samedi 6 février 2016

1151 - Rencontre mémorable au Mont Saint-Michel

En déviant sa route jusque vers les hauteurs du Mont-Saint-Michel afin d’y trouver un peu de paix et de fraicheur en plein été, il ne s’attendait pas à être entouré de tant d’espace. Parvenu au sommet de ce lieu sans âge, comme isolé dans l’azur, sans plus de repères avec son quotidien, à l’écart des flots humains qui grouillaient plus bas, il sentit son âme dépasser les limites coutumières de son monde prosaïque, se déployer, se dilater encore puis occuper les étendues marines, célestes, oniriques...

Si proche du mystère et si loin de ses habitudes, un ciel nouveau se présentait à lui.

Baignant dans cette clarté, éblouis par le bleu, fouetté par le vent, emporté par la poésie soudaine de cette terre élevée, il s’éveillait peu à peu à une réalité suprême.

Il sentait cependant que les rouages, invisibles, immenses, sacrés de cette “mécanique transcendante” lui échappaient, lui l’humble fourmi bipède que le hasard avait déposée sur cette montagne de pierres ciselées...

Mais il savait, sans se l’expliquer, qu’en cet endroit, en cet instant, en cet état de conscience tout en lui était devenu lumineux, plein de sens et de profondeur, comme si en accédant à ce point culminant de la Terre, le Cosmos était venu s’agenouiller à ses pieds.

Une conjonction parfaite entre les éléments extérieurs et son esprit  avait fait naître un processus spirituel unique, une grâce diront certains : en faisant lui-même les premiers pas vers l’infini, le Ciel posait son regard sur cette étincelle humaine en train de s’embraser au contact de la Beauté.

En rejoignant cette flèche géante qui désignait l’éternité au-dessus de la mer, il avait tout simplement causé un principe mystique essentiel, entrepris une démarche intérieure. Pour la première fois de sa vie. Et l’océan de la divinité s’était naturellement ouvert en lui.

Il n’était plus que prière, atome relié au Soleil, particule de poussière connectée aux astres, et là, son être devenu éther, sa pensée subtile, il sut possible l’impensable : rompre sa solitude de célibataire malheureux.

Il sentit une flamme illuminer ses fonds, un espoir éclaircir son coeur, un tonnerre ébranler ses anciennes certitudes. Une lucidité fulgurante l’habitait. L’élue était là, il en était sûr. Il ne la voyait pas mais il savait qu’elle lui apparaîtrait ici, au Mont-Saint-Michel.

Soudainement sensibilisé aux vérités sublimes, il demeura un long moment à contempler l’immensité autour de lui, guettant la femme.

Il revint chez lui tard le soir.

Seul.

C’est en pleine nuit qu’il la rencontra.

Tout en haut du Mont saint-Michel il la trouva, à la même place où il l'attendait quelques heures auparavant. Elle lui souriait, belle, idéale, éthéréenne.

Légère, étrange, énigmatique, irréelle, spectrale et fabuleuse, elle l'appela longtemps, longtemps dans son rêve.