L'utopiste ne souhaita pas gâcher de temps à construire de pesantes
certitudes.
Il s'envola aussitôt à la conquête des étoiles. Ne quittant pas ses nuages,
sûr de ses rêves, ivre d'espoir, enfiévré et joyeusement désorganisé, à partir
du point d'ancrage de la maison parentale, il consacra ses journées à explorer
"l'espace des possibles".
Il entreprit cette folle aventure à l'abri des regards de son proche
entourage. Loin de son refuge, en dehors de cette ville où il avait reçu
l'humiliante fessée publique. Il voulait éviter de nouvelles moqueries de la
part de ceux qui connaissaient la consternante affaire de sa mémorable
déculottée.
Il alla chercher ce trésor au nom de "femme" dans d'autres cités éloignées,
dans des campagnes perdues, sur des chemins de hasard, vers des horizons
inconnus, toujours dans des lieux hypothétiques, vers des terres inaccessibles,
en direction de n'importe quelle porte ouverte ou fermée. L'essentiel pour lui
étant de planer assez haut pour perdre de vue le sol des réalités.
Il avait des ailes dans la tête mais cela ne l'empêchait pas de clopiner.
Il marchait partout où il pouvait tant que c'était à la rencontre potentielle de
ses désirs de polichinelle enflammé. On voyait ce jeune bossu arpenter les
routes, sillonner bois et champs, traverser plaines et villages du matin au
crépuscule. Accompagné de son ombre, entouré de corbeaux, il poursuivait un
invisible but de brumes en clochers et de rues grises en ciels bleus.
Parfois il faisait peur à voir.
Beaucoup se demandaient ce qu'il faisait ainsi à courir après des fantômes. Le soir il revenait chez lui, fatigué, seul, plus courbé que jamais
avec sa bosse sur le dos. Mais pas résigné du tout. Le lendemain, n'ayant que
cela à faire de sa vie, il repartait en guerre. Le comble, c'est qu'il semblait
heureux de multiplier ces tours inutiles qui ne lui rapportaient rien de
concret, si ce n'est de la poussière sur le bas de ses pantalons.
Il fuyait.
Ou plutôt, il voyageait, s'évadait, fusait même ! Il montait jusqu'à se
retrouver en totale apesanteur, oubliant ce poids sempiternel qu'il supportait
sur ses épaules.
A ses yeux ces expéditions aléatoires équivalaient à une quête idéale. Des
envolées quotidiennes vers davantage de légèreté, d'azur et de poésie. Sauf
qu'en guise de belles blondes, il ne croisait que des vaches beuglantes, des
vieilles fermières arriérées ou des beautés irréelles sur des affiches
publicitaires.
Il effectuait d'incessants aller-retours entre sa chambre et nulle part. Et
cela suffisait pour remplir ses jours de vides radieux.
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