dimanche 25 octobre 2015

1139 - A droite, gauchement mais sûrement !

Certains seront étonnés de l'apprendre : plus jeunes, moins expérimenté, j'étais de gauche pour bien des idées. La réflexion progressive m'a fait radicalement changer de point de vue.

De la droite, j’arbore les signes les plus éculés.

Ma face de marbre reflète la morgue la plus insolente. 

Je sors le coeur hautement perché sur son piédestal d’airain, dîne avec des cuillers ciselées, dors avec la sérénité des honnêtes citoyens bien chaussés.

Le bon goût, l’aisance, le verbe choisi caractérisent mon rang. Je toise mes adversaires avec le regard prétentieux des esprits qui se savent supérieurs, considère les choses et les hommes avec ce mélange de dérision et d’autorité si particulier aux âmes nobles sûres de leur droit, de leur éclat, mais conscientes aussi de l’iniquité du siècle...

Bref, mes hauteurs glacées sont l’empreinte immatérielle des gens de belle condition qui tiennent à le demeurer.

Je suis de droite, inflexible, fier, avec de l’acier dans mes sentiments, de la clarté dans ma raison, de la soie sur mon oreiller.

Et un peu d’or dans ma bourse.

Je suis de droite caricaturale, de celle qui inspire les quolibets des hérétiques, scandalise les indigents de l’intellect, fait sortir de leurs châteaux d’illusions les faux messies de la gauche à l’idéalisme matérialiste.

Je suis de la droite à la droite du Père, la droite royaliste, châlelaine, hautaine, pleine de dentelles.

vendredi 23 octobre 2015

1138 - IZARRA dans toute sa vérité

Farouchement homophobe, ardent militant anti-avortement, promoteur de la vertu universelle, phallocrate primaire décomplexé, j’ai la république en horreur, mets le gauchisme à ma droite et ajoute du Ciel à tous mes plats.

Ca c’est mon terrestre aspect, rugueux, âpre, furieux et follement temporel.

Epris des hauteurs, cela ne m’empêche nullement d’avoir mes faiblesses. Et mes chutes sont d’autant plus vertigineuses que ma couronne est éclatante. Plus les âmes sont grandes, plus elles risquent de tomber de haut, ce qui est exactement mon cas. Je suis hautement responsable de tous mes écarts de conduite, de pensées, de paroles, tandis que l’homme du commun l’est beaucoup moins. Lui a droit à l’indulgence humaine et divine, moi pas : mon éveil spirituel, ma position privilégiée entre la Terre des illusions et le Soleil de la vérité m’oblige à des devoirs supérieurs, chose dont j’ai parfaitement et permanente conscience.

L’exceptionnelle exigence est la norme naturellement imposée aux astres de mon espèce.

Mes faux-pas sont les fruits non pas de mon ignorance, de ma bêtise ou de mes maladresses mais bien au contraire de mes choix royalement assumés, de ma pleine volonté de descendre parfois dans la boue, de mon intelligence mise au service des bassesses de mon incarnation, ce qui est d’autant plus grave.

Mais c’est également cette immense clarté en moi, ce libre-arbitre aux pôles extrêmes qui me donnent des ailes aussi vastes. Ce qui fait la gloire de mes ascensions, c’est ma liberté de plonger dans l’abîme. Sans cette liberté d’aller où je veux en totale conscience, mes montées n’auraient aucune valeur. C’est parce que j’ai le choix entre l’or et la misère que mes profondeurs sont sans mesure, quand d’autres moins éveillés que moi -donc moins exposés à la flamme spirituelle- sont bornés entre la paille et le foin. Leur éclairage est bref et leur pain quotidien est leur unique horizon. Ma lumière est illimitée et les galaxies sont mon ordinaire mesure.

Eux risquent peu de se brûler au feu des étoiles, d’éprouver le vertige de l’infini, de s’asseoir au bord de l’Univers, leurs culpabilités ou mérites étant moindres. Certes, mais ils s’élèvent peu.

Mon stade d’évolution intérieur est si avancé que la distance entre eux et moi leur est intolérable. Mon flambeau humilie leur chandelle et pour eux cet éblouissement est comme une agression. Une injure à leurs oeillères, un outrage à leur petitesse, une offense à leurs déficiences. Et ils appellent “haine”, “misanthropie” ou “intolérance” ce qui chez moi n’est que grandeurs, pénétration, esprit.

Eux sont trompés par les vagues du siècle qui les bercent et les endorment, quand j’embrasse l’océan entier de mon regard d’albatros, loin de leurs minuscules tempêtes, hors de leur portée de fourmis.

Je ne cache pas les corruptions de mon être, les indécences de ma sensualité, les ruines de mes jours sombres, les mesquineries de mon caractère et le ridicule de mon égocentrisme, et si je me vante d’une chose, ce n’est pas de mes péchés mais de ma sincérité à les reconnaître.

Oui j’ai moi aussi mes côtés misérables car étant fait de chair, d’imperfections, de tares, de peurs et de vanités, je suis moi aussi un humain comme un autre. Mais ce qui me distingue radicalement des pervers, des irresponsables, des menteurs, des rêveurs, c’est que je ne glorifie pas mes sacrilèges, je n’appelle pas “noir” ce qui est blanc, "jour" ce qui est ténèbres", je ne confonds pas la rose avec le fumier, je ne cherche pas à changer la fange en onde pure juste en travestissant le langage...

Mes frères, mes pieds pataugent dans vos mêmes noirceurs, mais mes sommets sont enneigés.

Bref, je suis comme vous tous : sujet aux tentations, lâchetés et médiocrités de l’existence.

samedi 17 octobre 2015

1137 - Les choux-fleurs de mars

Les premiers jours de mars liquéfient l’ambiance, argentent l’atmosphère, bleuissent les âmes : ils enflamment les flaques, glacent le sol, abreuvent les caniveaux.

Dans le ciel, plein d’écume, d’ombres et de chrysanthèmes. 

Ces flots en fleur que sont les nuages arrosent ma face de rat à l’âpre saison, font des larmes de glace sur mon front, frigorifient mes doigts de pieds. 

Et allègent mes semelles : les giboulées me donnent des ailes.

Elles “escargotisent“ le monde d’une seule averse, humectent les alcôves comme les tombes tout en perçant les coeurs de leurs tranchants rayons de pluie.

Mars est le temps des rigoles, non de la rigolade.

Sa blanche tristesse m’emporte dans des hauteurs troubles : avant avril, c’est encore un peu de ténèbres mêlées de neige.

Entre cendre et yaourt, givre et boue, frissons secs et chemins sans issue, il y a l’azur plombé, les terres noyées, le soleil lointain, l’horizon lumineux.

C’est aux derniers froids de l’hiver, à la fonte de ses humeurs, au mois des semailles, sur les cailloux des champs et sous les sillons aériens que je m’éclaircis.

mercredi 14 octobre 2015

AVERTISSEMENT ET MISE EN GARDE

Depuis quelques temps un pirate informatique malveillant usurpe mon identité informatique et administrative pour me nuire à travers des envois postaux et/ou informatiques injurieux à caractère raciste à l'adresse de diverses associations anti-racistes (ou autres).

A travers ces manoeuvres frauduleuses et ces envois calomnieux cette personne tente de me faire passer pour un contestataire raciste, haineux, agressif et menaçant que je ne suis pas.

Des plaintes ont été déposées contre moi de la part de ces associations visées par ces courriers inquiétants et j'ai donc déposé moi-même deux plaintes contre cet individu mal intentionné qui tente de salir mon honneur, entre autres méfaits.

Si cette personne lit ce présent message, qu'elle sache que je réclamerai contre elle des dommages et intérêts à hauteur des nombreuses nuisances occasionnées depuis plusieurs mois, c'est à dire assez élevés.

Je compte également médiatiser cette affaire en cas d'identification et de condamnation de cet individu, afin de décourager ceux qui éventuellement seraient tentés de l'imiter.

Une enquête policière est en cours.

Raphaël Zacharie de IZARRA

mardi 13 octobre 2015

1136 - Prière à Louis

Je vous salue Louis, mon bon, mon cher, mon bien-aimé roi des français, le dernier qui régna, Louis le seizième descendant de cet illustre Soleil qui depuis Versailles rayonne sur le monde pour l’éternité.

Je vous salue très chrétiennement Louis, vous mon roi, vous que le Ciel désigna, vous le plus aimé des souverains de France, assassiné par la gueusaille républicaine !

Je vous aime Louis, vous bénis et  vous prie, du haut de votre grandeur royale, de pardonner à l’engeance républicaine son ignominie.

Louis, l’outrage fait à la couronne fut inouï, l’immonde régicide tomba sur votre tête très sainte et je pleure ce mensonge contre Dieu, cette tromperie contre la France, cette hérésie contre les coeurs pieux et nobles pour qui un royaume sans Dieu n’est plus qu’une terre stérile aux sillons maudits.

Louis je vous demande encore de pardonner très chrétiennement, très pieusement et très royalement à vos calomniateurs, parjures et meurtriers, de prier pour eux, de prier également, en juste réparation à cette offense sans nom que fut 1789, pour un retour glorieux sur le trône de votre lignée instaurant le rétablissement de la royauté française, chrétienne, bleue, noble, sainte.

Je vous salue Louis, Ô mon roi, très humblement, et dépose à vos pieds la flamme claire qui depuis plus de deux siècles brûle avec ardeur en toutes ces âmes intègres que j’incarne ici, modestement -ceux-là que le drapeau athéiste a damné-, et que dans une folle volonté chrétienne, honnête, royaliste, je souhaitais faire remonter à la lumière, au moins le temps de ce bref témoignage.

dimanche 11 octobre 2015

1135 - Farrah Fawcett, l'obsession izarrienne

Maître, j’ose frapper à votre porte d’esthète et de particulé afin de mettre à l’épreuve votre inspiration littéraire sur un sujet éternel. Quoi de plus essentiel, en effet, que la beauté magnétique de la jeune Farrah Fawcett ? A vos yeux en tout cas. Oublions ces fadaises que sont les clichés littéraires pour aborder les côtes idéales de la Poésie. Je vous propose de nous éloigner du plancher des vaches, de prendre une direction aussi radicale que verticale : celles des étoiles précisément. Imaginons que vous ayez été le contemporain de la jeune texane, qu'elle ait été européenne et qu'elle ait pu vous rencontrer.

1 - Avez-vous jamais pensé à créer un texte non pas SUR Farrah Fawcett, mais POUR Farrah Fawcett...

Je n’ai pas pour habitude, ni même l’extravagance, d’adresser des courriers aux bécasses. Farrah fawcett en tant que femelle cervelle ne m’intéresse guère.

2 - Dites-nous, Maître, quel serait l'endroit idéal où vous donneriez un rendez-vous à la belle Farrah ?

Sur la Lune, sans hésitation. C’est à dire à la fois loin du sol terrestre et très proche de mes aspirations intimes, poétiques, spirituelles. Dans un endroit sans atmosphère, à la pesanteur allégée, et au paysage nivéen, autant dire dans un monde de pur esprit. 

3 - Si des lèvres de la vénuste incarnation vous aviez entendu un "Je vous aime, Maître”, qu'auriez-vous répondu ?

J’aurais répondu que ces mots à la portée de la première dinde venue sont loin de me suffire pour me convaincre, qu’il faut me mériter, et âprement encore. Un astre de mon envergure ne se conquiert pas avec des vapeurs d’eau de rose mais avec des ondes plus capiteuses. Des flots de vinaigre sincères et quelques ronces tout aussi franches valent mieux qu’un nuage de doux sentiments quasi inodore.

4 - Mes questions ont pour but d’exciter vos rêves et ceux de vos lecteurs... Alors, pouvez-vous imaginer la pire plaisanterie que vous auriez-pu faire à Madame Fawcett ? La plus amusante cruauté à lui adresser ?

Simplement lui dire la vérité. Ce serait cruel mais pas drôle : juste faire un constat des choses à propos de sa tare consistant en sa culture yankee. Etre née dans ce pays de la super-puissance du mauvais goût, cela laisse inévitablement des traces inesthétiques sur sa vie. La pire plaisanterie à lui faire ? La meilleure en réalité, un enchantement pédagogique : changer cette pure américaine en authentique française. Transformer le coca-cola en vin. Remplacer le soda de ses veines par le sang de nos vignes. Faire de cette blonde texane une évanescente chartraine, une pétillante champenoise ou une bourgeoise bordelaise. Avec dans ses semelles une bonne tranche de camembert bien de chez nous !

5 - Puisqu'on est déjà là, pensez-vous que ce serait un blasphème de faire pleurer la beauté pure ?

La beauté est un cadeau de grand prix, qui elle aussi se mérite. Le vrai outrage serait de faire rire la laideur aux dépens de la majesté. Le singe peut bien s’étourdir de ses propres grimaces, mais qu’il le fasse seul ! Il faut se hâter d’honorer la splendeur avant que la perfide, populiste, usurpatrice disgrâce ne lui conteste ses droits naturels. L’épine a ceci de supérieur à la fleur, c’est qu’elle nous laisse des marques impérissables. Un baiser douloureux s’oublie moins vite qu’une caresse insipide. Ce ne serait donc pas une offense de faire pleurer la beauté pure mais au contraire une nécessité, un aiguillon salutaire, une manière de lui rendre hommage en lui rappelant son statut infiniment élevé. Ce qui fait également la valeur du diamant, c’est sa taille, c’est à dire son “écorchage” sous les doigts de l’orfèvre. Le rire est la consolation de la laideur, les larmes les joyaux graves de la beauté. L’un est une misère, les autres une richesse. Si la laideur mérite la dérision et l’accepte avec tant de coeur, la beauté quant à elle ne souffre que l’exigence. Les sommets, c’est un vertige solennel. Non un amusement pour pitres.

6 - On sait tous que l'amour est indéfinissable, qu'il a un aspect terrestre comme un autre. Mais encore plus important, des hauteurs célestes. Est-ce que votre amour onirique pour Farrah Fawcett atteint quelque dimension spirituelle ?

Mon intérêt pour cette défunte qui fut vivante à la face éclatante est purement esthétique, poétique, onirique, mais précisément parce qu’il est tout cela, il rejoint en effet la réalité spirituelle, qui est une réalité suprême. Vous parlez d’amour, je parle de raison.

7 - Nul n’ignore que vous êtes l’idole des femmes intelligentes, aux allures plus ou moins flatteuses. Ces prétendantes plus ou moins glorieusement incarnées auraient-elles, selon vous, des raisons d’être jalouses de leur rivale ?

Certainement, dans la mesure où toutes mes forces izarriennes sont tendues vers cet astre majeur.

8 - Maître, on sait que vous associez la beauté rayonnante de la jeune Farrah à l'image de la Beauté absolue. Comment fut-il possible que les brumes de son intelligence ne ternissent pas l’éclat de son visage ? 

La neige, quand elle est vraiment très froide ne brûle plus, elle éblouit. On se réchauffe alors à sa seule lumière qui remplit tout l’espace. La beauté transcende l’intelligence, elle est Intelligence elle-même, à l’image du Cosmos. La beauté est une forme d’intelligence, la plus subtile me semble-t-il.

9 - Ne pensez-vous que c'est un peu facile d'associer la perfection divine à un simple visage ? Ce serait même puéril. Associer les yeux bleus au ciel, les dents blanches à la lumière, les cheveux blonds aux rayons de la Lune... Ne craignez-vous pas le ridicule de ces associations ?

Toute vérité est, par nature, éternelle, universelle, constante. Savoir s’émerveiller des choses les plus évidentes aux apparences si flagrantes, et qui semblent banales, c’est une capacité rare de nos jours qui signe l’intégrité, l’authenticité, l’innocence préservées de certaines âmes. Retrouver et savourer les parfums originels de la Création, voilà le vrai défi de notre monde anesthésié par le superflu. Les stimulations artificielles du matérialisme exacerbé et les miasmes plombés de la culture tarabiscotée, pour ne pas dire déviante, ont étouffé chez bien des êtres leur sens spirituel le plus élémentaire.

10 - Parmi les grands peintres il n'y a que le grand Andrei Rubliov ayant osé "peindre" l'esprit divin dans l'icône de la Sainte Trinité et là, il L'a rendu jumeau du Père et du Fils à travers la couleur verte, lunaire de son vêtement. Peut-on, donc, s'aventurer jusqu’à penser que les traits de Farrah Fawcett étaient une icône de l'Esprit ?

Oui. Totalement, définitivement. Un visage humain a de toute façon plus de poids que toutes les icônes créées. Surtout les plus flatteurs comme celui de Farrah Fawcett, abstraction faite, bien évidemment, des scories esthétiques de sa culture américaine, je veux parler de certaines de ses toilettes, discutables.

11 - Associez-vous le visage de Farrah Fawcett plutôt à l'Esprit Divin, aux anges, ou bien à une païenne Vénus ?

Je l’associe aux galaxies. C’est à dire à l’Univers comme aux méduses, aux coquillages ou au sable, donc à l’Esprit Divin.

12 - Les mauvaises langues diraient que votre échelle des valeurs est bien légère... Cette manière de mettre le visage fawcettien sur le piédestal de vos rêves spirituels, (et pas celui de Mère Thérèsa ou du Pape Jean-Paul II) ce n’est pas un peu faible ?

La beauté sensible, c’est aussi la manifestation de la gloire divine.

13 - A propos de système de valeurs, l’essentiel pour vous c’est la BEAUTÉ ou la BONTÉ ?

Ces deux choses ne sont-elles pas naturellement indissociables ? C’est certes facile et dérisoire que de l’affirmer mais il serait en même temps assez vain de chercher à démontrer ceci et son contraire.

Je vous remercie, cher Maître, pour vos réponses inspirées. J’espère avoir pu faire découvrir aux lecteurs, les flammes de votre esprit, à travers notre discussion sur la beauté de Farrah Fawcett.

jeudi 8 octobre 2015

1134 - Aristocrate laid et bossu

Né dans les douceurs de la soie, les délicatesses de la dentelle et les vices de l’or, j’ai tété mes nourrices à peau laiteuse avant de les morde fort prématurément

Des limbes dorés d’où je suis sorti la dent acérée, j’ai hérité d’une bosse. Cette infirmité, immonde quand elle a poussé chez la gueusaille, se présente comme une flatteuse singularité sur le dos des gens de mon espèce. Une sorte de fioriture horrible qui fait toute ma différence.

Cette excroissance me conférant cette silhouette hideuse -et même effrayante- est mon plus grand bonheur d’aristocrate fortuné.

Egocentrique, imbu de ma disgrâce, caractériel, méchant par nécessité, dépensier par éducation, pervers par goût, je ne veux ressembler à personne, pas même à Apollon. Je préfère être cette grimace unique plutôt qu’une rose banale.

Les femelles détournent leurs regards de ma face ignoble : comme si mes charmes de polichinelle n’y suffisaient pas, la généreuse Nature a fait mes traits fort laids. Mais par la vertu de mes écus les belles, cupides, acceptent bien vite de les contempler.

Mon argent fait briller comme un soleil ma face de gargouille et fait luire ma protubérance ainsi qu’une Lune difforme.

On pense que je suis plein de mollesse à l’égard de ces bonnes âmes qui veillent à ce que mes désirs les plus baroques soient comblés.

Erreur.

Pour les récompenser de leurs ardeurs feintes, sourires forcés ou politesses de façade et autres faussetés, je leur adresse mes pires cruautés d’esthète au coeur pourri et à l’esprit vif et joueur. Ainsi pour Noël j’offre à mes amantes les plus assidues, donc les plus vénales, des coffres lustrés remplis d’asticots vivants, à mes bonniches paresseuses des bijoux confectionnés dans des os de condamnés à mort, à destination de leurs enfants (dont la simple vue m’insupporte) des diablotins faits avec des cordes de pendus, à mes valets fidèles des baguettes de bois vert avec lesquelles ils ont ordre de fabriquer les robustes badines qui leur chaufferont l’échine toute l’année.

J’aime particulièrement me rendre aux funérailles, surtout celles de mes amis. Pour moi c’est jour de fête que d’enterrer mon entourage. Je me sens plein de verdeur au contact de la mort des autres. Plus ils sont nombreux à rejoindre le cercueil, plus je me sens vivre. Devant leur cadavre puant je ressens la félicité de l’épargné, la chance du survivant.

Je suis un vieil aristocrate laid, bossu et riche. Mais en réalité ma vraie richesse, celle qui me maintient en vie, me rend heureux de manière constante, qui fait que je suis satisfait de mes oeuvres, c’est ce mélange en moi de fumier et d’épines. L’un me nourrit, les autres m’aiguillonnent. Ainsi je ne tombe jamais à terre.

Je suis le seul à n’être pas dupe. Ainsi je traverse l’existence, tordu, fangeux, amer et cynique, cruel et lucide, bien certain que ce n’est pas pour moi qu’on m’aime mais pour mon argent.

VOIR LA VIDEO :

https://rutube.ru/video/9c3f7c6d46ec549ba181143411bb9b9a/

http://www.dailymotion.com/video/x53ma6b

1133 - Seigneur glacial

Je suis un grand aristocrate de la petite province étriquée, un serpent venimeux pétri de principes vertueux.

Egoïste, impatient, invivable, colérique, mes ailes noires et mes crocs acérés font de ma personne une chauve-souris ricaneuse. Ma canne frappe avec adresse et ma cape inspire l’effroi.

Mes plaisanteries sont féroces, mes signes d’amitiés mortifiants, mes gifles injustifiées et mes caresses écorchent comme des épines : chez moi tout est brûlant car tout est pur, brillant, anguleux, sec et vif tel un bloc de glace tranchant.

Sur mon front, la beauté des astres froids. Dans mon regard, l’éclat du silex. En mon coeur, la lumière émanant du givre.

Je fais peur aux enfants, peur aux hommes, peur aux femmes, peur aux loups.

Parce que l’immensité, la tempête, la fièvre et les tremblements embellissent ma vie de fleurs et de fracas, de chants et de ronces, je ne supporte que l’infini, la démesure, l’outrance. Et du sommet de mes certitudes de petit dieu imbu de sa grandeur, je châtie la petitesse, la timidité et la faiblesse sans distinction ni remords : roture, bonniches, valetaille. Cette espèce vulgaire connaît la saveur âpre de mon ire innée à son endroit.

Les rampants à mon service sont les destinataires privilégiés de mon plus cinglant mépris. Je paye leur servitude en  monnaie de sang quand il le faut, c’est à dire systématiquement. J’ai en effet le bâton leste et le fouet facile à l’égard de cette engeance.

Mes pairs, les âmes d’envergure que je côtoie en d’illustres occasions, sont des gens de robe, d’esprit, d’art et de science. Impénétrables et distants, austères et mystérieux, ils projettent sur la Terre des ombres majestueuses et laissent dans leur sillage des souvenirs impérissables.

Je suis une cathédrale humaine voguant sur un océan de pensées magistrales et profondes, mais une cathédrale entourée de fourmis.

Que j’écrase à chacun de mes pas de géant.

Parce que j’incarne la glace, la pierre et le tonnerre, oui je fais peur aux enfants, peur aux hommes, peur aux femmes, peur aux loups...