jeudi 27 septembre 2012

970 - La religion des porcs

Ils parlent avec gravité de l’entreprise qui les emploie, sont prêts à se battre comme des chiffonniers pour défendre leur place, espèrent voir la progéniture hériter de leur chance de salariés, pleurent à l’idée de perdre leur situation, souhaitent la mort des patrons qui les licencient...

Pour ces animaux l’emploi représente tout.

L’unique salut qu’ils reconnaissent est l’accès au mode de vie standard mettant à l'abri des privations matérielles superflues. Le chômage est leur enfer, le salaire la récompense suprême de leur existence de minus.

La sainte paye, endorphine mensuelle permettant de combler les rêves matérialistes les plus ineptes : rembourser quelque ignoble maison Phénix, partir en vacances chaque été, ne jamais manquer de canapés, de vérandas, d’automobiles lustrées, renouveler régulièrement portables, télévisions, i-pad, remplir quotidiennement le frigo de bidoche, de yaourts, de coca-cola...

Ils prennent tellement au sérieux la religion qui les engraisse qu’ils se suicident dès la trahison de l'employeur, la fermeture de l'entreprise ou la perte de clients. Incapables de vivre hors des auges, ils préfèrent la mort au déshonneur.

Ils ont leurs héros, leurs martyrs, leurs cathédrales et leur Verdun : FLORANGE, MOULINEX, RENAULT, MARC THIBAULT...

Ces noms gravés dans les coeurs assoiffés de justice consumériste, inscrits sur les frontons de la conscience dupontesque sont désormais entrés dans l’Histoire des minables.

VOIR LA VIDEO :

https://rutube.ru/video/6a57bf3f2d7a845dfe2a7e37c50076f6/

lundi 17 septembre 2012

969 - Je déteste les amis

Moi, je n’ai pas d’amis.

Et c’est très volontaire. Je n’aime pas m’imposer cette société superflue dont tout individu socialement inséré se croit obligé de faire étalage pour paraître respectable.

Les amis, cela équivaut pour moi à du vulgaire ameublement social, de l’artifice relationnel, d’inutiles soucis, maintes sources de futilités et autres causes secondaires autant qu’embarrassantes.

Hors de chez moi ces compagnies niaiseuses, parasites et indigestes ! J’apprécie bien trop l’art de vivre seul pour m’encombrer de ces meubles bavards. Je suis un solitaire allergique aux discutions oiseuses, aux soirées bêtifiantes, aux rires partagés pleins de sottise, aux conversations d’imbéciles, aux politesses compliquées.

Je me passe fort bien de ces corvées mondaines sans lendemain, insanes et grotesques, particulièrement polluantes pour l’esprit.

Bref, je déteste les amis. Ils sont d’ailleurs mes pires ennemis.

Les rats rusés, souris discrètes, chauve-souris fugaces et insectes mystérieux peuplant ma maison de la cave au grenier me sont infiniment plus sympathiques que ces singes jacasseurs, buveurs, grappilleurs, égoïstes et hypocrites cherchant à se faire stupidement aimer de leurs hôtes en leur parlant de leur insipide existence, de leurs dernières vacances, de leurs préférences cinématographiques...

Ou pire, de football jusque tard dans la nuit.

La faune nocturne murmurant sous mon toit, frôlant parfois mon lit, me fait rêver au coeur de la nuit tandis que le verbiage des invités d’un soir m’ennuie mortellement.

Les amis c’est une perte de temps, d’énergie, d’intelligence.

Un gâchis de vie.

Alors que les visiteurs clandestins quadrupèdes, ailés ou rampants, visibles ou furtifs tournant autour de ma table, s’approchant de ma couche, se cachant dans mon jardin sont un puits de vraies réflexions, un gain onirique, d’excellentes raisons de m’éloigner encore plus de ceux qu’on appelle “amis” pour mieux connaître ces charmants voisins que je nourris avec quelques miettes de pain et si peu de paroles en l’air.

VOIR LA VIDEO :

https://rutube.ru/video/534cef8830beec929a133079a7c1fb9a/

http://www.dailymotion.com/video/x3wbmgl

dimanche 9 septembre 2012

968 - Le dégel de mars en plein septembre

Le ciel était vaste, sombre et glacial.

Et étrangement entrecoupé d’éclaircies, ce qui en cette fin d’après midi donnait à la nue agitée un aspect irréel, une atmosphère onirique.

Au crépuscule, le soleil éclaira la plaine toute entière. Avec le vent froid et les nuées bouillonnantes, le couchant fut interminable, grandiose, plein de tristesse.

Mais pas seulement.

Vingt ans après je m’en souviens toujours. C’était en septembre 1992, j’étais sur une route nationale reliant Chaumont-sur-Marne à Paris.

Qu’y avait-il de si remarquable dans ce soir enflammé de septembre ? Tout en contemplant le spectacle de la saison derrière la vitre, je sommeillais sur le siège passager du véhicule m’emmenant vers la capitale... Mais je ne rêvais point.

Le mystère -car c’en était un- semblait se dérouler à l’horizon, en réalité tout se passait en moi. A travers un tableau aux dimensions cosmiques, les éléments mettaient en scène les étendues terrestres et célestes autour de moi, autant dire l’Univers, mais l’essentiel consistait en cet automne intérieur. Un septembre aux allures de mars. Le dégel de la pensée, l’éveil de la sensibilité, les germes de la vie, entre lumières et giboulées, pluies et bourrasques, ombres et lueurs, onde et feu.

J’avais la tête dans les nuages.

Joyeuses et glacées, tranchantes et mélancoliques, ténébreuses et légères, telles m’apparaissaient les vagues de cet océan aérien de plus en plus rouge, déjà obscurci par la fuite d’Hélios.

Si bien qu’à travers ces flammes crépusculaires à la densité amplifiée, ma vision devenue nocturne se prolongea à l’infini. Et ma vision intérieure s’élargissait, elle aussi, à l’infini.

Mes yeux accédaient bientôt aux étoiles entre deux trous de nuages, mon âme à des astres immatériels.

Le monde palpable venait de s’entrechoquer avec la poésie dans un fracas hautement spirituel. A partir de ce jour tout me parut beau dans la Création : boue et diamant, gel et fonte, froid et sècheresse, clartés et brouillards. Plus rien ne m’offensait entre sol et zénith. Loin sous mes pieds jusque très haut au-dessus de ma tête, du vermisseau aux constellations en passant par le sable, l’or et l’excrément, pour moi tout brillait d’une égale gloire, tout procédait d’un même miracle sous mon regard transformé.

Tard dans la nuit Paris fut à portée de vue, annoncé par ses.éclats d’usage et de luxe. Je ne me souciais plus de la raison de ma venue dans la ville lumière, cela n’avait plus d’importance.

Le ciel était vaste, glacial, encore plus sombre. Je ne savais plus si nous étions en mars ou en septembre, noyé dans les brumes de l’indéfinissable, hanté par ce crépuscule énigmatique que je n’oublierai jamais.

Je décidai de descendre avant d’arriver à Paris et de poursuivre ma route ailleurs, à la verticale, nulle part, au hasard...

Liste des textes

1328 - Je suis apolitique