vendredi 30 septembre 2011

930 - Liliana Dumitru

Est-elle laide ? Invisible ? Est-elle mauvaise ? Simple ? Est-elle blanche ? Noire ?

Impossible de trancher.

Mais c'est une femme. Une passante, une silhouette, une vivante curiosité.

Un esprit. Une casserole. Un point d'interrogation.

Une femme comme une ombre... Ou bien comme une flamme. Pleine de fumée pour certains, radieuse pour d'autres. Feu paradoxal tout gris comme la cendre ou particules d'or, qui saura ?

C'est une étrangère qui n'est d'aucun pays. D'aucun pays connu en tous cas. Ses racines plongent dans un fumier d'énigmes, son regard est dirigé vers l'océan céleste. Elle grandit ainsi les pieds dans le fromage local, la tête dans les astres.

Ses horizons sont faits de ronces et de plumes, de chaînes et d'oiseaux. Elle compose de délicieuses soupes de navets tout en chantant l'infini. Et personne ne l'entend.

Sauf le Soleil.

C'est une mendiante qui n'accepte de tendre sa sébile que vers le roi. Et le roi lui accorde ses trésors. C'est là la puissance de cette femme...

Etrange, suspecte, boiteuse, drôle et pathétique, cette fleur de chardon est une reine.

La reine des épines.

Elle ne peut voler qu'en s'allégeant de ses larmes : la souffrance lui donne du plumage. Elle a des pattes de poulet mais des ailes de lumière.

Elle déteste les langes, aime les anges. Son coeur n'est point maternel : il est dur comme le diamant. Et cette pierre précieuse est bien trop vive pour battre au nom de la chair (qu'elle blesse de ses éclats).

C'est pour le Ciel qu'elle est réglée.

Et  c'est pour le Ciel que sans mot dire tous les soirs cette femme sans avenir plonge patates et carottes dans la marmite.

C'est pour la gloire de l'infini qu'elle sacrifie ainsi sa couronne de femme, ici, dans cette vaste arène des illusions que l'on appelle la Terre.

VOIR LA VIDEO

http://www.dailymotion.com/video/xnkw9v_liliana-dumitru-raphael-zacharie-de-izarra_news

lundi 26 septembre 2011

929 - Bébés-charognes

Qu'il est doux de pouvoir à sa guise extirper l'ignoble furoncle de l'autel maternel quand on vit sous la lumière républicaine ! 

Pour nous, enfants de la liberté française, l'embryon humain est un ennemi, un intrus, un champignon vénéneux et -pourvu que l'opération se fasse avec les gants de la respectabilité- nous devons étrangler le germe vicié avant qu'il ne nous étouffe. 

L'avortement est une entreprise libératrice qui soulage la société, garantit la sécurité de l'emploi, améliore la météorologie, prolonge le temps des vacances, fait gagner au tiercé, réduit les queues dans les magasins, crée du lien social, mais surtout apaise la conscience de l'individu qui pourra adopter un nouveau compte bancaire et ainsi donner vie à des chiots, à des perruches, voire à des NACs, laisser libre cours à ses envies, à son imagination, à ses passions, libérer sa créativité. 

En un mot, lui donner des ailes.

L'IVG sauve les couples et protège leurs finances.

L'avorton qui commence à prendre trop de place doit périr, c'est la loi. La république française qui règne partout a le devoir de défendre ses lois jusqu'au fond des matrices de nos belles génisses. Celui qui n'a pas droit de cité dans les entrailles de sa génitrice a encore moins le droit de pomper l'air des légitimes citoyens. Contester la légitimité du fruit pourri dans son antre naturel, c'est accorder plus de place et de dignité sur Terre aux hommes libres.

L'embryon qui commence à gangrener la société dès le sein maternel est un être foncièrement antisocial que nous devons anéantir sans mollesse pour le salut de notre constitution, le maintien de notre souveraineté, la stabilité de notre système économique et la propreté de nos plages.

C'est parce qu'il menace si dangereusement nos institutions, nos grandes villes, nos belles campagnes, notre technologie spatiale, nos secrets industriels, notre système de plomberie et surtout nos libertés individuelles que le bébé non encore formé doit être passé par les armes.

Mais uniquement après avoir été jugé coupable cela va sans dire car un pays civilisé ne condamne jamais un embryon sans raison valable. 

Sans parler du plaisir sadique et délectable -plaisir non négligeable pour toute mère heureuse d'être délivrée de la gestation, pour tout médecin prospère soucieux de renommée-, de voir arracher tout vivant cet immonde abcès bipède issu de la chair saine de la femme honnête.

VOIR LES DEUX VIDEOS :

https://rutube.ru/video/b2ab0e85db34efe7e3fdcc55d09c4cfa/

vendredi 2 septembre 2011

928 - Les hauteurs du plombier

Mon plombier est un poète.

Le nez dans ses tuyauteries, les bottes dans la fange et les mains plongées dans le bidet, le dépanneur de la ménagère en larmes est un trouvère des temps modernes.

Qu'il a fière allure dans sa combinaison maculée de suif lorsque d'un pas lent et assuré, noble et serein il sillonne quelque ruelle aux égouts bouchés empestant la marée montante ! Mais miracle ! Ce parfum de mystère qu'il laisse sur son sillage suffit à couvrir toute odeur impie : au passage du plombier les coeurs s'apaisent.

Messie des Dupont trahis par leur évier, fécondateur des caniveaux asséchés, libérateur des canalisations obstruées, sauveur des bons-à-rien empêtrés dans leur ignorance des systèmes d'écoulements, il va partout répandre la bonne nouvelle : "C'est l'plombier !" car en toutes saisons le plombier refait la pluie et défait la sécheresse...

A son côté dépasse, tel un luth fatigué mais glorieux, sa fameuse, mythique, étincelante clé de douze !

En fait, une véritable lyre d'argent faisant office de sceptre : le plombier est un roi.

Le roi des lavabos récalcitrants.

Maître incontesté quant aux subtilités des lois de la mécanique des fluides de nos salles de bain, il surgit parfois de la baignoire, ruisselant et vainqueur, tel Poséidon au milieu des flots après des batailles dantesques au fond des abysses contre de fourbes adversaires.

Monstres chevelus tentaculaires, flasques et malodorants qui n'ont d'autres sinistres desseins que d'empêcher le passage de l'onde pure en ce bas monde... Voilà les vils ennemis contre lesquels se bat mon plombier, ce héros.

Ne serait-ce que pour cette unique raison, l'ouvrier qui patauge dans les eaux usées de ma cuisine m'inspire les transports de l'âme les plus élevés.

C'est un artiste de l'onde qui, entre planchers et plafonds, fait des merveilles de ses dix doigts au lieu de chanter stérilement comme le font ces incapables de faiseurs de mots ! Les constellations de ce chantre des conduits, faites de vis, d'écrous, d'anneaux de fer et de joints de caoutchouc sont de véritables diamants d'utilité quotidienne, des trésors de pragmatisme triomphants, des pépites utilitaires qui rendent nos existences douces et confortables.

Elles valent bien le firmament fumeux et inaccessible de ces imbéciles de bardes verbeux !

Un peu magicien, un peu filou, mon plombier sait mieux que personne parler aux femmes : à force de savantes séductions technico-manuelles il parvient souvent à les convaincre de  le laisser sonder deux voire trois de leurs tuyaux pour le prix d'un seul !

Puis, satisfait de ses oeuvres sacrées il repart vers son olympe de gaines et de robinets, heureux, traînant derrière lui des histoires fabuleuses, légendes vraies ou fausses mais toujours embaumées d'effluves d'eaux de vaisselle qui lui confèrent respect, prestige, renommée.

Et s'éloigne de son pas impassible, le torse altier, l'air énigmatique, avant de disparaître tout à fait dans la brume du soir.

Liste des textes

1328 - Je suis apolitique