Violette souhaita que l'on adoptât un chien. Peut-être était-elle en mal
d'enfant, me dis-je. Un ventre supplémentaire à combler, à fond perdu, donc. Un
chat, cela aurait constitué un moindre mal. Mais un canidé, quelle idée !
Sans compter les éventuels aboiements qui ne tarderaient pas à me coûter
cher en termes de quiétude brisée.
— Violette, ce n'est pas que je n'aime pas les cabots, je les déteste. Ils
mangent, ils hurlent à la mort, ils sont bêtes et leur odeur m'incommode. Ne
préférerais-tu pas enlacer une jolie poupée qui te ressemble ? Le montant de
cette acquisition, ainsi que son entretien, serait dérisoire : juste la peine de
la ramasser au coin de la rue dans quelques bennes et de la nettoyer. Nous ne la
nourririons que de sentiments purs. Elle vivrait de la seule lumière gratuite
issue de nos coeurs. Qu'en dis-tu ?
Je lus dans son regard une déception mêlée de résignation. Elle le savait,
toute résistance inutile. L'avarice aurait le dernier mot, l'enjeu était trop
grand.
— En ce cas, je choisis un baigneur aux boucles dorées, me répondit-elle !
Le jour même, je lui dénichai son joujou de rêve : une superbe tête de
poupin, auréolée de cheveux d'or. Je n'avais pas trouvé de reste du corps. Elle
réclama la carcasse manquante. Ne pouvant mettre la main dessus, je lui proposai
d'utiliser une bouteille en guise de tronc : il ne lui resterait plus qu'à
planter la décapitée sur le goulot pour reconstituer le bébé artificiel. Ce
qu'elle fit.
Je vis bien que le résultat la laissait dubitative. Nous étions très loin à
présent du toutou enrubanné qu'elle avait espéré étreindre. Pour mieux lui faire
oublier l'animal à chérir, je conclus ce débat avec franchise :
— Tu sais, Violette, autour de mes poubelles, je ne manque guère de
compagnie. Mes amis les rats n'ont nul besoin de ma générosité pour s'alimenter.
Une excellente raison pour moi d'apprécier leur amitié désintéressée. Ils sont
proches de moi et ne me quémandent rien. N'incarnent-ils pas, à travers cette
sobriété amicale, la plus belle preuve d'amour entre l'homme et la bête ? Alors
tu vois, ton Médor avec ses appétits quotidiens se remplirait surtout l'estomac
à nos frais. En échange de quoi ? De quelques coups de langue répugnants !
Personnellement je n'accorderais aucune valeur à ses tendresses hors de prix. Ce
fidèle mangeur de croquettes payantes n'arriverait de toute façon jamais à la
cheville de mes adorables rongeurs.
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