jeudi 30 août 2018

1291 - L'orange

Un jour dans un panier rempli d'oranges je vis la citrouille de Farrah Fawcett.

En effet, sur l'un de ces fruits, plus éclatant, plus vif, moins ordinaire que les autres, sa face de citron m'apparut. 

L'agrume brillait tel un astre au milieu de la corbeille.

Je le cueillis.

Il glissa de ma main fébrile et maladroite, tomba puis roula dans la poussière.

Je le remis à sa place.

Mais le visage de ce soleil miniature changea : les particules de saletés ramassées au sol, collées sur sa peau, avaient formé un dessin troublant qui rehaussait l'esquisse entrevue.

Des yeux me fixaient, des lèvres s'entrouvrirent... Le message était clair.

Cédant à la tentation, je répondis à l'appel de la pulpe.

J'ouvris cette lune aromatique pour la dévorer avec recherche et exquise lenteur, convaincu par le signe miraculeux.

Malheureusement, de ce regard éphémère et de cette bouche illusoire peints par le pur hasard je ne reçus que fiel et âcreté : l'appétissant globe de chair et de sucre à la surface composée d'artifices était pourri.

J'avais avalé l'amer et la mort. 

Mais à cause de ce mirage esthétique, j'eus l'ivresse du jus de Beauté.

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https://www.youtube.com/watch?v=G4xe5m2S2og

lundi 27 août 2018

1290 - De la cave au Soleil

Elle s'accordait fort mal -et pour tout dire même pas du tout-  avec la banane de Guadeloupe, la passoire à nouilles universelle et le filtre à huile des tracteurs de nos campagnes métropolitaines.

Mais s'alliait très bien aux poétiques reflets lunaires de l'automne ou aux romantiques clartés oniriques des astres, qu'ils soient morts ou allumés.

En un mot, elle n'avait rien du fromage odorant.

Totalement incompatible avec l'image du camembert de Normandie, Farrah Fawcett vivait, au moins officiellement, aux antipodes des exquises mais franchouillardes puanteurs des plus hauts mets gastronomiques de notre civilisation éternelle.

Parfois affreusement ridicule avec ses apparats pas de chez nous, ses inesthétiques et inutiles artifices, d'autres fois angéliquement immatérielle dans ses plus purs éclats, cette astrale incarnation du Beau doit son salut cosmico-vénusiaque ou plus simplement plastico-galactique à la lumière azuréenne de sa face plus comparable aux feux éblouissants de la Voie Lactée qu'aux odeurs poisseuses du Munster en boîtes carrées de nos contrées.

Ma plume inspirée rehausse de sa densité de plomb et de son prix d'or sa renommée de paille et de strass.

Partir des trésors capiteux de nos terroirs à pâte dure ou molle s'épanouissant comme des fleurs mûres sous nos cloches pour arriver aux étoiles en y associant le nom de celle qui fut aussi loin du lait en fermentation et aussi proche du firmament, tel fut mon but dans ce présent texte aux apparences aléatoires mais néanmoins finement abouti.

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https://www.youtube.com/watch?v=78Sk3hZnGzE

vendredi 24 août 2018

1289 - Perché sur un toit

A Warloy-Baillon dans mon enfance, l'été il y avait des jours sans soucis, des vaches dans les pâturages, des ivrognes dans les caniveaux, l'infini au-dessus des ardoises et quelques légendes courant dans les rues.

Ca sentait la liberté, le gazon coupé, les frites, le fumier et aussi les vagues de la mer, cette mer de Cayeux qui était loin...

Je regardais l'azur, l'immense, le clair, le mystérieux azur. Calme, statique, infini, inaccessible et omniprésent.

Je fixais cet espace bleu depuis le sommet d'une maison sans âme, blanche, carrée, froide où par jeu, par goût de la puérile aventure je m'étais réfugié, trouvant là une hauteur inattendue au hasard de mes quêtes enfantines.

Et je sentais que pénétrait en moi, du haut de cette aire d'observation improvisée, la lumière des choses impalpables, les vérités du Cosmos dévoilant ses traits éclatants, l'évangile d'un visage enfin.

Cette face capitale était féminine, angélique, irréelle.

Perché sur ce toit anonyme, réceptif aux célestes principes en vertu de mes juvéniles années, divines grâces et neuves clartés, j'éprouvais le sentiment de l'éternité, la joie d'être dans le Beau, le miracle d'exister.

Ce Ciel, cette lumière, ce Soleil parmi les vaches, les vagues, les ivrognes et les patates frites, c'était Farrah Fawcett.

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https://www.youtube.com/watch?v=IYtT_Pcj42A&feature=youtu.be

jeudi 23 août 2018

1288 - Un Arlequin sur les cailloux

Les rues étaient terribles. Obscures, pesantes, sinistres.

Du noir, partout. De la grisaille au lieu de l'azur.

Les maisons épaisses, profondes, inquiétantes semblaient des monstres de pierres et de tristesse répandant de l'ombre, diffusant autour d'elles un mortel désespoir, épiant les passants de leurs fenêtres malveillantes, crachant de leurs cheminées des outrages à l'adresse du Ciel.

Farrah Fawcett apparut dans le brouillard de cette cité sans nom.

Et le contraste entre la Vénus yankee et cette Babylone de déprime formait un tableau sublime et grotesque.

Farrah Fawcett devenait ridicule tout en arborant des allures glorieuses.

Et la ville rendait encore plus lourde son atmosphère.

Tout sombrait. Tout gémissait. Tout s'opacifiait.

La visiteuse ne se sentait pas à sa place dans cet univers lourd, ténébreux, "dynosaurique".

Et pourtant de cette disharmonie criante, de cette brutale contradiction émanait un charme singulier, informel, inédit.

Comme si la pierre préhistorique s'était alliée à la rose médiévale pour offrir des vitraux cathédralesques aux temps modernes et des rêves sans fin aux siècles futurs...

Sur l'agglomération soufflait un vent froid et de ses toits s'élevait une prière inhabituelle. Au-dessus de son éternel malheur planaient des oiseaux étranges.

Les nues se chargeaient, l'horizon se bouchait, le soir s'installait.

Face à ce Polichinelle de lumière, nul ne s'attendait plus à voir le jour se lever.

On parla longtemps de l'intruse.

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https://www.youtube.com/watch?v=GalBBYv3RIY&feature=youtu.be

lundi 20 août 2018

1287 - De l'intestin à la destinée

Avec sa tête de Lune et son corps de salamandre, Farrah Fawcett était une rocaille de grand prix, un silex éclatant, une effigie de taille à facettes uniques.

Cette statue née sur le sol vénusien chiait néanmoins sur notre bon vieux plancher des vaches.

C'est bien le reproche essentiel que je lui fais.

Cette créature issue du Ciel était cependant des nôtres. Ni déesse ni fée, il faut rester réaliste, cette transcendantale image se comportait en commune humaine.

Selon les normes ordinaires de l'honnête esthète, l'excrément est définitivement incompatible avec l'or des faces supérieures.

Mais lorsqu'il sait dépasser ces cadres strictement académiques, il accepte le mystère, l'inexplicable, la grâce pure.

Alors la merde n'est plus un problème.

Elle s'intègre joyeusement, magistralement au tout cosmique.

Plus rien ne s'explique, tout est accepté comme un miracle divin.

Tout n'étant après tout, objectivement et subjectivement, qu'affaire d'angle de vue. 

Derrière son sourire on peut choisir de voir soit la fleur vive, soit le ricanement du crâne sous la stèle.

Moi, sous l'ordure intestinale je perçois la lumière de l'intelligence suprême conceptrice des plus ingénieuses et poétiques solutions à nos embarras gastriques.

De même, sous la peau de cette poupée lunaire, je reçois toute la clarté de l'Univers.

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https://www.youtube.com/watch?v=CN1WUhYJba4&feature=youtu.be

mercredi 8 août 2018

1286 - Virginia VOTA

Virginia VOTA n’est pas une jeune femme moderne.

Cet inattendu jupon de la phallocrate “fachosphère” n’est, en effet, pas du tout l’archétype de la femelle de notre temps.

Elle pense, ce qui est déjà notable. Mais pas seulement : elle pense bien.

C’est à dire droitement, avec justesse, virilité, vaillance. Les vertus mâles par excellence...

Une pensée féminine au service du vrai et non de l’abstrait, de la vérité et non de l’ivraie.

Ce qui en fait une jeune femme, finalement, très moderne.

Il serait évidemment fort tentant d’associer Virginia à l’autre pucelle lustrée par l’Histoire. Trop facile, trop réducteur pour celle qui chevauche des montures bien de notre époque... Et qui, précisément parce qu’elle est de notre époque, en comparaison embrasse des causes encore plus héroïques !

Jouer à la Jeanne comme une sainte image ?

La sage et électrisante VOTA, qui de son propre aveu ne vota jamais en notre république, a des cordes plus éclatantes à son arc.

L’activiste aux yeux grands ouverts est en avance sur son siècle.

Tout simplement parce qu’elle ose défendre non les modes mais le monde. Non le cauchemar féministe-égalitariste mais l’enchanteresse galanterie basée sur la force du lion et la grâce de la gazelle. Non l’hystérique fausseté mais l’historique réalité. Non les flatteurs et flottants mensonges mais l’intemporel évangile, l’immuable lumière régissant les grands principes de l’homme et de l’Univers.

Les plus simples évidences qu’elle s’ingénie à rétablir sont effectivement considérées comme les plus détestables hérésies de notre société éprise d’émancipation frelatée, de liberté en toc, d’égoïsme, de blasphèmes, de jouissances perverses et autres enivrantes immoralités.

C’est dire combien est âpre, courageuse, méritoire sa mission...

Cette apparente oiselle a du plomb dans la tête, ce qui fait d’elle un argument de poids.

Bref, pour toutes ces raisons notoires et glorieuses, moi Raphaël Zacharie de IZARRA je déclare Virginia VOTA reine de la volaille pensante.

Belle, et de surcroît, intelligente : telle s’impose cette ailée d’envergure.

Habituellement, nous les machos, nous n’en demandons pas tant aux ordinaires volatiles...

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https://www.youtube.com/watch?v=XcSPxHUTB0c&feature=youtu.be

mardi 7 août 2018

1285 - Le beau souffle

Il y avait le vent, l’onde, l’azur.

Eole avait le visage des grands événements avec ses regard rayonnants, l’eau répétait la lumière plus pâle et plus fraîche, tandis que le ciel prenait des airs d’éternité.

Tout était clair.

Les vagues pleuraient comme des mouettes et roulaient de rire. J’entendais les paroles sourdes des galets, reconnaissais des fronts dans les formes, associais des faces aux images, voyais une femme partout.

Le Soleil inondait les êtres de son universelle vérité.

J’étais un enfant, j’étais là, j’avais des sentiments de roc, des vertiges de géant, des ivresses d’oiseau.

Et mes pas sans mesure m’emmenaient au-delà du jour, et je voyageais dans le monde des dieux, et je côtoyais des âmes d’envergure qui de leur doigt glorieux me désignaient le bien, le beau, le vrai.

Farrah Fawcett était le cygne de leur volonté, l’ailée, la blanche, la pure envoyée sur Terre pour répandre l’angélique évangile du bien, du beau, du vrai.

J’ai perçu leur message, je témoigne aujourd’hui que la Création mérite vos prières, vos souffrances, vos joies et votre amour de vermine, votre flamme d’incarnés, vos espérances de mortels, votre rédemption de pécheurs.

Il y avait le vent, l’onde, l’azur.

C’était le Cosmos.

Et il y avait son oeil.

C’est à dire son centre, sa fleur, son parfum.

C’était Farrah Fawcett.

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https://www.youtube.com/watch?v=ZnAlu2mtjr4&feature=youtu.be