samedi 31 décembre 2011

942 - Lettre virile à ma mémé molle

Mémé,

Voilà que tu as eu 80 ans cette année !

Pour ce jour de l’an moi ton petit fils adoré je vais t’offrir le plus merveilleux cadeau que tu aies jamais reçu de ta longue existence : le cadeau de la vérité.

Non tu vois ce genre de présent ça ne se mange pas, ça ne se pose pas sur le poste de télévision, ça ne s’accroche pas au rétroviseur intérieur des voitures et pas plus ne s’exhibe sur leur plage arrière.

Ce don-là est infiniment plus précieux que ces stupidités auxquelles tu es accoutumée depuis tes 80 dernières années stérilement passées sur Terre à radoter sur le prix de la salade, la variabilité des saisons ou tes recettes de cuisine...

Il te donnera une vision fulgurante des choses, t’ouvrira une porte salutaire dans ta pauvre tête de vieille débile que tu es.

Comme tu l’auras remarqué, le ton de ma lettre est inattendu.

Tu dois être surprise et même choquée car ces mots changent radicalement avec les sempiternelles imbécillités mielleuses, grotesques et navrantes que depuis trop longtemps tu as eu l’habitude de recevoir, que ce soit par la poste ou de vive voix. Non seulement de ma part mais surtout de la part des autres crétins qui te ressemblent.

Grand-mère, j’estime que tu vaux mieux que cette image de vieille demeurée renvoyée en permanence autour de toi.

Avec tes attentes matérialistes de retraitée frileuse mentalement sclérosée, culturellement lobotomisée, avec tes propos ineptes de sotte superstitieuse, tes réflexions indigentes d’ignare, ta coupable paresse intellectuelle, tu es toujours passée à mes yeux pour la reine des abruties... Le stéréotype parfait de la décrépitude intellectuelle.

Mais aujourd’hui je veux te considérer comme un être humain avec ses glorieuses potentialités et non plus comme une loque cérébrale, une ânesse au ciboulot rétréci, cette image que tu t’es si bien ingéniée à me donner de ta piètre personne... Alors je te parle avec une vraie sincérité ici.

Déjà, rends grâces au Ciel de ne pas m’avoir contaminé avec tes moeurs lamentables. A ton contact depuis tout petit j’aurais pu hériter en partie ou en totalité de ta misère intérieure. Tu te rends compte des dégâts que ton incommensurable bêtise aurait pu occasionner sur ma jeune âme ? Dieu merci, je n’ai jamais singé cette vache ruminante à la cervelle en ruine qui me servait de grand-mère !

Non grand-mère je ne suis pas le petit fils “sage, doux et gentil” que tu crois. Je ne suis pas le reflet de ta déplorable image. J’ai joué le jeu du petit fils lisse, placide, ordinaire afin de ne point te déplaire. Mais surtout, parce que je n’ai jamais eu le courage d’affronter la montagne de nullités que tu incarnes. Cela me semblait au-dessus de mes forces de tenter de t’extirper de ton fumier atavique.

Je me suis mis à ton niveau parce que j’ai toujours pensé que tu ne comprendrais pas le discours de l’intelligence.

Mais cette année tu as eu 80 ans, aussi ai-je décidé qu’il était temps de te dire des choses essentielles. Donc pour la traditionnelle carte de “bons voeux sincères”, de “bonne sante” et toutes ces inepties qui vont avec, c’est raté !

N’y songe plus, à partir de maintenant tu vas commencer à grandir mémé. Grâce à moi. 


Hé oui car contrairement à toi, moi je pense, je réfléchis, je suis sensible, pénétrant, courageux.

Tu as 80 ans et avant que tu ne meures je te donne l’occasion de regarder la vérité en face.

Au lieu de lire avec une satisfaction de concierge en déliquescence tes cartes de “bonne année” et de “voeux sincères” tu devrais plutôt t’occuper à envisager avec hauteur et courage la proximité de ta mort qui te délivrera, du moins je l’espère, de ta prison de vacuité.

Ce que je t’aide à faire précisément à travers ces voeux d’un genre inhabituel...

Tu vois mémé, tu vas mourir et contrairement à ce que tu espères, je ne pleurnicherai pas à tes funérailles et tu sais pourquoi ? Parce que ta mort mémé sera un événement banal, d'autant que nul ne se souviendra de toi en termes flatteurs. Tu n’as rien apporté d’autre à la société que l’exemple comique et désolant de l’inertie, de la puérilité, de l’inanité.

Ton immaturité, ton insignifiance, la graisse de ton esprit atrophié sont des insultes à la beauté du monde.

Ta vie de ménagère sans autre horizon que les cancaneries de voisinage ne fut qu’une pitoyable croissance de légume.

Puisse cette lettre héroïque t’éclairer, te rendre ta dignité, te faire prendre conscience que tu es en réalité un être d’essen
ce divine capable du meilleur et non ce navet stagnant du berceau à la tombe dans un potager humain.

Bonne année 2012 mémé !

VOIR LA VIDEO :


http://www.dailymotion.com/video/x2gumi8_lettre-virile-a-ma-meme-molle-raphael-zacharie-de-izarra

https://www.youtube.com/watch?v=91F8Mr9FuRQ

Liste des textes

1328 - Je suis apolitique