Violette écoutait avec béatitude mes mots sucrés, elle ouvrait grand la bouche tandis que je lui débitais mes fadaises. Je devais absolument la noyer sous le flot de mes paroles dorées afin qu'elle ne voie plus en ma compagnie des causes de dépenses mais des raisons de diriger ses vues beaucoup plus loin que l'opulence monnayée. Tout semblait bon à mes yeux pour changer sa pensée, l'éloigner des tentations d'entamer mes économies, d'alléger mon trésor, d'amoindrir ma fortune.
Je voulais garder Violette tout en conservant ma bourse.
Je chérissais autant l'une que l'autre. Les deux brillaient semblablement dans mon regard. J'avais de l'or et j'avais également du blé. Je savourais la légèreté de l'amour et me délectais tout à la fois du poids de ma tirelire : mon bonheur était total. Et mes craintes, à la mesure de ma double richesse : la peur de perdre Violette égalait celle de voir s'évanouir mon épargne.
Je n'envisageais pas de devoir me séparer de la première pour sauver la seconde, et inversement.
J'avais besoin de ma vivante compagne comme de mon patrimoine figé.
Violette n'ignorait pas que je l'aimais au même point que mes ressources accumulées.
Je lui fis savoir ce que je ressentais. Je lui expliquai ces choses impérieuses en des termes volontairement vertigineux. Je souhaitais vraiment l'impressionner, l'enivrer, lui faire tourner la tête. Et par la-même, lui faire oublier ses envies d'achats, s'il lui en restait encore.
— Écoute Violette, je considère qu'une femme de ton espèce vaut un véritable sommet et que mes sous mis de côtés se situent plus haut que le plus précieux pinacle sur cette Terre. Je te somme de ne regarder que ma flamme d'épargnant avisé et d'oublier mes biens amassés ! Je t'assure que cette posture salutaire te permettra de progresser sur le chemin de la vérité et de l'authenticité. Ce qui me constitue est un principe très pur qui t'imprégnera bénéfiquement et te fera étinceler plus intensément qu'une pièce de dix francs.
Ce que je lui racontais ne voulait à peu près rien dire. Mais j'espérais que ce feu verbal jeté à sa face suffirait à apaiser ses ultimes ardeurs dépensières. Il me fallait l'éblouir, l'étourdir, l'assommer. Soit de doctes sornettes, soit de vagues idées brûlantes, peu importe pourvu que je ne lui laisse pas le loisir de réfléchir.
Elle tomba dans mes bras, convaincue par ma ferveur, émue par mon discours plein d'écume, de bulles et de vent.
Je venais de gagner une bataille. Elle ne me reparlerait pas de sitôt d'argent. Mais pour combien de temps ?
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