mercredi 16 septembre 2015

1132 - Je déteste donner aux mendiants !

C'est essentiellement parce que je suis radin, égoïste, mesquin, bref jaloux de mon pécune, que je détesterais me délester de ces quelques piécettes ordinairement convoitées avec une avidité déplacée par l’indigent de base.

Ma monnaie alourdit délicieusement ma bourse et je me sens rassuré par ce balancement plein de promesses dans ma poche lorsque je marche vers la boutique du boulanger-pâtissier. Plaisir que ne connaît pas l’indélicat miséreux aux yeux plus gros que mon escarcelle. Et qui, ignorant tout de ma belle vie raffinée, voudrait me priver de cette humble ivresse au nom de son ogresque appétit de sans-le-sou !

Je préfère offrir mon mépris au tendeur de sébile et garder mon précieux trésor de centimes plutôt que lui faire la charité. Je n’éprouve de toute façon aucune satisfaction particulière à faire le bonheur éphémère d’un mendigot qui ne connaît que le goût grossier des mets les plus vils. En revanche je suis comblé lorsqu’un savoureux gâteau au beurre fin honnêtement acquis grâce à mes beaux sous-sous passe de l‘étal du vendeur à mon panier.

Entendons-nous : en réalité je ne morgue nullement le nécessiteux attendant de moi sa petite merveille quotidienne bien sonnante, non. Je dis juste qu’il m’est moins désagréable de passer à ses yeux pour un salaud de riche qui le méprise que de recevoir sa gratitude, aussi profonde soit-elle, au prix de la séparation de deux ou trois rondelles de fer... Sacrifice exorbitant pour un avare de mon espèce. Oui, j’aime mieux lui donner l’image d’un malpropre et conserver ma ferraille que le voir se prosterner à mes pieds en signe de reconnaissance et perdre deux ou trois de mes radis. Garder le plus longtemps possible le métal frappé qui distend exquisément l’intérieur de ma veste, telle est ma priorité dans cette société mal assortie où se côtoient les gens fortunés et les crève-la faim.

Je n’ai rien contre les professionnels de la pauvreté, je l’assure bien. Leurs moeurs de mal-vêtus ne m’outragent en rien, ni leur absence de goût pour les meilleures choses de ce monde. J’estime même que leur métier de quêteur est louable car ils tentent de vivre grassement -mais sans toujours  y parvenir-  avec la générosité des travailleurs, des allocataires, des chanceux, des bien-nés, bref des nantis.

Le seul reproche que je peux leur faire, c’est que l’immense majorité d’entre eux méprisent sans mesure ni nuance mon avarice, ma mesquinerie, mon égoïsme.

Alors que c’est uniquement pour ces raisons, et pour aucune autre, que je ne leur donne pas mon argent.

VOIR LA VIDEO :

https://rutube.ru/video/f1faa8bd893ea4ac23abafd4df13cc85/

http://www.dailymotion.com/video/x375u45

mardi 15 septembre 2015

1131 - J'attends la neige

J’attends que la neige tombe, qu'elle change le monde en un vaste refuge d’esthète, éphémère et sublime.

Dés l’apparition de cette lave immaculée jusqu’à sa fonte, je ne suis plus qu’un hibou errant dans la nuit glaciale. Et je m’enivre de ce givre qui effraie les frileux et fait chanter les hôtes de l’hiver.

Mon coeur n’est pas un soleil ardent mais un diamant fait d’eau gelée dédié au Cosmos. C’est une pierre pure, dure, sévère et limpide comme le cristal reflétant les lointains espaces sidéraux, les inaccessibles océans stellaires, les pensées issues des confins de l’Esprit.

Insensible aux misères humaines, il ne brille que pour les causes désincarnées, les êtres sans émotion, la Poésie, la voûte nocturne et la banquise.

J’attends que la neige recouvre tout : sous la poussière nivéenne je me change en créature d’idéale lumière. Je suis alors l’image immatérielle d’une froide chandelle éprise de beauté figée.

Quand l’écume de décembre fait taire les rampants et rentrer les moutons, je m’éteins au monde pour me rallumer aux étoiles. Là, je deviens une statue contemplant l’infini. Et avec mes ailes de marbre, je rejoins l’éther.

J'attends la neige car ce qui bat dans ma poitrine n’a pas de chaleur, pas de sève, pas de couleur. Mais ce qui illumine mon front est fait de ciel, et rien que de ciel.

VOIR LES DEUX VIDEOS :

https://rutube.ru/video/f156dfc6cf1df31bf54c20d0849d30f4/

https://rutube.ru/video/a7937d0ab9691e1bf034344a3adcf3ab/

https://www.youtube.com/watch?v=xNm1MNgdf3Q

http://www.dailymotion.com/video/x370h0m

http://www.dailymotion.com/video/x56w01f_j-attends-la-neige-par-raphael-zacharie-de-izarra_travel

samedi 12 septembre 2015

1130 - Les rigoles de mars

En mars les averses traversent mon coeur avec heurts dans un fracas de haricots.

Des casseroles entières de cette eau aiguë comme des lames se déversent dans ma cervelle allumée. L’onde de la saison tranchée est une soupe glacée au goût âpre et vert de terre et de lune mêlées.

De ces flaques de pluies surgissent des horizons flous, des clartés incertaines, des mers profondes, des brumes éclatantes. 

Images sévères de flammes lointaines et frigides. Et je me laisse emporter avec délices dans cet azur de grisailles et d’écume céleste issu du caniveau.

Alors ma mélancolie naît d’un mélange de vapeurs. L’une issue de la cuisson des artichauts, l’autre constituant certains nuages aussi blancs que la neige.

En ce mois des germinations tout est en ébullition dans mon potiron. Ma coquille est pleine des flots tristes mais féconds qui dans une même chute suprême et universelle humectent le sol où glisseront bientôt les escargots dans la mollesse et la sérénité de leur soleil liquide aux rayons aqueux. Les pieds dans l’eau, les pensées en l’air, je me noie dans mars comme je me noierais dans un océan sans sel, sans chaleur, sans couleur, mais avec des vagues qui ressemblent à des oiseaux.

Dans les sillons creusés par les douches frigorifiantes de mars, des ruisseaux se forment. Vifs et argentés. Et à travers ces tourbillons de joie à basse température des visages apparaissent et me parlent de choses mystérieuses, d’espaces infinis, de hauteurs incommensurables, de mondes étranges, de beautés nouvelles, de fromage à faire fondre sur mes artichauts.

Et c’est sur cette évocation alimentaire que mon spleen si doux se transforme en sinistre tristesse.

Mais très vite, du fond de ce gouffre de molécules matériellement nourricières, je parviens à prendre appui pour mieux remonter jusqu’à l’éther de l’esprit. Tel est le miracle de mars.

Mars est devenu pour moi le plus morose, le plus riche, le plus redouté, le plus attendu, le meilleur et le pire mois de l’année. Avec ses séductions froides et pénétrantes comme des silex, il a détrôné les chaudes, chatoyantes, écoeurantes douceurs de septembre.

Liste des textes

1328 - Je suis apolitique