Je savais pertinemment que Violette réclamerait sa part de cadeaux divers,
qu'ils soient occasionnels ou réguliers. Fataliste, je me préparais à gérer cette
dure réalité et réfléchissais sérieusement à toutes les occasions qui allaient permettre de
me tirer d'affaire à moindres frais.
Il me faudrait accepter ces sacrifices de toute façon, autant agir le
moins possible en donnant l'illusion de tout offrir. Ma vraie marge de manoeuvre
se situait surtout au niveau psychologique. Afin de limiter les dépenses, je
devrais reculer les échéances (dans l'espoir de les voir disparaître dans les
brumes de l'oubli), alléger habilement ses demandes, faire semblant de perdre la
mémoire sur mes promesses...
Je devrais affronter les inévitables anniversaires, les fêtes fatidiques,
les souvenirs obligés, les coups de coeur imprévisibles, etc. Le pire
m'attendait. Heureusement, je pourrais abuser de tous les prétextes pour tenter
de contourner ces routes usuelles de la vie commune. Je lui ferais miroiter les
avantages d'une existence de dépouillement, lui proposerais de flatteurs détours
par la sobriété, l'emmènerais dans des chemins de déserts extraordinaires, lui
chanterais l'exotisme de l'économie extrême...
Une envie de sac à main ? Je lui sortirais un discours sur la vacuité des
contenus que les femmes transportent sur elles à longueur de journées...
J'insisterais alors sur la liberté de mouvement apportée par la légèreté des
biens matériels. Et si mes mots ne la convainquaient pas, je lui chercherais une
vague vieillerie en cuir garnie de dorures dans les poubelles en la faisant
passer pour une antiquité. Enfin, ce genre de chose pouvant me sauver la
mise.
Ces préoccupations financières ne m'empêchaient pas de demeurer lucide sur moi-même. Je me rendais compte que j'en
étais là dans ma situation d'avare, au plus bas que l'on puisse imaginer,
sordide, mesquin, insensé, complètement fou ! J'avais éminemment conscience de cette image de misère que je présentais aux regards extérieurs. Je continuais
cependant à considérer mon avarice comme mon plus grand trésor. Ma pingrerie
m'enrichissait sur des points principaux : je sentais que je devenais une
personne réellement importante, aussi bien sur le plan bancaire que
spirituel.
Dans le contexte de mon couple avec Violette, mon travail consistait non pas à ouvrir
davantage ma bourse mais à fermer la vanne de ses souhaits féminins.
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