Il s'approchait ainsi de sa majorité à l'ombre de l'institution, sa route
semée de heurts initiatiques, de chutes crapuleuses, d'envols salutaires et
d'épreuves rédemptrices. Il apprenait avec difficulté, il est vrai. Il avançait
cependant, à petits pas. En reculant, en stagnant, en recevant des coups.
Au final, il remplissait quand même son néant originel par de la
consistance structurelle, peu à peu. Avec beaucoup d'efforts mêlés de
relâchements : chez lui la boue côtoyait la flamme : lourdeurs et légèretés,
laideurs et hauteurs, faiblesses et vigueurs allaient souvent de pair. Les
bonnes résolutions générales se heurtaient parfois à des jours pleins de
mauvaise volonté, ce qui occasionnait du temps perdu à remonter des pentes, à
rattraper des retards accumulés, à s'attarder sur des sujets superflus. C'était
là le prix de ses progrès.
Enfin le moment fut venu de quitter l'établissement. Un grand jour mais
également un trou profond. Pour lui cette issue représentait aussi une nouvelle
cime à gravir : celle des soucis d'adulte. Personne responsable qu'il n'était de
toute évidence pas, à l'orée de ses dix-huit printemps.
Grâce à ses maîtres qui avaient frappé assez fort sur son échine de vicieux
doublé de paresseux, à la fin de cette troisième année de tentatives
d'ascensions humaines, l'âne devenu presque savant parvint à emprunter sans
déshonneur la porte de sortie. Entré dans ce centre de toutes les corrections
avec le statut d'"élève pas comme les autres", il en repartit en emportant la
palme la moins glorieuse.
Une victoire bien loin de celle espérée, mais non nulle.
Envoyé chez ces religieux à poignes de fer pour accéder à des sommets, il
avait triomphé en réussissant à se hisser jusqu'à la moyenne. Guère plus haut.
L'exploit ne dépassait certes pas ses médiocres capacités intellectuelles, pour
autant il ne démérita point dans cet indéniable engagement. Ses modestes gains,
à la mesure de ses aptitudes, ne furent pas négligeables pour la suite des
événements, surtout en termes d'élévation mentale et spirituelle.
Son esprit demeura relativement encore épais mais son âme s'affina
indubitablement. Sans égaler la norme commune des étudiants de son âge, Pierre
ne ressemblaient en rien à un idiot. Il réservait même des surprises à ceux qui
doutaient des qualités de cette tête placée si proche d'une bosse...
Qu'allait-on faire de ce dromadaire à moitié érudit une fois dehors ?
En attendant de prendre une décision, ses parents l'installèrent chez eux.
Tout en sachant que dans son cas l'attente pouvait durer jusqu'à se transformer
en impasse définitive.
Pour l'heure, l'animal venait d'être rendu à sa liberté, laquelle consistait en un enfermement dans des règles sociales inadaptée à ses ailes naissantes.
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