mardi 8 mars 2011

908 - Interview par "Le Figaro Littéraire"

Il ne paye vraiment pas de mine ! Au premier abord Raphaël Zacharie de IZARRA nous est apparu comme un oiseau assez commun, voire  franchement décevant.

On s'attendait à voir briller une pierre d'exception en l'approchant. Il nous a reçu avec un pantalon trop large, un pull over noir aux manches étirées, mitées à leurs extrémités. Ajoutons que son crâne rasé le fait ressembler à un ascète qu'il n'est pas. Sans parler de ses tics hilarants ruinant le tableau flatteur qu'il aimerait donner de lui, ôtant toute apparence sérieuse à sa personne ! Cela dit il a le verbe facile, un vocabulaire riche et désuet qui ne trompe pas sur sa véritable nature. Ses mots choisis, délicieusement poussiéreux, sonnent comme des cloches d'un autre siècle. Personnage étonnant ce Raphaël Zacharie de IZARRA ! Interview pas comme les autres :

Raphaël Zacharie de IZARRA, entre les flammes de votre blog incendiaire, les ondes bleues de votre ciel poétique et les mèches blondes de Farrah Fawcett, où vous situez-vous exactement dans notre monde plus terre à terre, vous qui êtes toujours dans les hauteurs ?

- Je me situe au Mans, préfecture de la Sarthe. Et puisque vous me demandez d'être exact, j'ajoute que je me trouve dans le Vieux-Mans et que j'y passe le plus clair de mon existence. Je vous ferai remarquer que je reste dans les hauteurs même ici avec les pieds bien posés sur terre puisque le Vieux-Mans, nouvellement et pompeusement renommé "Cité Plantagenêt", domine le reste de la ville, géographiquement parlant.

Au propre comme au figuré vous portez un regard souverain sur le monde qui vous entoure Raphaël Zacharie de IZARRA... Vous dégainez votre particule comme une épée contre ceux que vous appelez les "Dupont", c'est à dire les gens n'ayant pas votre degré d'éveil spirituel sous prétexte qu'ils s'aveuglent, se diminuent, s'abrutissent dans le travail, du moins c'est ce que vous prétendez. Vous vous arrogez le droit de fustiger les "faux pauvres" de France qui se plaignent de leur condition, selon vous, de "nantis qui s'ignorent", revendiquez de prétendus privilèges conférés par votre "de", deux lettres que vous considérez comme une grâce... N'est-ce pas un peu prétentieux et excessif tout ça ?

- Il est vrai que tenir un tel discours peut être déplaisant à certaines oreilles, surtout quand elles préfèrent les caresses lénifiantes des hérésies aux sifflement stridents de la vérité. Par définition la complaisance est molle, la gifle cinglante. Il est naturel dans ces conditions que tout messie des causes suprêmes à qui l'on ne demande rien venant foutre ses pieds dans la soupière de mélasse en plein milieu du repas soit mal reçu. C'est humain. Mais une cloche ça sert à attirer l'attention, précisément. Comment voulez-vous que je réveille les morts si je viens vers eux à pas feutrés ? Les violons sont faits pour bercer, les trompettes pour réfléchir. Les cuivres brillent avant tout... Si le silence est d'or, je dirais qu'il fait également ronfler... Tandis que le fracas est un puissant anti-léthargique ! (Au fait vous savez que si  je voulais je pourrais porter un beau chapeau ? Je n'en porte pas pourtant. C'est cher et ridicule. Mais ceci est une parenthèse. Revenons à nos moutons de Dupont.)

Tout de même monsieur de IZARRA, ne croyez-vous pas que ces Dupont que vous assimilez à de pauvres gens mériteraient de votre part plus d'indulgence ? On ne choisit ni sa condition personnelle ni sa maturité intellectuelle et encore moins son nom de naissance et les aléas de la vie font que parfois il est plus urgent de songer à se caler l'estomac que de s'amuser à compter les étoiles.

- Je ne dis pas le contraire. Mais rien ne m'interdit de tenir à côté de cela un discours parfaitement opposé, âpre, dur, intenable. Mon propos est inadmissible. C'est ce qui fait sa beauté.

C'est un sacré paradoxe que vous nous imposez là Raphaël Zacharie de IZARRA !

- Certes, voilà un beau paradoxe. Cela dit le propre du paradoxe est de ne pas suivre les voies bêtement rectilignes de la cohérence. Ce n'est pas le paradoxe qui me fait peur voyez-vous, mais les araignées.

Les araignées ?

- Oui, j'ai peur des araignées. Beaucoup plus que des paradoxes.

Et des femmes ?

- Oui certaines femmes me font peur : mais uniquement les belles, à plus forte raison les très belles. Cela dit, la peur donne des ailes. Il est facile même pour un esthète de province comme moi à l'allure négligée de séduire des choses ordinaires : communes filles de ferme ou sottes caissières de supermarché aisément impressionnées par quelques artifices verveux, cette espèce de volaille de sous-préfecture n'étant guère exigeante... Bien plus compliqué est de charmer une créature d'envergure, sophistiquée, parfumée, vierge, désirée ! Ce qui est quand même plus valorisant pour le conquérant, surtout s'il porte des pantalons trop larges et des pull over aux manches mitées. La vénusté d'une femme que l'on promène à son bras est un mets luxueux qui exige audace, ruse, patience, imagination de la part de l'heureux Machiavel des coeurs convoitant ses faveurs. Mais qui peut s'obtenir aussi, Ô miracle... par la magie de la particule !

Vous m'en direz tant ! Dites-moi Raphaël Zacharie de IZARRA, sérieusement ne vous moqueriez-vous pas un peu du monde ?

- Il n'y a que les hérétiques des valeurs subtiles, autrement dit les Dupont nous y revenons, pour penser que seuls l'argent, la pensée linéaire, les moeurs bovines sont monnaie d'évangile en ce monde. Moi je leur propose de lever les yeux non pas vers les étoiles, nul besoin d'aller aussi loin pour se "désengluer" les semelles, mais vers la Lune, ce qui n'est déjà pas mal et puis d'ailleurs c'est la même direction. Je donne l'exemple de " l'emparticulement " ou " emparticulage " des êtres primaires en essayant de faire accéder les Dupont à ces hauteurs dont ils ne soupçonneraient même pas l'existence sans mon doigt christique les désignant comme telles. Le principe izarrien est très simple, il consiste à ouvrir son esprit et se résume à ces quelques mots : "Volez mes frères, volez ! Vous avez des ailes et vous ne le savez pas ! En vérité je vous le dis, seule la particule sauve." Bien entendu la particule en elle-même n'est pas une fin en soi mais un symbole. J'entends par "posséder la particule" le fait de jouir d'une réelle hauteur de vue et par conséquent d'une authentique liberté.

Vous critiquez sans nuance la défense des valeurs matérialistes chères aux Dupont, comment vivez-vous Raphaël Zacharie de IZARRA ?

- Je vis grâce au labeur des Dupont. C'est bien la seule utilité que je leur trouve à ces misérables ! En échange de leur pain terrestre, je travaille à les édifier selon les critères célestes, voyez-vous. Malheureusement cet échange de bons procédés est bien peu équitable, même si je l'accepte avec la grandeur d'âme qui me caractérise : il faut savoir que ce que je leur offre n'a pas de prix et m'épuise littéralement certains jours, quand ils ne m'apportent qu'une richesse purement temporelle, profane et vulgaire... La justice n'est pas de ce monde et j'accepte ce sacrifice pour l'amour de mes semblables.

Vous savez peut-être retomber sur vos ailes mais peu de gens sont dupes. Croyez-vous pouvoir vous foutre encore longtemps des gens comme ça, Raphaël Zacharie de IZARRA ?

- Si je me moquais des gens, comme vous le croyez à tort, je les enfumerais avec des propos flatteurs, ferais ami-ami avec la gueusaille en la maintenant dans ses illusions matérialistes et proclamerais le triomphe des chaussettes sur l'éclat des idées par pur souci de paix neuronale et de confort spirituel. Mais j'ai fait le choix courageux de cracher à la face du mensonge, et c'est ce que me reprochent ses millions de bénéficiaires.

4 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

C'est bien, ces interview...
Mais je préférerai un portait chinois. Pour changer un peu.

J'aime bien les portraits chinois, j'en ai lu de très beau.Et plein d'enseignement, répondant à des questions du style
"si vous étiez un livre de chevet", "un plat culinaire de l' enfance","un film culte", "un instrument de musique","un sommet" "une injure" " un arbre"...

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

filledemnemosyne,

Certes, mais ce n'est pas moi qui fais les questions...

Je me contente de répondre au journaliste ici.

Raphaël Zacharie de IZARRA

filledemnemosyne a dit…

Des journalistes chinois...vous devriez bien en trouver un quelque part!
Ils ont des revues littéraires aussi là-bas.

Je plaisante, bien entendu...

Anonyme a dit…

C'est étrange M. IZARRA...vos interviews ne sont jamais publiées ailleurs que sur vos blogs...ni sur les journaux cités ni sur leurs sites webs...

N'en feriez-vous pas vous-même les questions ?