samedi 10 novembre 2018

1309 - Des oiseaux dans l'infini

Je cheminais dans l'air frais du soir, posant un oeil curieux sur les choses de ce monde.

Le chant des corbeaux conférait au crépuscule de ce premier jour d'automne des profondeurs de caveau, des ombres brillantes, des légèretés sépulcrales : ma joie de sybarite ténébreux était à son comble.

Au loin, à l'horizon, dans les nues, des promesses de fêtes sanguines et de rêves lourds. 

Partout autour de moi dans ce paysage sinistre et apaisant, l'espace, la solitude, la brume, l'âpreté...

Une sorte de cloître naturel. C'est à dire une forme d'immensité.

L'heure du couchant comme un voyage étrange de la clarté à la nuit.

Dans cette ambiance à la fois sereine et cafardeuse, pesante et irréelle, austère et onirique, un ciel en mon être s'éveillait et désirait des océans, des montagnes, des orages, des vertiges et du fracas, de la flamme et de l'écume, du roc et de la lumière !

Les oiseaux noirs au-dessus de ma tête arboraient des ailes éclatantes et leurs cris rauques m'enchantaient.

Plongé dans ce décor dense et obscur propice aux ivresses de l'âme, ma vue intérieure s'élargissait. Des portes impalpables s'ouvraient, des fenêtres invisibles apparaissaient, des astres nouveaux s'allumaient...

Il me suffisait de marcher entre ces champs boueux, sur cette route perdue, dans cette campagne désolée pour me sentir voler et me retrouver très haut. De là, rien à mes yeux ne semblait vain : ni le sommet ni le gouffre, ni la ronce ni la fleur, ni le terne ni le lustre, pas plus la cendre que l'étincelle.

Tout dans la Création reflétait la gloire. Que ce soit de la nécessité la plus brute au superflu le plus gratuit. Je comprenais cela depuis mon regard neuf, entre le sol et l'infini. 

Je devinais que tout avait sa place sur Terre et dans le reste de l'Univers, du majeur au mineur, de la goutte de pluie au grain de sable, de l'étoile à la glace et de la rose au purin.

Alors émerveillé et interrogateur, je poursuivais mon chemin dans l'obscurité naissante, le pas  alerte, le coeur battant, adressant des pensées mystérieuses -ou des prières sans fin, des feux sans mesure- aux cailloux, aux herbes, au vent, à ces créatures aux plumes de deuil croassant avec mélancolie derrière moi, là-bas dans le lointain...

VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=yMsCpjs7PbQ&feature=youtu.be

mercredi 7 novembre 2018

1308 - L'heure de l'or

Elle fut un spectre féerique issu des pâleurs lunaires, une écume parfumée née des remous miasmatiques de la planète Vénus ou bien une inextinguible clarté venue du fin fond de notre bonne vieille Terre...

Elle brillait comme une poire juteuse de ses seules pommettes. Son front irradiait des flots de rêves paisibles et fous. Ses lèvres de pierre et de lumière propageaient de la flamme et de la neige.

Cette femme qui vécut dans notre système solaire, au sein de notre galaxie, sur notre sol de bipèdes assoiffés de beauté divine ne fut rien d'autre qu'une femme de ce monde. De cet Univers rempli de mystères et de surprises. Une brindille de vérité cosmique frémissant sous la brise de l'éternité.

Farrah Fawcett, l'envoyée céleste parmi les vaches que nous sommes aspirant à devenir des étoiles ?

Non, une blonde et frêle créature parmi tant de ses égales qui dansent, volent, chient, chialent et rient, vont et viennent ici-bas. Une Ève de notre globe en robe ou en bottes, rien de plus. 

Mais une fleur couronnée de la gloire des grenouilles sidérales. Je veux dire, une femelle pareille à ses semblables mais une fille différente. Une face féminine avec des chaussettes de nymphe. Un visage de fauvette avec une facette horticole. Un jardinet de navets entouré de rosiers. Un profil agricole sur une tête de majesté. 

Des petits éclats en plus qui font que l'ordinaire devient sublime aux yeux des hommes. Et tel un prodige voir ici, ailleurs, hier, aujourd'hui et encore demain le pont se changer en port, le plat se transformer en sommet, le moindre tourner au majeur. Ainsi que le ver en soie, le verre en coupe et la tomate en stigmates.

Bref, évoquer Farrah Fawcett c'est faire de l'or avec du soleil ou mieux : mettre chez soi le jour en feu, la cendre dehors et le ciel dedans, la nuit à la porte et l'azur sous le toit.

VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=YXMhUTVp6LQ&feature=youtu.be