mardi 29 juillet 2008

795 - Richesses et misères du travail

Le travail peut être aussi bien être une aliénation qu'une libération si on tient compte des diverses sensibilités collectives et individuelles des personnes qui s'y adonnent.

Pour la plupart des personnes le travail (dans le sens du travail rémunéré pratiqué hors de chez soi à raison de huit heures par jour, bref ce qu'on nomme le "système") est non seulement un moyen commode, ordinaire d'obtenir honnêtement, régulièrement et légalement des ressources, mais constitue également un équilibre vital tant sur le plan psychologique que physique.

Que cela soit par choix, par nécessité ou par atavisme peu importe, le fait est là : pour cette partie de l'humanité le travail est une libération, un privilège, et sera même vécu comme une distraction.

Pour d'autres il sera une aliénation. Évidemment tout dépendra des circonstances socio-économiques, du contexte où se pratiquera le travail ainsi que de l'état d'esprit, de la culture, de la sensibilité de chaque individu. Cela dit le travail du "système" n'est qu'une forme consensuelle, traditionnelle du travail en général. Mais l'écrivain, le poète, voire le joueur de tiercé professionnel travaillent eux aussi, sauf que la forme est différente.

Le plaisir pour chacun d'eux est le même, rien ne diffère dans le fond. Que ce soit le labeur de l'ouvrier qui trouve son bonheur dans son usine ou le travail d'écriture de l'écrivain qui vit tous les jours son "paradis intellectuel" à travers ses pages noircies, le travail quand il est accepté comme un mode de vie épanouissant prend nécessairement une dimension positive.

Ouvrier, paysan, poète, PDG : dans tous les cas le travail fournira à celui qui s'y adonne avec coeur de glorieuses satisfactions. Il formera les muscles du premier, donnera une qualité de la vie au second, agitera les neurones du troisième, contribuera à l'assise socio-culturelle du dernier, chacun selon ses qualités dominantes. Bref le travail rend heureux socialement et/ou individuellement ceux qui s'y adonnent avec conviction : épanouissement physique et social pour le manuel, satisfaction matérielle pour l'artisan, enrichissement bancaire pour le commercial, jouissance cérébrale pour l'intellectuel, bienfaits culturels pour l'artiste...

Dans l'idéal tout le monde trouve son compte dans le travail tel qu'il est défini selon les critères pédagogiques de notre époque, qu'il soit professionnel ou privé.

En ce sens le travail, qu'il soit effectué sous une forme privée ou professionnelle, rémunérée ou non est utile et structurant pour la personnalité du travailleur, épanouissant pour lui car accepté et vécu comme tel. Entre l'homme qui passe ses journées dans son usine et celui qui la passe au bord de la plage, quelle différence dans le fond ? N'est-ce pas plutôt la manière de vivre les activités qui en font leur valeur, leur saveur ?

Bien vivre une journée à l'usine n'est-il pas préférable que mal vivre une journée à la plage ? S'il y a des gens qui sont heureux de travailler dans le "système", pourquoi vouloir à tout prix leur ôter ce plaisir ? Ils sont utiles tant à ceux qui travaillent qu'à ceux qui ne travaillent pas. Personnellement je m'ennuie très vite sur une plage. Une heure à ne rien faire étendu sur une plage est un maximum pour moi. J'imagine mal un ouvrier passer ses journées à ne rien faire après 40 ans d'usine. Même moi qui n'ai jamais travaillé je m'y ennuie au bout d'une heure...

Je prône certes la libération de l'homme par rapport au travail, mais exclusivement pour ceux qui y trouvent avantage. D'ailleurs le travail ainsi supprimé dans les usines où l'on aura mis des robots à la place des hommes sera de toute façon remplacé par un autre, plus ludique certes mais le fond ne changera pas : l'homme s'adonnera à des activités distrayantes quoi qu'il en soit.

Pourquoi ne pas admettre que l'ouvrier moyen considère son travail à l'usine comme une immense distraction permettant de meubler son existence, de donner un sens à sa vie entière, voire à sa descendance ?

L'activité de l'ouvrier que l'on aura remplacé par le robot dans l'usine ne sera de toute façon que déplacée, mais non supprimée car enfin il faut bien faire quelque chose de ses journées. Quand bien même cette activité nouvelle serait ludique, l'ouvrier sera-t-il heureux pour autant de se retrouver à faire du ski, du tir à l'arc, des siestes, des activités artistiques ou des promenades pédestres toute ses journées ? Il se pourrait bien qu'il regrette son usine...

Donc, prudence. Ne nous hâtons pas d'imaginer de belles théories en ce domaine. L'homme est bien plus complexe -et paradoxalement plus simple-, mais aussi plus imprévisible que ce qu'on pourrait croire. La théorie c'est bien, mais la pratique nous montre souvent que l'homme n'est pas toujours fait pour ce qu'on croit et nos belles idées n'ont plus de poids face à la réalité, laquelle est parfois beaucoup plus simple.

Ainsi on ne peut pas vraiment juger de ce qui fera le bonheur des autres. Moi je ne juge plus celui qui travaille et qui aime ça. Je demande en retour à ce que l'on ne me juge pas sur ma situation par rapport au travail professionnel, qui pour la plupart des travailleurs habitués à leur mode de vie sera considérée comme une calamité (mais qui à mes yeux est un immense privilège).

Ma situation me convient à moi, elle ne convient pas nécessairement au voisin. Nous sommes tous différents, c'est ce qui fait que les problèmes liés au travail ne sont pas applicables à tout le monde. Ainsi le travail remplacé par les machines peut être un progrès pour certains mais un non-sens pour d'autres. Je le répète, un travail bien vécu, épanouissant ne sera jamais considéré comme un travail. Et passer ses journées à faire des activités autres que des activités professionnelles ne sera pas nécessairement un gage de bonheur pour certains.

Après, que ce travail épanouissant soit rémunéré ou non, cela est un autre problème.

Aucun commentaire: