mercredi 21 février 2018

1279 - Réponses à sept questions

Bonjour cher Maitre. Emportée par le feu de mes interviews  précédentes à propos des mystères de vos obsessions esthétiques, j aimerais sonder les autres profondeurs de l’astre de la littérature que vous êtes. Sujet quasi inépuisable que tous vos questionneurs cherchent à creuser un peu plus à chaque entretien... 

1. Quel serait le code, s’il y en avait un, pour une lecture “efficace” de vos textes : l’âme dorée du lecteur ou la confiance en l’âme d’azur de l’auteur ?

Il n’y a aucun code pour me lire, il faut être un humain, tout simplement. Crapules ou esthètes, ignares ou érudits, durs-à-cuire ou mollassons, chacun en aura pour son compte, en avantages ou en amertumes. Je distribue à mes lecteurs du sucre et du sel, du poivre et du vinaigre, de l’eau et du vin, des épines et des caresses à profusion : il y en a pour tous les goûts, en toutes circonstances. A l’image de la vie, des choses, des êtres, des événements. En un mot, à l’exemple de ce qui se déroule dans l’Univers. Je ne fais que raconter les grandes et petites aventures des créatures peuplant ce monde. Je parle de leurs oeuvres, de leurs paroles, de leurs désirs, de leurs pensées, de leur vérité et de leurs mensonges. Il m’arrive également de m’attarder sur l’inerte et de lui donner la parole, histoire d’éveiller les esprits les plus épais aux subtilités de l’invisible. De leur donner de l’appétit pour la Poésie. En somme pour me lire pleinement il faut être bête et méchant ou bien aimable et fin : ça marche dans les deux sens car ma plume parle à tous, elle est universelle. 

2 . L’humour est comme le caviar, plus il va vers le noir, meilleur il est. Le rire d’encre est votre condiment favori, vous en aspergez même abondamment presque tous vos mets. Pourquoi tant d’esprits qui se voudraient éclairés ne le savourent-ils pas, le prenant bêtement pour de la méchanceté pure ?

Pour me lire il faut effectivement jouir de toutes ses facultés, être assez ouvert pour saisir les “légèretés de la nuit”, ce qui n’est évidemment pas le cas de tous les hommes sur cette Terre. Pourtant je m’adresse à tous sans exception. Sans filet ni édulcoration. Je suis comme un nectar fort : je laisse une saveur délicieuse aux uns, une infecte âcreté aux autres. Il faut être initié pour savoir apprécier les grands crus. Pour certains lecteurs il faudra soit du temps, soit de l’intelligence supplémentaire, ou les deux à la fois, afin de savourer ma liqueur.

3. Vous qui n’avez jamais craint d’être considéré comme ringard à une époque où plus personne ne chante la Lune, tandis que vous la chantez sans retenue et sous tous les tons, vous avez des réticences à écrire selon votre éclatante inspiration sur Farrah Fawcett afin, dites-vous, de ne pas lasser votre lectorat. Pouvez vous nous éclairer sur cette inconséquence de caractère?

La Lune est banale aux yeux de beaucoup de gens. Tout comme ce qui est omniprésent, éclatant au-dessus d’eux, tels le Soleil, les étoiles, le ciel, les nuages. Ce qui est magnifique est souvent ignoré, négligé, voire moqué. Moi je suis là pour rappeler à mes semblables les merveilles que, par habitude, ils ne voient plus. Mais si justement je leur donne trop l’habitude de ces miracles en les leur mettant sans cesse sous le nez, ils auront tendance à s’en lasser. C’est pourquoi je préfère leur parler des sommets avec modération, sans forcer.

4. Beaucoup de vos textes parlent de gens aux multiples infirmités comme les bossus, les tordus, les trisomiques, les diminués, pourtant vous prétendez ne pas les aimer. Où est la vérité, maître?

Vous vous trompez lourdement. C’est la faiblesse, l’infirmité, la tare que je n’aime pas, non les individus qui en sont les victimes. Bien des irresponsables en voulant de bonne foi défendre les chétifs, les débiles, les exclus, du même coup font la promotion de la pathologie physique, mentale, sociale, culturelle, leur trouvant des charmes exotiques, des vertus artificielles, des éclats frelatés, ce qui est fort douteux. Moi je mets le doigt là où nul n’ose le mettre : là où il faut, en totale justesse.

5.  Vos textes sont faits pour être lus sous les étoiles, un bouquet d’épines à la main. Ils ne sont pas pour tout le monde, quoi que brefs, clairs, simples, techniquement accessibles à tous. Vous devez avoir conscience que même avec toutes ces qualités, il y a un nombre restreint de lettrés capables de les apprécier. Alors pourquoi votre manque de popularité vous contrarierait-t-elle ?

Ma vocation est, en concertation avec mes muses, d’émouvoir les âmes, de les éduquer, de les élever en chantant les beautés de la Création, de les faire rire avec fruit en mettant en scène nos travers, de les faire rêver en leur désignant les astres, dans ce contexte il est normal que leur indifférence à l’égard de cette fresque izarrienne me contrarie... Je suis là pour montrer, non pour cacher, pour parler et non me taire, pour voler et non dormir.

6. Vous vous définissez en tant que PLUME. Quelle serait donc l’aile a laquelle vous appartenez ?

J’appartiens au Cosmos. Comme tout ce qui est. Nous sommes tous les enfants du Beau, c’est à dire les enfants de Dieu.

7. Vous avez des activités que vous estimez secondaires, mais selon moi pas négligeables du tout, d’artiste plastique auteur de dessins abstraits. Et également de vidéaste. On admire toujours sur YOUTUBE vos choix musicaux et vous dansez très bien. Vous considérez comme vous une cathédrale vivante dédiée aux arts ?

En effet je fus artiste abstrait jadis mais j’ai délaissé depuis longtemps cet art incertain... Mes vidéos sur YOUTUBE sont un simple amusement, toutefois je prends un soin particulier à choisir des musiques de qualité, du classique en règle générale. La musique permet de sublimer les images de mes vidéos, parfois même de suppléer à leur faiblesse. Et si en même temps cela peut éveiller la sensibilité des profanes à la grande musique, alors j’aurais déjà “modestement fait une grande chose”.  Quant à la danse, là encore vous êtes dans la risible erreur car en réalité je danse comme un hippopotame chaussé de bottes de cul-terreux ! Je me considère comme un fétu de conscience emporté dans la grande tempête cosmique, une poussière de bonheur qui danse dans l’infini de la Vie, un grain de lumière en route vers un océan solaire.