fais même des envieuses je crois : les vaches me caressent de leurs yeux doux, les femmes me regardent de travers. Preuves que je ne laisse indifférentes ni bêtes ni ménagères. Ces dernières sont d'ailleurs les plus intriguées à mon sujet.

Leurs enfants me réclament pour que je leur raconte des histoires et leurs maris se battent pour me voir rire et briller à leur table.

2511 - Ma route de nuages

Les nuages incarnent mon plus cher horizon de vagabond. Je ne m'ennuie jamais en si blanches compagnies.
 
Leur légèreté, leur éclat, leurs sommets se situent exactement à la hauteur de mon chapeau, de ma barbe, de mes bottes.
 
Ils sont à ma mesure, à mon image, à portée de mes vues de romanichel des chemins. Tout comme moi, ils volent hauts dans le ciel, détachés des lourdeurs terrestres, libres et fous, gonflés de pure poésie.
 
Ils reflètent les visages étranges, innombrables et toujours renouvelés des hommes de la Terre, des bêtes de légendes ou des anges d'ailleurs. Tantôt ils prennent la forme de la tête du curé du village, tantôt celle du postérieur de la femme du notaire. L'autre fois j'ai même aperçu la mère Garbichon récolter des fagots, là-bas dans les nues !
 
Enflammée de neiges, glacée de beautés et illuminée de brumes, cette vaste écume me raconte de fabuleuses histoires, tandis que je suis étendu au bord des fossés ou au coeur des fourrés. Je rêve ainsi longuement sous l'azur peuplé de tant de signes... Je lis directement les caricatures qui apparaissent sur la feuille de papier céleste. Et lorsque ces figures se montrent plus vagues, je les interprète avec subtilité.
 
L'immensité ouvre ses portes au-dessus de moi et ses messages s'affichent sans fin. Ils défilent avec majesté, passant du coq à l'âne au gré du vent qui les poussent. Les pages de mon livre se tournent toutes seules et le roman du jour s'écrit sur fond bleu, au fil de la météo.
 
Ces instants sont glorieux. Je me trouve allongé sur le sol et en même temps projeté dans l'éther. Mon esprit se conforme aux fantômes qui s'animent dans les sphères supérieures du monde : je deviens un être ailé qui leur ressemble.
 
Je voyage, moi aussi, dans l'infini des airs.
 
Alors que ma pauvre carcasse vêtue de haillons est couchée dans l'herbe et que mon sac rempli de quelques cadavres de lapins pris au collet gît à mes côtés, oubliant ces bagatelles je n'ai d'yeux que pour les cumulus.
 
Mon âme allégée vogue dans l'océan aérien.

Je suis l'égal d'un demi-dieu.

2510 - La paille ou la soie ?

Ai-je bien choisi mon chemin de gueux errant ? Même si j'aime particulièrement nicher dans des granges, me retrouver dès le matin sous le cul des vaches et passer mes journées à traverser la cambrousse avec mes sabots de sanglier, cela ne signifie pas pour autant que j'aurais détesté une existence plus mondaine.
 
A la vérité lorsque j'y pense, dormir dans la soie, marcher avec des semelles de luxe et boire des coupes de vin dans le lustre d'un château ne m'aurait point déplu. Entre l'état de campagnol désargenté et celui de rentier fortuné, l'écart donne le vertige.
 
La différence entre le pain spartiate du bohémien loqueteux et le festin royal du seigneur en splendeur ne me laisse nullement de marbre. Moi comme les autres d'ailleurs : les prétendus indifférents n'étant que des menteurs ! Ou simplement des déjà morts. Ces deux conditions de vies radicalement opposées valent vraiment la peine qu'on les pèse dans la balance du destin. Il serait fort hypocrite de ma part de prétendre préférer d'emblée arborer un chapeau de paille rapiécé plutôt qu'un haut-de-forme rutilant.
 
Se promener sous les nuages avec les poches pleines de vent ou lourdes d'argent, le contraste mérite réflexion. Oui, moi le pouilleux des fourrés j'envie le prince des salons. Et je crois que ce dernier doit, lui aussi, se faire une grande idée, fausse ou vraie, de ce qu'est mon bonheur de rat des champs. Certains dimanches plombés de torpeur il s'imagine peut-être que partir sur les routes sans un sou l'approcherait du ciel... Quelle erreur ! En réalité les hommes sont parfaitement à leur place là où le sort les a installés. Trône ou tabouret, chacun est assis sur un siège à sa mesure.
 
Certes je n'aurais guère été malheureux de vivre dans la dentelle et l'opulence. Mon confort personnel, le même que celui de tant de mortels, aurait-il suffit à contenter l'Univers ?
 
Je reconnais qu'il m'arrive de convoiter l'or du notable, le prestige du curé, la renommée du maire, la table du notaire et surtout sa femme. Inutile de nier cette évidence.

Mais s'il m'était encore possible de troquer ma carrière de braconnier sans gîte contre celle de riche entrepreneur, d'honorable magistrat ou de noble propriétaire, qui accepterait de porter ma couronne de vagabond au milieu de la friche, loin des vanités de ce monde pour, voué à la seule beauté et rendre hommage à la Création, admirer la brume en écoutant le chant sépulcral des corbeaux ?

2509 - Chez monsieur le curé

Lorsque je rends visite au curé d'un village, ce n'est pas pour y demander l'aumône, loin de là. Au contraire je viens lui offrir l'éclat de ma présence, la flamme de mon esprit, la boue de mes bottes. Ainsi que tous les autres trésors que j'incarne : sous mon chapeau il découvrira des pensées d'azur et dans mon coeur le feu d'un fou. Moi le vagabond sorti de la brume, je suis un oiseau plein de lumière et de rocaille, comme un mélange de ciel et de loup.
 
Dans ma tête il y a le poids de l'or, dans mes poches la poussière des chemins, dans mes semelles toute la légèreté de la plume : je ressemble à un ogre qui vole.
 
J'ai des crocs et des ailes. Je braconne et je chante. Carnassier et céleste, je tords le cou des lapins et m'éveille dans les sommets.
 
Sans être un saint, je sais me montrer sage sous ma façade de bête des champs. Dénué d'hypocrisie et de sensiblerie, ni la griffure du froid sur ma peau ni les entrailles déchirées de mes proies prises à mes pièges ne me font frémir.
 
Ce qui me glace et ce qui me brûle n'appartient pas au monde des douillets. La dureté m'est une douceur. J'aime vivre à visage découvert, les mains nues, les yeux grands ouverts. Je traverse ce siècle de frilosités avec la vérité de mon être pour unique passeport.
 
Je voyage par tous les vents, avance par n'importe quel temps, poursuis l'horizon s'il le faut. Mais je peux également rester dans mon trou tant que la joie y réside, plus chaude qu'ailleurs, même si la soupe y semble plus claire.
 
Tantôt je rêve lourdement, tantôt je marche dans les airs. Je vis pleinement mes jours de misère et de gloire aussi bien sur terre qu'au-dessus des nuages. La beauté m'élève, la clarté m'emporte. Le meilleur se trouve certes toujours en haut, ce qui ne signifie pas pour autant que ce qui demeure en bas ne vaut rien.
 
Ce n'est pas parce que les hauteurs du clocher ont mes faveurs que je n'apprécie pas les plaisirs profanes du presbytère. Chez le prêtre qui m'accueille au pied de son église, je m'enivre du son des cloches et me régale de bon vin. J'ai l'habitude de payer en nature les opulences dont on me gratifie : je récompense la générosité de mon hôte en partageant avec lui ma bonne humeur. Quand l'abbé d'un bourg boit avec moi, des anges nous accompagnent.
 
Dans ces moments nos âmes s'accordent à merveille, moi dans mes habits de gueux, lui dans sa soutane de pieux.
 
Ensuite il me suffit de passer à la table du religieux et d'y honorer chaque plat pour conclure cette affaire si bien commencée.

jeudi 8 janvier 2026

2508 - Les corbeaux dans mon sillage

Dans ma vie de vagabond pleine d'allers et venues, de voyages entre champs et clochers, d'aventures entre horizons et légendes, je suis accompagné de vols de corbeaux. Ces nuées de croasseurs forment une ombre immense dans le ciel, comme une cape vivante flottant dans mon sillage. Vaste, auguste et inquiétante. Voilà de quoi forger ma renommée le long des routes !
 
Ainsi réunis par centaines, ils ressemblent à une vague d'encre aérienne, une sorte d'onde pareille à un drap mortuaire, un linceul géant emporté dans le vent. Ils noircissent la plaine et l'azur pour les rendre plus profonds et lumineux.
 
Lorsque je traverse les espaces champêtres sous la tourmente, ils apparaissent tels des anges dans les airs. Et viennent se poser dans les sillons avec leurs têtes de diables. Je les aime follement, même si j'ai l'impression qu'ils me méprisent avec leurs allures hautaines.
 
Dans la désolation des jours de pluie ou dans l'austérité des labours, leur présence spectrale fait briller la campagne. Ils illuminent le paysage de leurs flammes noires, embellissent les terres de leurs ténèbres, enchantent le monde de leur clameur.
 
Leurs ailes ont éclat du deuil et leurs cris la douceur du glas.
 
Ils sont les génies de l'automne, les princes de l'hiver, les chardons du printemps, les clodos de l'été. Ils incarnent la glace du matin et le flamboiement des soirs de tristesse. Ces demi-dieux de la glèbe ont toute mon admiration.
 
Moi l'épouvantail ambulant, eux les macchabées célestes.
 
Peut-être m'adressent-ils en retour une cordiale froideur ? Peu m'importe ! Ces croque-morts tout en plumes me plaisent et m'allègent.

Et quand, prenant leur essor vers de mystérieuses destinations, leur silhouette de sombres seigneurs se déploie au-dessus de mon chapeau de paille, il y a de la lumière dans mon âme.

mardi 6 janvier 2026

2507 - Mes amies les vaches

Lors de mes incessants voyages locaux, je croise plus souvent la gent meuglante que mes semblables bipèdes. J'éprouve pour ces porteuses de cornes une folle considération. Leurs mamelles nourricières, leur mufle paisible, leurs regards placides et doux m'inspirent de nobles sentiments. Ces larges demoiselles paissent sous l'azur et dorment sous les étoiles, sans autres histoires dans leur existence que les jours qui passent.
 
L'herbe est leur vie et le temps leur bonheur.
 
Du matin au soir elles me voient aller et venir, et la nuit elles rêvent encore de gazon frais ou de graminées sauvages... Avec mon chapeau de feu, mes légèretés de paille, mon bâton comme une flamme, mes bottes d'un autre monde et mes allures de grand guignol champêtre, elles me reconnaissent de loin.
 
Et m'aiment elles aussi, je crois.
 
Je suis un drôle d'épouvantail et ces bovidés sont de braves bêtes. Je leur parle dans le langage des fleurs, des pissenlits et des gerbes d'or. Elles me répondent dans leur langue bovine : en me faisant entendre leurs bonnes grosses bouses qui s'écrasent au sol dans des bruits flasques et sonores. Ou à travers le ruissellement mélodieux de leurs vastes jets d'urine fumante. Ou les deux à la fois. Enfin, l'essentiel est que je sois content de converser avec ces amples anges ruminants.
 
La passivité constitue leur occupation principale. Pourtant ces belles créatures focalisent toutes mes attentions d'aventurier des champs. Lourdes et lentes, ces sages laitières animent avec bonhomie le bord des routes où je chemine. Elles ponctuent mes pas ainsi que mes heures de leur présence massive et de leurs meuglements idylliques.
 
Les vaches représentent à mes yeux des poèmes sur pattes.

Et quand vient le crépuscule, accompagné tantôt des tristesses de l'horizon, tantôt des éclats du ciel, la clameur mélancolique du bétail dans les près résonne en moi tel un cor pastoral, une sorte de vivant écho de la Création, une forme de chant cosmique à portée de mon âme de vagabond. 

lundi 5 janvier 2026

2506 - Mes braconnages

Le long de mes chemins d'errance je brise des mottes de terre, tape dans des cailloux, ramasse du bois mort.
 
Mais surtout, je pose des pièges.
 
Je tends mes collets ici et là dans les fourrés, les fossés, les coins de friches autour des différents villages que je parcours régulièrement. Le lapin compose l'essentiel du gibier capturé illégalement. Il m'arrive également de tordre le cou de diverses manières à quelques menus volatiles, mais c'est rare. Et en ce cas je les plume sur place pour les faire griller au bord de la route. Pour les grosses prises, il faut une marmite. L'opération s'avère certes davantage fastidieuse mais le mets en vaut la chandelle. Afin d'accéder à ce raffinement culinaire, j'ai besoin de la complicité des villageois. Ils ont les ustensiles adéquats, je détiens le trésor principal.
 
Un des gardes champêtres faisant partie de mes amis, de temps à autre je partage avec lui les fruits de ma braconne. Sa femme prépare les meilleurs ragoûts que je connaisse.
 
Quant aux maires des communes que j'ai l'habitude de visiter, étant donné qu'ils se montrent tous ouvertement opposés à mes opinions royalistes, je me contente d'avaler sous leur toit une maigre soupe ou bien un verre de vin platement formel. Ce n'est pas chez eux que je ferai bombance, non d'un lièvre !
 
Si je souhaite me réchauffer avec des gerbes d'étincelles et autant d'étoiles dans une demeure où brûle un foyer réellement ardent, c'est sûr qu'il faut que j'aille voir ailleurs que chez ces notables de potence. Chez mon acolyte la Garbichon par exemple, je suis toujours certain de trouver une table de choix ! Avec elle c'est fête assurée dans la chaumière. Lorsque je me présente chez elle bredouille, les patates de son jardin suffisent au festin. L'amitié fait le reste. Et si vraiment le manque de civet se fait trop cruellement sentir au repas, on se débrouille avec les moyens à notre portée.
 
Faire cuire des rats dans sa cheminée l'effraie d'ailleurs tellement peu qu'elle le fait à l'occasion, seule ou en ma compagnie. Nous nous régalons alors d'une fricassée de rongeurs adorablement dodus, elle et moi ! Il faut dire qu'ils sont bien nourris, au chaud dans son antre... Ce sont même ses protégés, au même titre que ses poules.

Ensemble nous partons à la chasse hors saison à la faveur du crépuscule, elle armée de sa canne et de ses idées arrêtées sur la question des gambadeurs garenne, moi martialement coiffé de mon indétrônable chapeau de paille. La vieille Garbichon a grand plaisir à me regarder placer mes lacets là où abonde la gent bondissante. Et ramène parfois, en supplément des bêtes étranglées qu'elle m'aide à porter, tantôt de la salade récoltée dans de vagues potagers du voisinage, tantôt des pissenlits licitement cueillis dans les près.

Finalement je crois que la plus belle pièce de mes traques animalières, c'est la mère Garbichon elle-même !

dimanche 4 janvier 2026

2505 - Mes chères cheminées

Une singularité me distingue de mes semblables : je suis un fou de cheminées. Je veux parler des cols en pierre qui surmontent les toits. Ces architectures ancestrales incarnent les légendes rurales. Les plus belles d'entre elles, c'est-à- dire les plus vieilles, les plus massives, m'attirent avec flamme. Je les trouve aussi chaleureuses qu'augustes, précisément pour la raison qu'elles sont antiques, ancrées dans le siècle des chandelles, directement sorties d'un monde révolu. Je les perçois comme de véritables mythes champêtres.
 
La fumée qui s'en échappe m'enchante. Cet esprit blanchâtre qui apparaît tantôt sous forme de tourbillons désordonnés, tantôt en ligne droite, élève mes pensées et me fait regarder plus haut que tout le reste.
 
En hiver ces tunnels verticaux crachant leur suie en l'air m'apportent un réconfort visuel et mental :  ils se dressent tels des rêves de feu dans l'azur glacé. En été je les compare plus volontiers à des vigies de vaisseaux statiques, des sortes de sommets séculaires depuis lesquels des guetteurs fabuleux -vagues spectres ou hôtes à plumes - scruteraient secrètement l'horizon...
 
Bref, en toutes saisons ces têtes de foyers jouent un rôle essentiel au-dessus de la campagne, au moins à mes yeux.
 
Précisons que seules les demeures anciennes dotées de ces puits célestes m'agréent. J'aime à m'imaginer monter sur une de ces maisons et m'asseoir à côté de leur pipe géante, recevant un peu de leur chaleur et beaucoup de leur rustique poésie. Je me figure ainsi trôner près d'une de ces tours fumantes, installé sur un tas de paille en guise de nid, imitant les chanceux volatiles, heureux de me retrouver à la hauteur de mes fantaisies...
 
Ces petits châteaux longilignes prolongeant l'âtre désignent le ciel avec majesté. Ils constituent également les refuges privilégiés des oiseaux de passages et les points culminants préférés des visiteurs de la nuit. Les hiboux les adoptent affectueusement et les chats de gouttières y font leur étroit terrain de jeu.

En ce qui me concerne ils symbolisent mes perchoirs ultimes, mes lits idéaux et mes altitudes suprêmes.

samedi 3 janvier 2026

2504 - Perché sur mon pommier

Entre deux patelins que je visite régulièrement, s'élève un pommier. Poussé au bord de la route avec la broussaille, nul ne le remarque vraiment parmi la végétation éparse et anonyme. Ce distributeur gratuit de fruits fait partie de mon royaume local. Lorsque à la saison des récoltes je passe devant, je ne manque jamais d'y prélever mon dû.
 
Mais à l'occasion, il me sert également de juchoir.
 
Je m'y perche comme un vieux corbeau solitaire en quête de repos, heureux de trouver là un trône digne de ma condition de vagabond. Plus pragmatiquement cet arbre constitue surtout un excellent poste d'observation. Installé sur sa branche principale, je puis de cette hauteur contempler le paysage et examiner astucieusement ceux qui vont et viennent d'un clocher à l'autre. Telle est l'une de mes occupations favorites.

Mécaniques et humains composent mon théâtre.
 
Je relève ainsi les allées et venues, essaie de deviner qui roule à vélo et qui conduit sa voiture, étudie les habitudes des villageois, note les présences opportunes et les visiteurs inopinés. Rien n'échappe à mon oeil espiègle. Les moindres coeurs qui battent dans la campagne valent que j'en fasse un roman dans ma tête. Gibier, chiens, épouvantails, vaches et bigotes y compris. J'espionne à ma guise ce petit monde intime et vivant, m'amusant à faire la distinction entre notables et gens simples. 
 
Là, assis sur mon gradin de bois dur, je suis au spectacle !
 
Depuis mon humble sommet, les scènes de la vie rurale m'apparaissent réellement proches et authentiques. Je vois de bien drôles d'oiseaux traverser l'horizon : des ânes d'exception et des bipèdes ordinaires, de belles hirondelles et des loups antiques, des silhouettes sombres et des personnalités en vogue... Toute une population secrète et pittoresque se déploie à l'abri des regards de la ville. Certains jours je n'ai que cela à faire et je le fais donc avec toute la légèreté possible. Evidemment je m'affiche aux yeux de tous en agissant de la sorte à trois mètres du sol. Mais que voulez-vous ? N'ayant à cacher ni mes bottes de gueux ni mon chapeau de hibou, autant les montrer !

En descendant de mon mirador au crépuscule, je poursuis mon chemin vers tel hameau, telle ferme ou telle masure pour aller colporter les merveilles que j'ai vues au long de ma journée à la première chouette qui voudra bien les entendre !

jeudi 1 janvier 2026

2503 - Mes jours de joie

Un rien suffit à faire gonfler mon coeur de bohémien en bottes d'un bonheur simple et franc, aussi frais qu'un fromage de chèvre ! A la seule vue du clocher du village dans la brume matinale, des ailes me poussent sur le dos. Et je pense alors à l'odeur des chaussons aux pommes que prépare le boulanger. Il fait frisquet, je frissonne en quittant mon lit de foin. La journée sera riche d'humbles folies et bonne à croquer !
 
Je sors de ma grange, plonge les pieds dans l'abreuvoir à vaches le plus proche histoire de me réveiller et m'y débarbouille le museau.
 
Puis me dirige vers le Soleil qui se lève.
 
Je vole sur la route plus que je ne marche tant mon être est léger. Je me précipite comme un papillon affamé en direction de la boulangerie. Chemin faisant, je me retrouve en plein azur avec des corbeaux croassant tout autour de mon chapeau de printemps.
 
Je bénis un jour aussi merveilleux !
 
Je croise une fermière qui me salue de son pot de lait. Peu après le garde champêtre sur son vélocipède, plus piquant que quatre châtaignes avec son képi, me destine ses réprimandes les plus cordiales. Arrivé à la place de l'église, je constate que le curé est déjà occupé à faire honneur à son vin de messe, quelle santé ! Le père Gontran, sa sempiternelle pipe au bec, lance quelques jurons en l'air avant d'aller rendre visite à la mère Garbichon qui va peut-être lui offrir un café débordant de gnôle.
 
Je ne m'attarde pas, trop pressé d'aller quérir ma pitance de roi directement à la sortie du four. Je paye le pâtissier d'une hypothétique promesse de gain et m'en vais déglutir mon dû sur un banc. Et pendant qu'en compagnie des moineaux je me régale de tant de douceur contenue en si peu de chose, voilà que le maire de la commune vient m'adresser son plus méfiant sourire. Amabilité feinte que je lui retourne sous forme de chant royaliste.
 
C'est que j'ai de sacrés anges à mon arc !
 
Monsieur Phébus commence à répandre progressivement ses flammes vernales sur les toits, dans les rues et sur les visages. Et finit par dissiper les derniers brouillards stagnant au fond des hommes.
 
Enfin, les âmes s'éclairent et le ciel triomphe.
 
Il ne me reste plus qu'à attendre que midi sonne pour que monte jusqu'à Dieu en personne ma joie d'ingénu vagabond.

mercredi 31 décembre 2025

2502 - La femme du notaire

J'ai beau loger mon cul dans les fossés du coin et traîner mes bottes dans les fourrés, loin des salons des notables, indubitablement ma virilité de sanglier s'enflamme pour la belle femelle du notaire. Au village elle passe pour une épouse ordinaire, voire une bourgeoise empâtée. Selon mes critères elle vaut son pesant de noisettes ! Contrairement à ce que l'on serait tenté de croire, en général les rustauds ruraux se montrent très sensibles aux charmes délicats des fines créatures de la ville et inversement, les citadins raffinés éprouvent des transports immodestes à l'égard des épaisses vaches de la campagne.
 
Je lorgne invariablement son glorieux postérieur et ses grosses poires bien mûres. Son mari socialement haut placé s'est déjà lassé, c'est sûr, de ces fruits devenus trop consistants à son goût, et semble préférer les appas naturellement allégés des lisses et fades jeunettes.
 
Moi qui ne suis qu'un vagabond, donc au bas de l'échelle des gens honorables, je regarde cette femme délaissée comme un mets de choix, même si je ne peux raisonnablement pas aller lui foutre directement ma pogne au popotin. Non, j'agis plus subtilement : pour pouvoir seulement la dévorer de mes prunelles carnassières, j'essaye d'abord de lui toucher le coeur.

Je lui apporte des lapins pris au collet encore chauds, des baies aussi sauvages que rares, ainsi que des fleurs issues de la friche, mais surtout mes rêves noirs de bête des bois. Je sais qu'elle apprécie beaucoup mes histoires de loup, mes aventures dans la nuit et mes pensées de feu.

En retour elle me laisse espérer le gain immodéré de ses opulents trésors.

Lorsque je prends le thé chez elle en compagnie de son époux indifférent, je lui parle ouvertement de mon sceptre de seigneur de la forêt, de ma couronne de gueux de la verdure, de mon trône de souverain des broussailles... Elle m'écoute, dubitative, rêveuse, toute frémissante. Je lui raconte mes voyages routiniers dans les chemins creux autour du patelin. Elle en fait tout un foin dans sa tête lustrée, toute une fête depuis sa cuisine de ménagère !

Avec mes haillons d'ogre local et mon chapeau de paille usé, elle m'imagine prince des champs chevauchant quelque pégase étincelant partant à la conquête d'un horizon idéal et fabuleux...

J'alimente au possible ses folles rêveries de mondaine languissante en agitant sans retenue le chiffon rouge de l'esprit littéraire, tandis que je brûle de désir en la voyant se pâmer de mes mots pleins d'ombre et de lumière...

Tout se termine toujours sagement par un repas copieux qui me fait vite oublier les séductions de sa chair inaccessible. Tard le soir en sortant de chez elle, mes humeurs refroidies mais le ventre plein, en levant les yeux vers les étoiles ma flamme éteinte se ranime bientôt.

Et repartant dormir dans ma grange, je me consume d'amour pour la céleste Junon que, de ma plume d'épouvantail, je viens d'effleurer de si près.

mardi 30 décembre 2025

2501 - Mes nuits de rêves

Au coeur de l'hiver, certains soirs de pleine lune au lieu d'aller ronfler comme un cerf dans quelque grange ou plus chaudement dans une étable auprès des bestiaux, je décide de prendre un bain de lumière nocturne, enjoué à l'idée de me retrouver seul à marcher à travers la campagne. Je déambule alors dans le grand silence champêtre, attentif à la plus petite ombre, à la moindre vague de brindilles. Le calme de l'immensité assoupie est parfois brisé par le cri des hiboux.

Dans cet océan de torpeur hivernale, une brise vaut une tempête.
 
Quel enchantement ! Le monde endormi devient mon royaume, moi le roi des braconniers, moi le vagabond au chapeau rempli d'étoiles.

Je me dirige vers les habitations avec mes grosses bottes.
 
Tandis que les hommes dorment aussi lourdement que des bêtes et qu'une paix lunaire rayonne sur les terres en repos, j'explore les mystères de la nuit. J'ai froid et je suis heureux. On dirait qu'il fait presque jour à deux heures du matin. Sélène ressemble à un soleil de glace qui fait étinceler les toits.

Cheminant ainsi sous le ciel embrasé d'astres, je me sens l'égal d'un spectre : léger, fluide et aérien. J'ai l'impression que l'extase me soulève du sol, que le poids de ma carcasse est le même que celui d'une plume. Et bientôt je crois voler dans le paysage blanchi de givre. Mes semelles d'ogre des neiges semblent m'emporter telles des ailes ! Mais non, je reste pourtant  solidement ancré au plancher des vaches. Mon âme est si fine et si brûlante dans ces moments d'intense éveil, qu'elle se prend pour une comète.

Mes promenades aux apparences anodines se changent vite en voyages extraordinaires. 
 
J'entre dans les villages en quête de muettes aventures, observant tout et rien, musardant dans les rues désertes, cherchant de minuscules trésors à mettre dans mes poches et de folles découvertes à engranger dans mes rêves. De quoi nourrir mon imaginaire d'histoires nouvelles et de flammes secrètes.

Le satellite irradie sur les jardins, répandant sa poésie jusqu'au fond des puits.

Et je contemple cet humble univers désolé et magnifique, moi le noctambule en vadrouille sous la Lune, moi le seigneur des gueux si loin des vivants, si proche du firmament.

dimanche 28 décembre 2025

2500 - Mes voyages

Avec mes bottes de bûcheron, mon chapeau de flamme et mes poches pleines de rêves, je voyage à dos d'oiseau.
 
Etendu sur le ventre de la Lune, assis entre les ailes vertigineuses d'Éole ou mollement allongé sur les nuages, je chevauche tous les vents, m'agrippe à chaque plume et me laisse emporter par les moindres flots.
 
Je parcours les chemins de clochers en bosquets, fourrant mon nez dans les fourrés et m'attardant dans tous les autres lieux peuplés d'herbes folles. Rien qu'autour du canton, je fais l'équivalent du tour du Soleil et de la Terre. En quelques enjambées je traverse l'Humanité, captant l'essentiel des coeurs et des âmes de mes semblables. Les labours, les broussailles, les fossés et le bétail des pâturages que je croise sur ma route suffisent à remplir mon existence de vagabond.
 
Les cailloux sous mes pas, les ronces des taillis et les commères des hameaux constituent mon univers. Ils font partie des aventures de mon humble quotidien. Les fleurs des champs qui embellissent mes jours, les mottes de terre que je brise du talon et les cancanières du coin que j'écoute chanter me comblent d'un bonheur brut et tranché.
 
Mes joies de bête des bois sont à la hauteur de mon couvre-chef de loup. Je cours les ruisseaux et dors là où je peux, tantôt sous les étoiles, tantôt dans le foin des granges. Ou bien sous le toit des vaches. Je suis le prince des étables et le gueux de la forêt ! Même s'il m'arrive de devenir l'amant passager des rêveuses dans leurs chambres de solitaires.
 
Je suis le colporteur de fables et de légendes, je vogue de brumes en tempêtes et, comme les chats et les chouettes, vole d'arbres en cheminées pour mieux enchanter la campagne et ses chaumières. Pareil aux rats et aux visiteurs nocturnes, je hante encore les jardins et gratte aux portes des vieilles maisons isolées pour me présenter avec autant de mystère que possible à mes hôtes.
 
En passant le seuil de ces modestes palais, je veux avoir la place du simple paysan près de l'âtre. Les pieds au chaud, je n'ai plus qu'à réclamer du pain et des carottes, des pommes et de l'eau de pluie.

Voyageur champêtre, je vadrouille en quête de peu et de beaucoup entre l'infini de la poésie et l'étroitesse des potagers.

samedi 27 décembre 2025

2499 - J'ai la peau dure

Les gens du coin disent que je suis un "dévoreur d'enfants". Certains m'appellent également le "bouffeur de vaches". En réalité ils savent bien que ne fais de mal à personne. Je suis même le compagnon des rats des champs et le frère des spectres de la nuit. Mais il se trouve que j'ai une apparence à faire peur aux anges et aux notables de la ville, tant de près en arborant ma trogne de loup et mon chapeau rapiécé que de loin en jouant de ma silhouette ogresque, de mes allures augustes, de mon ombre fabuleuse... Conscient d'impressionner mes contemporains, je reste naturel. Pas besoin de forcer les choses, tout vient à point.
 
Je ressemble à une souche, à une écorce, à un caillou. Si ma peau est dure, mon coeur l'est davantage ! Je ne fais pas dans la dentelle en règle générale. Telle une authentique bête des bois, j'ai adopté depuis longtemps les moeurs des ours, les délicatesses des sangliers et les habitudes des hérissons : j'embrasse avec rugosité, enlace de toutes mes épines, aime comme un vieux chêne.
 
Avec moi ça pique toujours. Ca râpe et ça gratte, il est vrai. J'ai la gueule d'un croqueur de pierres et l'épiderme d'un phacochère. Est-ce ma faute si mes amis sont si douillets ? Ils sentent le savon et les gentillesses du dimanche tous les jours de la semaine, tandis que ma vieille carne de coureur des campagnes répand l'odeur du foin et du mystère à longueur d'année !
 
Je ne suis guère d'une compagnie facile. Avec mes grosses bottes de croquignol champêtre, mes manières ancestrales et ma face burinée de bûche, il faut m'apprivoiser avant de me faire asseoir dans les beaux salons... Mes courtoisies sont celles des chardons. Et si on me présente un plat raffiné de roi ou une lourde marmitée d'épouvantail, j'avale l'un et l'autre sans façon. Pour mon gosier aussi profond qu'un puits, tout est bon !
 
Je fais systématiquement honneur à la table de mes hôtes.
 
On me regarde souvent de travers au début, puis avec intérêt.
 
En apprenant à me connaître, les âmes frileuses changent d'avis à mon sujet. Bien des femmes rêvent de mes rudes étreintes de seigneur des fourrés, je le devine dans leurs yeux enflammés. Surtout les bigotes célibataires qui en voyant ma barbe de légende tentent avec plus ou moins de bonheur de déployer leurs douteuses séductions, les épouses honnêtes se contentant de frémir en écoutant mes histoires...

Je ne passe pas inaperçu dans le paysage local : lorsque je frappe aux portes en quête de pain et de feu, on me reçoit soit en petits souliers, soit en grandes pompes, moi le vagabond inopiné arrivant de tous les horizons.

jeudi 25 décembre 2025

2498 - Qui est-il ?

Texte d'après un tableau du peintre Aldéhy

D'où vient-il ?
 
Des étoiles ou de la Terre ? Que cherche-t-il ? La flamme d'un feu ou la clarté de l'horizon ?
 
Est-ce un mage ? Un simple vagabond ? Un habitant du coin ou un messager céleste ?
 
Avec ses allures bibliques, sa barbe antique, sa face de mythologie, l'auguste personnage au regard d'azur semble venir d'un lointain royaume.
 
Que nous apporte-t-il ? Sa présence illumine tout autour de lui. On dirait un astre dans la nuit. Comme un mystère au firmament.
 
Que nous annonce-t-il ? Son silence en dit long sur ses pensées profondes. Peut-être souhaite-t-il garder ses distances et nous laisser deviner en lui l'essentiel... A moins qu'il ne préfère prendre son temps et attendre que nos esprits s'éveillent.
 
Quel est son nom ? Est-ce un secret en or ou bien un caillou commun ? Est-ce un porteur de sable ou un semeur de vent ? Un chevaucheur de nuages ou un créateur de rêves ?
 
Quelle incroyable réalité se cache derrière son visage sage et olympien ? Est-ce un sommet de poussière  divine ou une montagne de diamants oniriques qui brille sous ce front plein de majesté ?
 
Nul ne sait.
 
C'est un voyageur qui nous rend visite.
 
Nous les hommes, nous les ombres, nous les mortels.

Lui la lumière.

2497 - Mes lits de ronces

L'été je dors là où me mènent mes semelles de croquemitaine. En général quand le soir est aux étoiles je me couche en pleine cambrousse, loin de tout, au milieu de la friche, au bord des mares oubliées ou en fond de vagues fossés. Ne faisant guère le difficile, je m'accommode de ce que m'offre la nature : lit de paille ou d'épines, tapis d'herbes ou de cailloux, oreillers de bois ou de mousse, couvertures de rêves ou de crapauds, tout me va ! Avec durant mon sommeil deux ou trois têtes de rats qui passent ou quelques plumes qui volent, pour moi la fête demeure enchanteresse : je roupille comme un roi.
 
Entouré de ronces, étendu sur mon matelas de verdure, je n'ai pas à me soucier de grand-chose. Je me sens protégé des loups derrière ce rideau de piquants, même si ces adorables bêtes ont disparu depuis belle lurette...
 
Là, dans ma chambre aussi vaste que les champs de constellations, j'écoute les cris de la faune et le chant des astres. Je me repose ainsi dans les broussailles, tel un renard. Autour de moi tout pique et flamboie dans la paix nocturne. Ma carcasse ressemble à une flamme sombre assoupie dans son trou de feuilles et de branchages. Encerclé par tant de barbelés végétaux, ma nuit est légère et mon âme s'envole sans attendre vers le royaume des fables et des fantômes.
 
Dans cet espace sauvage, je suis dans mon élément naturel.
 
Lorsque l'aube me caresse de ses doigts frais et humides, je me réveille en frissonnant, encore plongé dans les limbes de mon voyage peuplé de mystères et de folies. En guise de salutation, les plantes m'égratignent et me percent.
 
Et je suis heureux de vivre à la mode des campagnols et des hiboux.
 
La rosée se montre âpre à mon égard et les buissons acérés que j'effleure sont beaucoup moins aimables que des hérissons, mais le matin n'en devient que plus éclatant à mesure que les dernières brumes se dissipent... Le jour promet des gloires brûlantes.

Bientôt le vent séchera ce plumard de foin et le Soleil y mettra le feu.

mardi 23 décembre 2025

2496 - Les épouvantails

Au cours de mes fabuleuses aventures locales, tant à travers champs qu'au fond des jardins, je croise des épouvantails.
 
Ces êtres de rêve et de paille font partie de mes meilleurs amis !

Ils se dressent dans la solitude de la campagne en affrontant tous les vents, fiers et dignes, pareils à des rois en guenilles.
 
J'aime les voir apparaître dans la brume, inquiétants, quasi vivants avec leur face ambiguë et leur couvre-chef de vieux paysans... Parfois abandonnés, oubliés, brisés, ne servant plus à rien, ces spectres en loques brillent tels des astres moribonds. C'est là qu'ils sont les plus beaux.
 
Ils sont la poésie de la friche, l'âme des sillons, le chant de l'aube et le mystère des ténèbres.

Ils ont plein de brouillard dans le coeur, de la pluie dans les yeux, des étoiles cachées dans les poches de leurs vestes trouées. Et se présentent sous le ciel avec des fleurs dans les mains, devant les hommes avec des ronces. 

Je crois bien qu'une flamme brûle sous leurs haillons. Ils ont besoin de chaleur et d'amour, eux aussi.

Et lorsque le givre les blanchit, seuls dans la plaine, sans personne pour les enlacer, ces pauvres ermites doivent trembler de froid... Comme n'importe qui à leur place.

Leurs allures tristes et leur silhouette auguste leur confèrent un charme champêtre profond, étrange et mélancolique. Il y a toujours un peu d'hiver sur leur front et beaucoup de printemps dans leurs cheveux de chaume.

Je me sens si proche de ces silencieux confidents... Plantés au bord des chemins, ils fixent l'horizon et voyagent avec les nuages, perdus dans leurs pensées nébuleuses. Ce sont mes fidèles compagnons de route, de secrètes présences au milieu des herbes folles, des fantômes établis loin des logis.

L'ailleurs est notre but commun, moi qui vagabonde sous l'azur, eux qui mendient de la lumière.

lundi 22 décembre 2025

2495 - Un oiseau déplumé

Dans ma vie de vagabond à temps plein, il m'arrive de faire des rencontres réellement extraordinaires. Ainsi un jour je croisai un sacré foutu personnage sur mon chemin : moi-même !
 
Ou plus exactement, l'ombre de moi-même. Ou, pour être encore plus précis, un anti moi-même. La totale contradiction de ce que je suis.
 
A y réfléchir, le terme "personnage" est trop flatteur pour qualifier cette pauvre chose en forme de bipède. En vérité j'eus affaire à une pâlichonne cloche de la ville : un digne représentant de la gent prétendument libérée des "soumissions du système"...
 
Un routard avec des écouteurs dans les oreilles et des fils lui sortant par tous les trous ! Un de ces nombreux juvéniles paresseux à la dérive qu'a fait naître ce siècle de tous les dérèglements.
 
Un homme sans chaîne, ça ? Mon oeil ! Plutôt un parfait esclave des écrans !
 
Une loque connectée. Une brindille errante au ciboulot lessivé. Le pire artifice de la société. Un être immature abruti de la tête aux pieds par son inutile technologie. A voir ce gringalet traîner la savate avec ses bidules branchés à ses orifices, on aurait dit un malade ambulant transfusé avec des tuyaux. Ou un moribond en déplacement sous surveillance électronique...
 
Déconnecté du réel, plongé dans sa bulle de vaines virtualités, il semblait m'ignorer. Il continuait à marcher sur la route en ânonnant des mots stupides : il écoutait du rap à s'en faire péter les tympans ! J'entendais d'ailleurs les échos des ordures auditives qu'il captait à travers les récepteurs collés à ses tempes. Plus de doute, j'avais en face de moi un crétin formellement formaté. Un pur produit de la creuse modernité. Une sorte d'animal dénaturé traversant la campagne comme un robot, absorbé par son univers d'indigences numériques.
 
Je venais de me heurter à une autre civilisation. La drôle de bête ne provenait visiblement pas de mon antique planète. Ce type pathétique, là devant moi, déambulant dans la cambrousse avec son baladeur sur le crâne incarnait le néant. Je devinais bien ce qu'il était au fond de sa molle âme...
 
Un écolo.
 
Ou pour le dire autrement, un geignard improductif. Un de ces parasites toxiques et pleurnichards qui se prennent pour des victimes du climat doublés de justiciers de la verdure, des "amoureux de la nature" incapables de vivre à l'air libre sans tenir à la main leur débiteur de sornettes ou de se déplacer dans les bois sans activer leur GPS... Nature qu'ils appellent religieusement "Mère Gaïa", eux les enfants à la peau fragile et aux pensées flasques.
 
Je le regardai passer sans lui adresser la parole. Comment aurais-je pu communiquer avec cet extraterrestre venu des profondeurs du métropolitain ? Il paraissait tellement captivé par les âneries que débitaient les instruments greffés à sa cervelle... Je l'aurais certainement dérangé en voulant le saluer ! Je le laissai à sa misère intérieure.
 
Perdu dans ses inepties, le déraciné de la réalité ne fit d'ailleurs nullement attention à mon chapeau de paille.
 
Il disparut de ma vue aussi pitoyablement qu'il en était apparu.

dimanche 21 décembre 2025

2494 - L'endive DUNORD

Jean-Michel DUNORD est une endive.
 
Un bon gros chicon du Nord. Autant dire qu'il est loin d'être un moindre légume !
 
C'est même une perle à la vérité. Un sacré numéro !
 
Ne serait-ce que parce que dès le départ, d'où qu'il soit et d'où qu'il veuille aller dans ses idées, verbalement il s'affiche toujours complètement à l'ouest aux yeux de tous, on ne lui contestera pas d'avoir ce sens aigu de la désorientation mentale.
 
Oralement on le trouve gauche. A l'écrit il se montre aussi épais que possible. A l'endroit, il reste maladroit. A l'envers, il fait tout de travers ! Il confond d'ailleurs sa simple épaisseur avec une fine épée.
 
Voilà exactement comment il parvient à faire rire la galerie !
 
Dans son genre, DUNORD vaut le détour jusqu'à Lille, ville où il habite ! A lui seul il concentre tout ce que l'esprit humain fait de parfaitement rigolo sur Terre. Comme tous les meilleurs clowns au monde, il ignore qu'il en personnifie la plus belle version. Il fait partie des brillants polichinelles...
 
A le voir jouer si bien sur la piste aux andouilles, on peut raisonnablement penser qu'il a été chaudement acclamé par les habitants de la respectable commune de Vire !
 
Incontestablement DUNORD représente l'empereur des cornichons !
 
Au moins dans le département du Calvados, ce qui n'est déjà pas mal. Il a de la bouteille dans la pitrerie involontaire, il faut lui reconnaître cet immense avantage.
 
DUNORD n'est pas le premier venu dans le domaine électif des idiots de choix. De ceux que l'on invite volontiers aux dîners chics en petits comités de choc... Villeret peut aller se rhabiller ! Auprès de DUNORD, ce roi des cons en carton-pâte passe pour un petit joueur !
 
Par son unique personne, DUNORD incarne la lourde farce. C'est un gugusse-né. Inégalé. Un digne âne avec un nez rouge sur le museau. Lui n'endosse pas le rôle d'un imbécile d'opérette, c'est certain. Il vise plutôt la cour des grands.
 
Naturellement douée pour se donner sans tricher dans le cirque des grosses poires, cette ample saucisse lilloise à la cervelle de cloche résonne comme une vraie trompette qui ne tromperait pas un éléphant pour ou sou !
 
Deux ronds de carottes l'unité, c'est précisément le prix actuel de la fameuse endive du Nord.

2493 - La mère Garbichon

Avec mes semelles inusables d'antique hibou des champs, j'explore des coins cachés et pénètre dans des trous singuliers. C'est ainsi que je découvre mes trésors humains, loin des sentiers balisés.
 
Parmi mes connaissances vagabondesques, je vous présente Madame Garbichon. 
 
Cette femme sortant indubitablement de l'ordinaire est une veuve âgée à la langue leste et à la pensée brutale qui a un jugement bien arrêté sur vous et sur moi, sur ses propres voisins mais aussi sur leurs chats et chiens, sur les étrangers, sur ses amis et sur ses ennemis, sur les gens qu'elle connaît et surtout sur ceux qu'elle ne connaît pas... Sur tout le monde en fait.
 
La mère Garbichon depuis sa méchante masure apparaît telle une sorte de croquemitaine au féminin, mi-sorcière, mi-bigote, qui va à la messe soit pour y critiquer ouvertement le curé, soit pour y cracher haineusement à la face des "belles dames" (comme elle dit) qui y assistent. Et même pour y déboulonner quelques statues de plâtre de ses opinions tranchées ! Ce qui ne l'empêche pas d'aller pieusement s'agenouiller devant de la Sainte Vierge.
 
Mais attention, en revenant de l'office dominical, remontée par je ne sais quelle secrète cause, cette drôle d'ouaille se montre volontiers plus féroce qu'à l'accoutumée ! Gare à celui qui croiserait la route de la Garbichon à son retour de l'église ! Une vraie ronce sur patte !
 
Cette fidèle pas comme les autres m'inspire les meilleurs sentiments. En sa compagnie je suis sûr de trouver une contradictrice à la hauteur de mon chapeau de paille ! Impossible de m'ennuyer avec elle.
 
J'apprécie son esprit caustique ainsi que le contenu de sa marmite, c'est pourquoi je lui rends souvent visite. La mégère me reçoit à chaque fois chez elle avec chaleur et fracas. De sa cuisine émanent toujours des odeurs accueillantes et son feu y demeure sans cesse actif. Sous son toit de mauvaise fée, ça sent bon le choux, la patate et la saucisse.
 
Quelle fête, dès que je passe le seuil de sa bicoque !
 
L'antre suscite l'effroi au premier abord. Des gousses d'ail en forme de spectres dodus sont pendues sur leur gibet couverts de toiles d'araignées. Sur les murs des portraits d'ancêtres issus d'un royaume mystérieux et lointain vous fixent avec leur mine sévère et inquiétante. Sur la table s'étale un méli-mélo d'objets insolites à usages suspects et indéterminés. Enfin des fagots qui ressemblent à de longs hérissons debout s'amoncellent près de la cheminée, attendant d'être sacrifiés sur l'autel âpre et joyeux de cette rescapée d'un siècle révolu...
 
Elle ne semble visiblement pas indifférente au charme épineux de ma barbe d'épouvantail ambulant, ni même aux rudes séductions de mes bottes de laboureur des chemins.
 
Mais moi, en plus de ses succulentes fricassées, c'est sa soupe aux commérages et ses assiettes de potins que je préfère. Des mets de choix pour le colporteur de flammes et de glace que je suis.

Chez la vieille Garbichon je suis certain de manger des plats qui tiennent au corps et de boire des étoiles qui enchantent mon âme !

samedi 20 décembre 2025

2492 - A travers champs

Je passe mes journées à battre la campagne, courir la friche, traverser les champs, allant de villages en maisons isolées, de fourrés en bosquets, tant à la rencontre du gibier que des humains. Entre deux braconnages, je vais chez les curés, les paysans, les humbles et les notables aux hasards de mes pas pour y prendre le café, le vin fin ou la grosse gnôle. Ou pour n'importe quel autre prétexte justifiant que je foute mes bottes crotteuses dans leur foyer, des lapins encore chauds dans ma musette !
 
J'en profite pour colporter mes douces folies et récolter les dernières nouvelles du coin.
 
Je viens également me réchauffer l'hiver au pied du feu de mes hôtes en leur racontant des histoires effrayantes... C'est surtout pour cette raison, je crois, que ces gens aiment me laisser entrer chez eux le soir. Ils ont l'impression d'accueillir dans leur demeure trop ennuyeuse un invité extraordinaire : tantôt une légère hirondelle, tantôt une chouette antique. Voire un loup de la nuit.
 
Quand je me retrouve sous leur toit, les écrans s'éteignent et les cheminées s'allument. Pour eux c'est l'heure de toutes les légendes. Pour moi celle où je deviens un mage repus de bon pain, le temps d'une longue veillée sous la lueur de la flamme.
 
Je leur narre des merveilles pour les faire cauchemarder. Ils rient de mes fables, rêvent en écoutant mes contes inquiétants... Ils me retiennent souvent plus longtemps que prévu.
 
Tard dans la soirée je repars, le ventre plein, satisfait, fatigué et heureux. Il ne me reste plus qu'à chercher une grange pour dormir paisiblement dans le foin en compagnie d'un âne. Ou bien le lit d'une vieille fille pour y étendre follement mon ample carcasse de roi botté jusqu'au matin. Ecurie d'équidé ou chambre de demoiselle acariâtre, cela revient un peu au même : je m'entends bien avec les bêtes, qu’elles soient à cornes ou à dentelles.
 
Ma vie de vagabond est une incessante aventure champêtre, un interminable voyage local et floricole, un vol en plein vent ponctué de repos devant soit l'âtre de l'homme, soit le râtelier de l'herbivore... Je vais de fleurs en coeurs, de mottes de terre en grottes de bigotes, de cavernes d'ours en salons de notaires et de joyeux presbytères en hymens austères...

Mes semelles sont sans cesse en fête !

vendredi 19 décembre 2025

2491 - Heureux comme un rat !

Avec ma barbe d'ogre, on me trouve aussi laid qu'un sanglier.

Mes grosses bottes de péquenaud me donnent l'air d'un croquemitaine. Entre carcasse de corbeau et face d'épouvantail, je viens d'un autre temps.
 
Je suis un rat des champs. Mais un vrai, pas une carte postale.

Mon air effrayant m'ouvre bien des portes.
 
Ainsi que tout bon braconnier, je sens la poudre des vieux fusils, le crottin de cheval et le parfum de mondaine. Parfois je pue la canaille et pique aussi fort qu'une ronce.
 
Les gens m'adorent.
 
Les hommes sont amusés par mes allures folkloriques, les femmes me regardent en frémissant et leurs chiens se taisent sur mon passage. Quant aux enfants, ils font de délicieux cauchemars en me voyant. Les chats me suivent volontiers, il faut dire que je les nourris généreusement !
 
Les vieilles filles douteuses rêvent de mes étreintes et les bigotes honnêtes se méfient de mon chapeau de paille. Nul ne sait jamais quel jour j'arrive dans une bourgade, m'attarde dans un taillis ou m'envole vers la ville. Tantôt on m'aperçoit près d'un puits, au bord d'un abreuvoir à vaches ou assis sur les racines d'un chêne, tantôt on me croise là où je de devrais pas être. Toujours avec la tête dans mes collets ou les pieds dans un ruisseau.
 
J'incarne les fables ancestrales qui continuent de hanter le quotidien des vivants. J'attire les audacieux, repousse les peureux. J'apparais le matin dans les rues des villages telle une chouette soudaine, disparais au crépuscule à tire d'ailes. Ou alors je passe la nuit dans une grange pour en sortir à l'aube, incognito.
 
Les gendarmes me connaissent comme le loup blanc dans la région. Ils comptent d'ailleurs parmi mes meilleurs amis : nous trinquons souvent ensemble à la sauvette, au gré des rencontres sur la route ou bien au détour des bosquets. Ils ferment généralement les yeux sur le gibier illégalement soustrait.
 
Je m'en vais vous raconter ma vie de bonne bête des chemins. Mais attention, je ne fais pas dans le chiqué pour plaire au public délicat des salons littéraires et aux lecteurs solitaires dans les chaumières... Non, moi je mouds du grain authentique, je fabrique du pain noir, du complet, du qui tient au corps et qui a du goût. Je n'appartiens pas à l'époque qui m'a vu naître, je viens de plus loin. Je tors le cou des lapins pris à mes pièges, mange les salades de pissenlits et bois l'eau de la poésie !

Mon royaume est celui des nuages et de la boue.

Liste des textes

2610 - Pierre "présente" l'apparition à ses parents
2609 - Elle parlait à un épouvantail
2608 - Bête et bossu ?
2607 - Campagne triste
2606 - Une chance sur mille
2605 - S’écraser ou s’envoler
2604 - Retour sur Terre
2603 - Loin
2602 - Le choc de la chute
2601 - L’amour loin du sol
2600 - Fantômes d’azur
2599 - Les rêves de Pierre
2598 - La hauteur du ciel
2597 - Le stage
2596 - Libération
2595 - La chair et l’esprit
2594 - Beauté de bossu
2593 - Dos de gnome et tête de rat
2592 - Un rêve d’amour
2591 - La femme de ménage
2590 - L’ascension de la bosse
2589 - Marcher pour s’envoler
2588 - Le trou pour gagner le ciel
2587 - Le prix du vrai
2586 - La punition
2585 - Au sommet du trou
2584 - Asile de bossu
2583 - Retraite éducative
2582 - Fuir la honte
2581 - La raclée
2580 - Bulle de verre
2579 - Deux étincelles
2578 - Etreinte
2577 - Des flammes et des ombres
2576 - La bosse au centre du débat
2575 - Choc des contraires
2574 - L’union de la discorde
2573 - La tare et la star
2572 - Première conquête
2571 - L’éclat de sa bêtise
2570 - Dur réveil
2569 - Première épreuve
2568 - Juvénile bêtise
2567 - Entrée fracassante ans l’adolescence
2566 - Le bout de ma route
2565 - Quelques oiseaux sur une branche
2564 - Pluie de joie
2563 - Polir Pierre
2562 - Redresser la barre
2561 - Mauvais garnement
2560 - Au premier rang
2559 - Cachez cette bosse !
2558 - Rigide hypocrisie
2557 - La montagne de Pierre
2556 - Mes feux de joie
2555 - Les regards
2554 - Première école
2553 - Les mares
2552 - Petite bosse
2551 - Devenir parents
2550 - Naissance
2549 - Roi des pissenlits
2548 - Secrets de chemins
2547 - Le temps des giboulées
2546 - Quand je traîne...
2545 - Les poires
2544 - Les clochers
2543 - La vieille cabane
2542 - Les granges
2541 - Les villageois
2540 - Mes bottes
2539 - Rencontres dans mes nuages
2538 - Vagabond au printemps
2537 - Dimanches de mars
2536 - La chandeleur chez les Garbichon
2535 - Mon royaume de petits riens
2534 - Soirs de pluie
2533 - Une amitié de fer et de feu
2532 - Monsieur le maire
2531 - Mes vertiges de vagabond
2530 - Expédition nocturne avec la Garbichon
2529 - Une flamme dans ma poche
2528 - La Garbichon, ma chère chevêche
2527 - Les nids de corbeaux
2526 - Jours de tempête
2525 - Matins de brouillard
2524 - Mes chemins de poussière
2523 - Là où m’emportent mes bottes
2522 - La douleur de mon âme ?
2521 - Mon manteau
2520 - L’envol de mon chapeau
2519 - Lalune, une femme de roc
2518 - L’imbroglio des conflits du Moyen-Orient
2517 - Chez Mademoiselle Lataupe
2516 - Mes riches chemins
2515 - Extase
2514 - Jour de pluie
2513 - Seul dans mon coin
2512 - Mon pain quotidien
2511 - Ma route de nuages
2510 - La paille ou la soie ?
2509 - Chez monsieur le curé
2508 - Les corbeaux dans mon sillage
2507 - Mes amies les vaches
2506 - Mes braconnages
2505 - Mes chères cheminées
2504 - Perché sur mon pommier
2503 - Mes jours de joie
2502 - La femme du notaire
2501 - Mes nuits de rêve
2500 - Mes voyages
2499 - J’ai la peau dure
2498 - Qui est-il ?
2497 - Mes lits de ronces
2496 - Les épouvantails
2495 - Un oiseau déplumé
2494 - L’endive Dunord
2493 - La mère Garbichon
2492 - A travers champs
2491 - Heureux comme un rat !
2490 - Fin de peine
2489 - Un fou dans le noir
2488 - Mon testament
2487 - Sur mon lit de mort
2486 - Mon sort carcéral
2485 - L’aventure de mon vide
2484 - J’attends la fin
2483 - Derrière les murs, il y a Dieu
2482 - Je perds mes forces
2481 - Mon cinéma
2480 - Sinistre andouille
2479 - Mon secret
2478 - Mes vues ultimes
2477 - Après la peine, la paix
2476 - Tristesse en fête
2475 - La tache
2474 - La marche des secondes
2473 - Déliré-je ?
2472 - Vieillesse
2471 - Le tour de ma cellule
2470 - Qui me croira ?
2469 - Mon avenir lointain
2468 - Mes amis les rêves
2467 - Grise nourriture
2466 - Je m’enfonce dans la nuit
2465 - Loin des femmes
2464 - Du néant vers la lumière
2463 - Mes trésors dérisoires
2462 - Aucune visite
2461 - Des ombres me parlent
2460 - Une porte s’ouvre
2459 - Les passages du temps
2458 - Le train des jours
2457 - Le directeur
2456 - Au pied du mur
2455 - La loi du plus “fer”
2454 - Ma maison
2453 - Poussière
2452 - Les larmes de la nuit
2451 - Mutisme
2450 - Mon fantôme
2449 - Hallucinations
2448 - Je compte les jours
2447 - Vie de flamme
2446 - De vagues souvenirs
2445 - Les étoiles s’éloignent de moi
2444 - Eclats de joie
2443 - Je parle aux murs
2442 - La marche des matons
2441 - Sainte à l’air
2440 - À l’ombre de ma vie
2439 - Ma geôle sans sucre d’orge
2438 - Des ombres
2437 - Les feuilles
2436 - Quelle issue à mon chemin ?
2435 - Des ailes dans la nuit
2434 - Éclat d’ange
2433 - Le temps me tue
2432 - Les flammes du silence
2431 - Plus de Lune
2430 - Un jour de plus
2429 - Mes rêves
2428 - Une journée ordinaire
2427 - Reine d’un monde
2426 - La pluie
2425 - Je perds pied
2424 - Un oiseau à ma fenêtre
2423 - L’évadé
2422 - Les barreaux
2421 - Eclats et monotonie de la prison
2420 - Les clés
2419 - Espérance
2418 - A travers la fenêtre
2417 - Les années passent
2416 - Une lettre mystérieuse
2415 - Le psychologue
2414 - La douche
2413 - Je tourne en rond
2412 - L’anniversaire
2411 - Quelques visites
2410 - Insomnies
2409 - La promenade
2408 - Mes repas
2407 - Mon lit
2406 - Les printemps
2405 - Solitude de fer
2404 - L’ennui
2403 - Tête de taulard
2402 - La fouille
2401 - Passe-temp
2400 - Les gens libres
2399 - Prière
2398 - Les heures
2397 - La mouche
2396 - La porte
2395 - Le plafond
2394 - Nulle compagnie
2393 - Bientôt fou ?
2392 - Départ
2391 - Mes geôliers
2390 - L’enfermement
2389 - Quatre murs
2388 - Des mots en guise d’ailes
2387 - Mon trou
2386 - Connexion céleste
2385 - Une flamme de l’azur
2384 - Seigneur cinglant
2383 - L’âme en l’air
2382 - Flamme verte
2381 - Au feu les plumes sombres !
2380 - Sombre forêt
2379 - Emportés par le vent
2378 - Un homme des nues
2377 - Courage de Bayrou
2376 - Un chemin sans fin
2375 - Mon univers infini
2374 - Je ne suis pas de la ville !
2373 - Seul parmi les arbres
2372 - Au bout des chemins
2371 - Mon trésor
2370 - Les cumulus
2369 - Qui donc m’observe ?
2368 - Le loup
2367 - Cauchemar
2366 - Un peu de foin
2365 - Bain de crépuscule
2364 - Voyage sous un arbre
2363 - Ma solitude de roi
2362 - Le silence
2361 - Aubes de plomb
2360 - Mes anges les corbeaux
2359 - Vertueuse verdure
2358 - Le parachute
2357 - Au bord de l’eau
2356 - J’y suis et j’y reste !
2355 - Ma soupe
2354 - Les fées n’existent pas !
2353 - Le bon air de mon exil
2352 - Un jour ordinaire
2351 - Vie de rêve
2350 - Ma solitude
2349 - Je découvre une tombe
2348 - Le randonneur
2347 - La nuit
2346 - Le braconnier
2345 - A l’ombre des arbres
2344 - Une belle journée
2343 - L’intruse
2342 - La chasse à courre
2341 - Les vers luisants
2340 - L’hôte qui pique
2339 - Dans la pénombre
2338 - Le ballon
2337 - Ma lanterne
2336 - La barque
2335 - Le chemin creux
2334 - Les deux chasseurs
2333 - Flamme noire
2332 - Deux corbeaux dans un arbre
2331 - Insomnie
2330 - Cris des corbeaux
2329 - Papillons de nuit
2328 - Froid et pluies
2327 - Les ronces
2326 - Chemins de boue
2325 - Tristesse de la forêt
2324 - Provisions de bois
2323 - Dans les buissons
2322 - Pluie matinale
2321 - Les grands arbres
2320 - Terribles crépuscules
2319 - Les rats
2318 - Un ami frappe à ma porte
2317 - Entouré de rusticité
2316 - Le sanglier
2315 - Mon sac
2314 - Le renard
2313 - Ma marmite
2312 - Des bruits dans la nuit
2311 - Les lapins
2310 - Un signe sous le ciel
2309 - La Lune vue de mon toit
2308 - Une gauchiste explosive
2307 - Sortie nocturne
2306 - Le vent sur la forêt
2305 - Un air de feu
2304 - Rêve dans les branches
2303 - L’écolo
2302 - Les papillons
2301 - La corneille
2300 - Les patates
2299 - L’escorte des souches
2298 - Un orage au dessert
2297 - Nulle femme dans ma forêt
2296 - Indispensables pommes de pin
2295 - Promenade
2294 - La pluie sur mon toit
2293 - A la chandelle
2292 - Un soir de brume
2291 - Vie de feu
2290 - La rosée matinale
2289 - Dans l’herbe
2288 - Par la fenêtre
2287 - Ma cheminée
2286 - Mes chemins d’ermite
2285 - Au réveil
2284 - Les cailloux sur mes chemins
2283 - Mes sentiments de bûche
2282 - Nuit de pleine lune en forêt
2281 - Ivresse de femme
2280 - Loin de ma grotte
2279 - Tempête dans mon trou
2278 - Baignades d'ermite
2277 - Un hibou dans la nuit
2276 - Mes ennemis les frileux
2275 - Ermite aux pieds sur terre
2274 - Mon jardin d’ermite
2273 - La récolte des fagots
2272 - Un étrange visiteur
2271 - Ma demeure d’ermite
2270 - Un homme clair
2269 - Un foyer au fond de la forêt
2268 - Les raisons du peintre
2267 - La célibataire
2266 - Les femmes
2265 - Une femme
2264 - France sous les étoiles
2263 - Un homme hors du monde
2262 - Homme de feu
2261 - Rencontre du troisième type
2260 - Voyage
2259 - Déprime
2258 - Fiers de leur race
2257 - La fille lointaine
2256 - Le Noir méchant
2255 - L’attente
2254 - J’ai entendu une musique de l’an 3000
2253 - Le modèle
2252 - Blonde ordinaire
2251 - Mâle archaïque mais authentique
2250 - La femme et la flamme
2249 - Voyages au bout de la terre
2248 - Ma chambre
2247 - Le vieil homme entre ses murs
2246 - L'ovin
2245 - Vous les mous, les mouches, les mouchards
2244 - Mon humanisme fracassant
2243 - Ma cabane sur la Lune
2242 - Les marques rouges du ciel
2241 - Je reviens !
2240 - Une fille de toque
2239 - La légèreté de la Lune
2238 - Janvier
2237 - Elena Yerevan
2236 - Oiseaux de rêve ?
2235 - J’irai vivre à la campagne
2234 - Fiers de leurs péchés
2233 - Deux faces
2232 - Le soleil de la jeunesse
2231 - Dans les bois
2230 - Nuit de vents
2229 - Mon fauteuil de lune
2228 - Le sourire d’une marguerite
2227 - Je ne suis pas antiraciste
2226 - Qui est-elle ?
2225 - L’arc-en-ciel
2224 - Je suis parti dormir sur la Lune
2223 - La sotte intelligence
2222 - Leurre ou lueur ?
2221 - Clinchamp, cet ailleurs sans fin
2220 - La tempête Trump
2219 - Femme de lune
2218 - Une plume de poids
2217 - Douches glacées
2216 - Les arbres et moi
2215 - Je pulvérise le féminisme !
2214 - J’aime les vieux “fachos”
2213 - La surprise
2212 - Promenade en forêt
2211 - Je vis dans une cabane
2210 - Plouc
2209 - Je suis un mâle primaire
2208 - Musique triste
2207 - Ma cabane au fond des bois
2206 - Hommage à Christian FROUIN
2205 - Installation sur la Lune
2204 - Barreaux brisés
2203 - Affaire Pélicot : juste retour de bâton du féminisme
2202 - L’abbé Pierre, bouc-émissaire des féministes
2201 - Par tous les flots
2200 - Votre incroyable aventure !
2199 - Je ne suis pas en vogue
2198 - Jadis, je rencontrai un extraterrestre
2197 - Dernière pitrerie
2196 - Alain Delon
2195 - Je déteste les livres !
2194 - L’esprit de la poire
2193 - Je ne suis pas citoyen du monde
2192 - Ma cabane dans la prairie
2191 - Devant l’âtre
2190 - Plus haut que tout
2189 - Pourquoi la femme vieillit si mal ?
2188 - Je prends l’avion
2187 - Sous la Lune
2186 - La pourriture de gauche
2155 - L’horloge
2154 - A la boulangerie de Mont-Saint-Jean
2153 - L’écologiste, ce primitif
2152 - Madame Junon
2151 - Chemins de pluie à Clinchamp
2150 - Voyage vers Mars
2149 - Galaxies
2148 - Je suis de la droite honteuse
2147 - Les écrivains sont des poids morts
2146 - L’héritage de Clinchamp
2145 - Clinchamp, une histoire sans fin
2144 - Vent de mystère à Clinchamp
2143 - Ma cachette à Clinchamp
2142 - Randonnée à Clinchamp
2141 - Eclipse de Lune à Clinchamp
2140 - Un arc-en-Ciel à Clinchamp
2139 - Clinchamp sous l’orage
2138 - J’ai rêvé de Clinchamp
2137 - Jour de l’An à Clinchamp
2136 - Vacances d’été à Clinchamp
2135 - Attente à Clinchamp
2134 - Un jour ordinaire à Clinchamp
2133 - Or de France
2132 - La compagne des esseulés
2131 - Loup de lumière
2130 - Spleen
2129 - Le pitre
2128 - Les corbeaux de Clinchamp
2127 - Un homme heureux à Clinchamp
2126 - Le mouton
2125 - Des lutins à Clinchamp ?
2124 - Je suis fort !
2123 - Paroles prophétiques
2122 - L’égalité entre les hommes est injuste !
2121 - L’idéaliste de gauche
2120 - La femme est la monture de l’homme
2119 - Clinchamp sous la neige
2118 - Le Nord et le Sud
2117 - Pourquoi j’aime Clinchamp ?
2116 - Convaincre Blandine
2115 - Un couple de vieillards à Clinchamp
2114 - Le facteur de Clinchamp
2113 - Tristesse et beauté à Clinchamp
2112 - L’Art
2111 - Botte à l’oeuf
2110 - Les bûcherons de Clinchamp
2109 - Le coucou de Clinchamp
2108 - BFMTV : l’écran de la vérité
2107 - Lettre anonyme
2106 - Je ne suis pas amoureux de Paris !
2105 - Un jour d’hiver à Warloy-Baillon
2104 - La femme soumise brille comme une casserole
2103 - Les chouettes de Clinchamp
2102 - Quand la tempête s’abat sur Clinchamp...
2101 - L’aile et la pierre
2100 - Mes amis les maudits
2099 - Le brouillard de Clinchamp
2098 - Artiste de gauche
2097 - L’éternité dans la tête
2096 - Toussaint à Clinchamp
2095 - Chagrin échappé
2094 - Clinchamp-sur-Mystère
2093 - Les cafards
2092 - Loup des airs
2091 - Le loup de Clinchamp
2090 - En latin, c’est plus beau !
2089 - Les patates de Clinchamp
2088 - L’enfant des airs
2087 - Ciel de France
2086 - Thaïs d’Escufon
2085 - Les tomates de Clinchamp
2084 - Jérôme Bourbon
2083 - Les chats de Clinchamp
2082 - Poupée d’ailleurs
2081 - Pierre de feu
2080 - Les champs de Clinchamp
2079 - L’éclosion
2078 - Vacuité des bouquinistes
2077 - Les toits
2076 - Freud
2075 - Sport
2074 - Le simplet de Clinchamp
2073 - Les oiseaux de Clinchamp
2072 - Je ne suis pas cartésien
2071 - Au cimetière de Clinchamp
2070 - Le Panthéon pour Hugo, l’évasion pour Izarra
2069 - Les rats de la France
2068 - Le curé de Clinchamp
2067 - Mon trou à Clinchamp
2066 - Saint-Léonard-des-Bois
2065 - Les cloches de Clinchamp
2064 - Un épouvantail à Clinchamp
2063 - Les rêves de Clinchamp
2062 - Je suis raciste
2061 - L’injustice sociale ne me choque pas
2060 - Les femmes de Clinchamp
2059 - Les jours vides de Clinchamp
2058 - Une grand-mère
2057 - Clinchamp vers 1970
2056 - La femme de soixante ans
2055 - Sale temps à Clinchamp
2054 - Un grand voyage en forêt
2053 - L’ailé et l’aliéné
2052 - Souvenirs lointains
2051 - Domestication d’une greluche
2050 - Déprime à Clinchamp
2049 - L’amour à Clinchamp
2048 - Les Droits de l'Homme, c'est la négation de l'homme !
2047 - Les hivers de Clinchamp
2046 - Les chemins de Clinchamp
2045 - Seul au monde
2044 - Ne me parlez pas d’amour
2043 - Tristesse de l’été
2042 - Jour de fête à Clinchamp
2041 - Monsieur Lecon
2040 - Châtelain
2039 - Les ailes de Clinchamp
2038 - Tremblement de terre
2037 - Nuit d’amour
2036 - Pluie de joie à Clinchamp
2035 - Les gauchistes
2034 - Clinchamp sous les clartés lunaires
2033 - Henri d’Anselme, héros hétéro rétro
2032 - Les hirondelles
2031 - Retraite dans la forêt
2030 - Mon bosquet
2029 - L’or de Clinchamp
2028 - Sur le chemin
2027 - La souche
2026 - Clinchamp, ce voyage sans fin
2025 - Sardines à l’huile
2024 - Les fantômes
2023 - Le silence de la forêt
2022 - Les arbres
2021 - Les joies de Clinchamp
2020 - La merde républicaine
2019 - Les ailés
2018 - Les soirées de Clinchamp
2017 - Parasite
2016 - Clinchamp, les routes de l’ennui
2015 - Moi français, je déteste les migrants !
2014 - Répugnante
2013 - Les complotistes
2012 - Je déteste les livres de philosophie !
2011 - Le bossu de Clinchamp
2010 - La lumière de Clinchamp
2009 - Les crépuscules de Clinchamp
2008 - Les nuits à Clinchamp
2007 - Les aubes de Clinchamp
2006 - Je suis un oiseau à Clinchamp
2005 - Les rats de Clinchamp
2004 - Les papillons de Clinchamp
2003 - Les richesses de la normalité
2002 - Le Rimbaud des bobos
2001 - Les vaches de Clinchamp
2000 - La folle de Clinchamp
1999 - Mon ego solaire
1998 - Vague Lune
1997 - Ma cabane à Clinchamp
1996 - Moi, IZARRA
1995 - Mais qui donc est Dardinel ?
1994 - La Dame Blanche de Clinchamp
1993 - Le Dalaï-Lama
1992 - Pluie à Clinchamp
1991 - Je suis sexiste
1990 - Les flammes du printemps
1989 - Le rustaud de Clinchamp
1988 - Les larmes d’Amsterdam
1987 - Clinchamp, terre d’envol
1986 - La Joconde de Clinchamp
1985 - Face cachée de Clinchamp
1984 - La clocharde de Clinchamp
1983 - Je suis un extraterrestre
1982 - Clinchamp sous les éclats de novembre
1981 - Clinchamp au bord des larmes
1980 - Les fantômes de Clinchamp
1979 - Les pissenlits de Clinchamp
1978 - Clinchamp : fin et commencement de tout
1977 - Amsterdam
1976 - J’habite sur la Lune
1975 - Secret de Lune
1974 - Les ailes de la Lune
1973 - Voir Clinchamp et sourire
1972 - La pierre et l’éther
1971 - Clinchamp, au bonheur des larmes
1970 - Clinchamp, mon dernier refuge
1969 - Croissant de Lune
1968 - Mais d’où vient donc la Lune ?
1967 - Lune lointaine
1966 - Lune éternelle
1965 - Sandrine, notre voisine
1964 - Rêve de Lune
1963 - Lune des rêves
1962 - La Lune dans le bleu
1961 - Lune ultime
1960 - Les tourmentés
1959 - Clinchamp, paradis des ombres
1958 - Lune absente
1957 - Je raffole des commérages !
1956 - Clinchamp : royaume des humbles
1955 - La Dame dans le ciel
1954 - Palmade : de la gloire au gouffre
1953 - Evasion
1952 - Tatouages, ces marques de faiblesse
1951 - L’égalité est un enfer !
1950 - Repas sur l’herbe à Clinchamp
1949 - Escale à Clinchamp
1948 - Beauté morbide de la Lune
1947 - J’ai dormi dehors à Clinchamp
1946 - Les humanitaires sont des parasites !
1945 - Sur les routes de Clinchamp
1944 - Une année à Clinchamp
1943 - Tristesse du printemps
1942 - Bulle de Terre
1941 - Jour de joie à Clinchamp
1940 - L’inconnu de Clinchamp
1939 - Le ciel de Clinchamp
1938 - Les éclats de Clinchamp
1937 - Le voyageur
1936 - Fête triste
1935 - Les antiracistes
1934 - Jean Messiha
1933 - Coeur gelé
1932 - Romantisme de pierre
1931 - La femme est sous mes pieds
1930 - Burcu Güneş, un air léger
1929 - Je déteste les pauvres !
1928 - Quand mon coeur s’allume
1927 - Intègre, entier, râpeux
1926 - Le cheval
1925 - Homme mauvais
1924 - Un trou sous le ciel
1923 - Hauteur de la Lune
1922 - Nulle part, là-bas, ailleurs
1921 - Belle Lune
1920 - Salades lunaires
1919 - Lettre à Reynouard
1918 - MARGUERITE OU L’HISTOIRE D’UNE VIEILLE FILLE
1917 - Récoltes lunaires
1916 - Je suis français de souche
1915 - Lune mortuaire
1914 - Clinchamp, cité des oubliés
1913 - Clinchamp, l’air de rien
1912 - Clinchamp, sommet du monde
1911 - La pollution, c’est la vie !
1910 - Seule au monde ?
1909 - Le Ciel et la Terre
1908 - Lune de haut vol
1907 - La Lune s’allume
1906 - Nuit sombre
1905 - Soupe de Lune
1904 - Puretés raciales
1903 - Lune-pizza
1902 - La grande question
1901 - Amiens
1900 - Pleur de Lune
1899 - Rêve d’amour
1898 - Vive le patriarcat !
1897 - La libellule
1896 - L’eau qui m’éclaire
1895 - Une question de clarté
1894 - La Lune dort
1893 - Les artifices du spirituel
1892 - Lune normale
1891 - Ni chauffage ni travail
1890 - Lune de fer
1889 - Molle Lune
1888 - Insensible aux malheurs des autres
1887 - Mon visage de vérité
1886 - Amante russe
1885 - J’écris
1884 - Lune martiale
1883 - Je suis un incapable
1882 - Lune creuse
1881 - 1975
1880 - L’éclat d’un fard
1879 - Amour impossible
1878 - Femme au foyer
1877 - L’esprit de la Lune
1876 - Ingérence féministe
1875 - Cratères lunaires
1874 - Lune d’effroi
1873 - Lune des chats
1872 - Les athées
1871 - Lune d’or
1870 - Lune carrée
1869 - Lune de miel
1868 - Folle lune
1867 - Jour de joie
1866 - SMARPHONES : abrutissement des masses
1865 - Sombre lune
1864 - Les mouches
1863 - Ma vie simple
1862 - Clinchamp, terre lointaine
1861 - Je suis un conservateur
1860 - Lune de glace
1859 - Le lac
1858 - Qu’est-ce que la beauté ?
1857 - Lune blanche
1856 - Lune de mer
1855 - Lune de feu
1854 - Présence immortelle
1853 - Surprenante Lune !
1852 - L’éclat de la Lune
1851 - Epis lunaires
1850 - L’autre Lune
1849 - L’amie des cheminées
1848 - Lune morte
1847 - Lune Parmentier
1846 - Lune fatale
1845 - Amour céleste
1844 - Grâces et disgrâces
1843 - Ma maison, c'est la Lune
1842 - Poids de la Lune
1841 - La morte visiteuse
1840 - Ma cabane sous la Lune
1839 - Bleu ciel
1838 - Histoire de lune
1837 - Suc de Turque
1836 - Stéphane Blet
1835 - Ciel bleu
1834 - Bonheur de rat
1833 - Redneck
1832 - Sur le rivage
1831 - Attraction lunaire
1830 - Je suis anti-féministe radical
1829 - Mais qui est-il ?
1828 - Je veux des frontières !
1827 - Les francs-maçons
1826 - Folies lunaires
1825 - Alunir, en un mot
1824 - “Comme ils disent”, chanson d’Aznavour
1823 - Lune tiède
1822 - Globe de rêve
1821 - Effroi
1820 - Vangelis
1819 - L’air de la Lune
1818 - La campagne
1817 - Lune tombale
1816 - Les cailloux
1815 - Je déteste Paris !
1814 - Boules de neige
1813 - Je n’ai pas peur
1812 - Parler vrai
1811 - Les hommes simples
1810 - Quand la Lune panse
1809 - Régine : extinction d’un feu
1808 - Morte veilleuse
1807 - Coeur de pierre
1806 - Noir
1805 - Mystère de la Lune
1804 - Jackson Pollock
1803 - En pleine lumière
1802 - Harmonie des sexes
1801 - Dix ans dans l’azur
1800 - Pluie d’avril
1799 - Le gueux
1798 - Les pommes de pin
1797 - Voyage vers la Lune
1796 - Mystère d’une nuit
1795 - Une lumière turque
1794 - Sans coeur et avec écorce
1793 - Envolé !
1792 - Galante ou l’abcès crevé
1791 - La lumière du Bosphore
1790 - Claude Monet
1789 - Rat aristocrate
1788 - Ukraine : sortez de vos ornières mentales !
1787 - Tranche de ciel et plumes de la Terre
1786 - Les sots écolos
1785 - L’astre turc
1784 - L’Ukraine, je m’en fous totalement !
1783 - Vive la guerre !
1782 - Réponses à un coatch
1781 - Droite pure
1780 - Vains hypersensibles
1779 - Mes valeurs vives
1778 - Le secret
1777 - Force et lumière
1776 - De l’herbe à l’aiguillon
1775 - Jusqu’à la mort
1774 - Zemmour et les journalistes de gauche
1773 - Dur et juste
1772 - La flamme et le marbre
1771 - Mon chat est mort
1770 - Les frères Bogdanoff
1769 - J’ai rêvé de Natacha
1768 - Technologie
1767 - Vers la Lune
1766 - C’était la guerre
1765 - La “tondue de Chartres”
1764 - Dans le métro
1763 - Naissance d’un virus
1762 - Zemmour est-il un de Gaulle ?
1761 - Je suis grand
1760 - Jour de gloire
1758 - Une muse du Bosphore
1758 - Je suis un extrémiste
1757 - Les éoliennes
1756 - Femme terminale
1755 - Autoportrait
1754 - Je suis un sanglier
1753 - Faux fou
1752 - Les affaires
1751 - Octobre
1750 - Le fantôme
1749 - Les écrivains
1748 - Sauvez la France !
1747 - Mes sentiments de pierre
1746 - Une araignée raconte
1745 - Un coeur clair
1744 - Phallocrate
1743 - Les vaches
1742 - Les faibles sont mauvais
1741 - Les sans-visage
1740 - Le trouillard de gauche
1739 - Léonard de Vinci enfant
1738 - Mes froideurs sublimes
1737 - Le romantisme, c’est la décadence
1736 - La Joconde
1735 - La tour Eiffel
1734 - Le Soleil
1733 - Une boule de mystère
1732 - Les masqués
1731 - Burcu Günes, l’or turc
1730 - Léa Désandre
1729 - Le père Dédé
1728 - “Blanc lumière” de Pollock
1727 - Les kikis et les cocos
1726 - Les funérailles de Belmondo
1725 - Pôle Sud
1724 - Vierge au mariage
1723 - La forêt
1722 - Le réveil des clochers
1721 - En septembre
1720 - Extraterrestre
1719 - Ni cagoule ni sérum
1718 - L’astre des morts
1684 - Enfants du monde
1679 - Vie d’élite
1328 - Je suis apolitique
115 - Le cygne
114 - Le spleen de Warloy-Baillon
113 - Les visiteurs
112 - La Lune
111 - L’amant des laides
110 - Mémoires d’un libertin
109 - Une existence de pompiste
108 - Lettre à mes amis des listes sur Internet