dimanche 13 juillet 2014

1062 - Je suis chrétien pratiquant

Je suis chrétien pratiquant.

Je vais à la messe tous les dimanches, droit dans ma cape, le front éclatant, le regard fier, le pas sonore, sûr de moi. En représentation extérieure, en communion intérieure : mes artifices pour les humains, mon âme pour Dieu.

Fervent adepte de l’église catholique, apostolique, romaine, une fois par semaine je pousse la porte de la cathédrale du Mans avec ostentation, voire volontaire fracas : je suis chrétien pratiquant et tiens à ce que cela se sache.

Pèlerin de la lumière, j’aime briller parmi les autres fidèles qui n’ont pas mon panache : je me place toujours au premier rang, laissant les humbles frissonner de froid et ternir d’insignifiance au fond de l’édifice. Moi je veux avoir la face éclairée par les plus gros cierges et m’enivrer de l’encens près de l’autel.

Je suis chrétien pratiquant.

Mêlant sans complexe religion et politique, ces deux flammes n’étant point incompatibles et même nécessairement imbriquées, je bénis le Ciel, maudis le gauchisme et le mariage entre sodomites.

Lorsque je baise publiquement le saint crucifix je n’omets pas de cracher tout aussi publiquement -et avec rage- sur le LGBT, le féminisme et autres infamies pro-avortements et anti-catholiques. Le bénitier à ma droite, les objets de ma fureur à ma gauche.

C’est que je suis chrétien pratiquant, moi !

Je ne suis pas un croyant-potiche. Ce que je dis, je le fais : de miel sous les pieuses paroles du prêtre, de fer dans le monde. J’applique chrétiennement les préceptes salubres de mon clocher.

Je ne sais guère chanter les psaumes religieux mais sais faire entendre ma voix : je viens personnellement faire des reproches à l’évêque pour sa mollesse au sortir de chaque célébration dominicale. Et puis d’abord je ne supporte pas que sa mitre me dépasse d’une tête ! Mais ça, c’est plus personnel.

Certains disent que je suis un fidèle plein de scandale avec d’inutiles arabesques verbales et trop de rigidité morale et que cela est fort peu chrétien de ma part. 

Je suis tout simplement chrétien pratiquant et cela déplaît aux tièdes bêlants qu’ils sont...

Moi je vais à la messe le dimanche pour me ressourcer mais aussi pour m’afficher (sinon, autant demeurer chez soi à prier seul dans sa chambre.) Et, accessoirement, observer. Je ne suis pas un pion sec, un bigot étriqué ou un robot programmé pour l’imbécile immobilité. Moi je suis un humain total sans retenue ni hypocrisie qui ne renie pas sa nature cosmique : un mélange d’onde pure et de lave joyeuse.

Tantôt mon oeil scrutateur s’attarde avec curiosité, amusement ou réflexion sur tel notable recueilli, tel épicier agenouillé, tel ivrogne en quête de rédemption, tantôt déshabille discrètement quelque bourgeoise créature tout en toilette, qu’elle soit généreusement chapeautée ou sobrement apprêtée. Parfois lorsque le sermon devient ennuyeux, je soupire avec un mépris faussement rentré et des têtes réprobatrices se tournent vers moi. Effet garanti qui me comble de satisfaction.

Je me désole d’ignorer l’art du chant car j’aimerais être, de toutes les ouailles, la plus magnifique cloche.

Je suis chrétien pratiquant et par conséquent pas un frileux, pas un douceâtre, pas un timide.