mardi 26 juillet 2011

924 - Les bondieuseries de Marguerite-la-Pieuse

Marguerite est une grande autruche plate de quarante ans qui va à la messe tous les dimanches.

Vierge, superstitieuse, toujours propre sur elle, bête, vertueuse, fière, travailleuse, elle est avant tout fascinée par les crucifix, allant jusqu'à agencer ses carottes, navets et petits pains -savamment coupés- en formes de croix dans son assiette.

Autant dire en formes phalliques.

Horrifiée par le plaisir sexuel, Marguerite s'est réfugiée depuis ses premières règles dans la plus perverse des bigoteries.

Lourdes est sa passion officielle, le phallus énorme de monsieur le curé (qu'elle devine sous la soutane) son véritable objet de culte.

Elle maudit les hommes, chérit la grande croix de son église, exècre les fringants gendarmes, abhorre les femmes mariées, adore son petit dieu d'acier qui danse sur ses seins flasques et stériles au rythme de ses petits pas secs de vieille rosière haineuse.

Marguerite-la-Pieuse aimerait et détesterait tout à la fois avoir un énorme pieu de chair entre ses flancs de femelle inféconde.

En cachette Marguerite aime rayer avec sa petite croix les noms des morts du village qu'elle a connus dans le livre du souvenir entreposé à l'entrée du cimetière... D'une des quatre pointes de son crucifix elle déchire consciencieusement le papier afin de profaner les noms des défunts avec qui elle avait entretenu d'excellentes relations, jadis.

Innocente perversité de bigote rongée par le feu utérin...

Et fantasme chaque nuit sur ses pires ennemis, c'est à dire, pour être exact : le fils de monsieur le maire, le garde-champêtre, le jardinier de la châtelaine ainsi que le frère de l'instituteur, tous membrés comme des ânes à ce qu'il paraît. Du moins d'après les rumeurs du bistrot qu'elle est pourtant censée de jamais fréquenter... Le curé, joliment pourvu lui aussi fait exception puisqu'elle le déteste et l'adore en même temps. Avec lui c'est ami-ennemi, miel-piment, acide-amer et pour tout dire fleur-fumier. C'est que Marguerite est une nature bien tranchée, entre profonde sottise et hargne extrême.

Cette quadragénaire stupide collectionne avec frénésie tout ce que Lourdes et le monde peuvent produire de hideux.

Chez elle ça pue le formol, la mort et la naphtaline. Dans sa bibliothèque, des livres pleins d'affligeantes niaiseries avec des illustrations d'un total mauvais goût côtoient les oeuvres les plus révoltantes de Sade. On y trouve également d'effarantes inepties écrites par des inconnus édités chez "La Pensée Universelle". Sous ce monceau d'hérésies livresques s'accumulent des boites remplies de répugnantes bondieuseries faites de plastique et de toc.

Marguerite dort la porte fermée à double tour.

Dans son antre bien clos dédié à l'honnêteté, on peut y croiser le fils de monsieur le  maire mais aussi le jardinier de madame la châtelaine. A bien y regarder on y reconnaît également le frère de l'instituteur et le garde-champêtre... Quatre ennemis bien alignés sous le lit !

Sous forme de poupées rageusement confectionnées par ses soins.

Semblables à ces Vierges en plastique venues de Lourdes pour trôner sur des postes de télévision ou hanter les salons indigents.

A ce détail près que ces petits messieurs de bois et de chiffons sont d'outrancières effigies sexuelles.

Et sous son oreiller, le plus haut-placé de ses cinq chères, furieuses, authentiques obsessions-détestations...

samedi 23 juillet 2011

923 - Vacuité du téléphone portable

Le téléphone portable concentre à lui seul les pires travers du monde contemporain : vulgarité, inutilité, fatuité, laideur, pollution de l'esprit.

Symbole de la nullité culturelle, emblème de l'insignifiance, étendard des minables, arme des âmes indigentes, prolongement vide des esprits creux, le téléphone cellulaire est un sifflet pour humains à cervelles d'oiseaux.

Avec ce flatteur instrument de fausse communication notre société a érigé le bavardage en nécessité vitale, donné ses lettres de noblesse au quotidien stérile de gens sans importance, fait descendre dans la rue les bruits de chiottes des individus n'ayant rien d'autre à se dire que de disserter sur leurs chasses d'eau.

Je déteste par-dessus tout ce gadget clinquant pour adulte immatures. Pour moi le comble du mauvais goût consiste à se trimballer avec cet objet qui non seulement est parfaitement inutile mais encore onéreux, hideux et dont les frémissements sonores sont aussi imprévisibles que criards.

Dûment équipés de ce joujou superflu mais n'ayant pourtant rien à se dire, les propriétaires de téléphones portables sont des veaux qui se transmettent leurs beuglements. Bien sûr dans les faits ils se transmettent des paroles à travers les ondes, mais celles-ci sont si dérisoires et ineptes que cela revient à ce que des veaux s'envoient des beuglements à travers les airs.

La populace affectionne singulièrement le téléphone portable et ce n'est pas un hasard. Cet appareil de haute technologie est à la plèbe ce que le téléphone arabe est à la noblesse : une marque de distinction.

mercredi 13 juillet 2011

922 - De la star à la tare

C'est une femme superbe.

Une star.

Elle brille du fond de ses yeux jusqu'à la surface de ses dents.

Sous le soleil de la gloire, son regard sophistiqué fait rêver le monde entier. Son front mat, sa peau parfaite, sa chevelure rayonnante et ses lèvres comme des sculptures de marbre rose inspirent admiration, respect, dévotion.

Et avivent toutes les flammes du coeur humain, de la plus modeste à la plus rare.

Mais une fois les feux d'artifice éteints et le fard ôté, le papillon perd ses ailes : le front nu laisse apparaître de tristes sillons, la peau de sirène devient surface flasque, la coiffure dégonflée est un amas de feuilles mortes et les lèvres débarrassées de leurs huiles dorées ne sont plus que vieilles pelures d'orange.

Dans le secret de sa chambre et sans autre témoin que son miroir, loin de son autel public, la créature divine n'est plus qu'une terne ménagère pareille à tant d'autres.

Et la star dégraissée de ses mensonges esthétiques ressemble terriblement à ma voisine de palier qui, elle, porte toujours l'âpre vérité sur sa face intacte.

VOIR LA VIDEO :

https://rutube.ru/video/a38dfd867e726d7cb479bcbde379f76c/

http://www.dailymotion.com/video/x4yels7

Liste des textes

1328 - Je suis apolitique