À trois heures du matin Pierre fut visité.
Lors de cette expérience mystérieuse, il se vit projeté malgré lui vers un
sommet inédit. Cette histoire devait le hanter pour longtemps. Il ressentit la
chose comme un voyage initiatique à l'intérieur de lui-même.
Profond, étrange et beau.
Un rêve d'amour.
Un vrai choc pour lui. Après avoir humé sa toute première Marguerite,
puis cueilli la seconde fleur nommée Rose qui prit tant d'importante, et enfin
tenté de butiner la femme de ménage, il fut confronté à une tout autre "réalité"
.
Il rencontra l'indicible.
Une inconnue aux traits doux, aux yeux tendres et à l'air aimant s'approcha
de son lit. Il se leva pour mieux la voir. Belle, claire et paisible, elle le
fixait en souriant. Il se sentait sondé, pénétré, aimé par cette présence. Il
fut bouleversé par la puissance, la sincérité et la beauté de son regard. Il
devinait que cette personne savait tout de lui. Et cela l'ébranla. Mais qui
était-elle ? Que faisait-elle donc dans ce songe, si concrète, si proche, si
tangible ? Cette fille venait de loin certainement, d'un grand ailleurs, d'un
royaume impalpable et idéal hors de sa portée.
Puis elle fit un geste incroyable. Se tenant toujours debout face à lui, en
guise d'étreinte, elle passa la main sur sa bosse et la caressa. Pour Pierre cet
acte aux apparences anodines équivalait à un baiser, à une flamme, à une
déclaration amoureuse de la part de la visiteuse.
Tout en agissant de la sorte, elle lui adressa ses véritables pensées. Et ses
paroles émises en plein milieu de la nuit seront les seules qu'il entendra tout
au long de cette scène onirique :
— Ce n'est rien !
Là, Pierre se brisa. Son coeur explosa. Il fondit en larmes. L'intruse au
visage d'ange lui assurait que son infirmité lui semblait n'être "rien", lui
faisant comprendre à travers si peu de mots qu'elle percevait sa clarté bien
au-delà de sa laideur, plus haut que le gouffre de son dos.
Il continuait de pleurer sans pouvoir se retenir. "Ce n'est rien !" La
phrase prononcée par l'énigmatique âme soeur résonnait en lui, aussi
retentissante qu'une volée de cloches de cathédrale ! Puis la sage amante
disparue, l'image se brouilla et le rêveur se réveilla dans le noir du dortoir.
Il se redressa au-dessus des couvertures. L’aube n’avait pas chassé les
ténèbres, ce qu’il vivait à cet instant se situait entre un fait réel et un état
féérique. Autour de lui ses camarades de classe demeuraient plongés dans leur
sommeil. Il resta éveillé, dubitatif.
Et s'aperçut que ses jouent étaient mouillées.
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