samedi 21 janvier 2012

946 - Sous la fange

Pieds nus dans les ordures, le front sale, les mains puantes, le corps décharné, il cherche des trésors dérisoires dans l’amas de détritus.

Intouchable issu des bas-fonds de Calcutta, nourri depuis toujours de misère et de peines mais détaché de toute vanité, il ne prend plus la peine de se redresser et passe son existence à quérir misérable pitance pour mieux s’éloigner des artifices de la vie. Destin austère qu’il a choisi de son plein gré...

Ou plutôt qu’il a décidé de ne pas fuir.

Conscient de n’être qu’une brise sur cette Terre, simple poussière dans le Cosmos, passager parmi tant d’autres dans le temps qui passe, il contemple le monde avec profondeur et légèreté, sans regret ni passion.

De temps à autre il lève les yeux vers l’horizon, plein d’espérance. Ce n’est pas un bien-être vulgaire qu’il attend, non une promesse de confort, d’or ou de feux factices. Il ne veut pas être riche d’apparences, de gloires temporelles et de jouissances profanes.

Seul l’infini l’intéresse.

Il souffre mais il n’est pas triste. Tous les hommes souffrent, il le sait. Il est même joyeux. Paisible, par-delà sa vie de rat, parce qu’éloigné des pièges d’un bonheur terrestre voué au néant.

Il fouille dans les déchets pour s’alimenter au jour le jour et poursuivre sans illusion son âpre route jusqu’à la mort.

Et pourtant la vue du ciel, des êtres rampants, des plantes, des cailloux et des autres humains le rend léger, bienveillant, souriant.

6 commentaires:

Liliana Dumitru a dit…

Superbe

Hortense a dit…

Seul dans cette chambre d'hôpital entre ces 4 murs tout gris de désolation, il ne bouge pas. Il pense. Il essaie de trouver le chemin qui va l'aider à passer de l'autre côté. Personne à son chevet, on l'a abandonné. Personne pour lui amener cette petite douceur qui lui ferait voir un dernier coin de ciel bleu, même plus un sourire ou une parole tendre pour l'accompagner. Il est seul. Il sait qu'il va mourir et personne ne sera là pour entendre ses dernières volontés, d'ailleurs quelles volontés ? Disons plutôt ses derniers mots, sans intérêt certes mais ses derniers mots. Il aurait préféré encore pouvoir se lever à 5 h du matin même pour quérir sa pittance, mais rien, trop usé, trop bouffé par cette maladie immonde.
Nous sommes en France...nul besoin d'aller en Inde pour voir des gens malheureux..

Liliana Dumitru a dit…

Hortense,
Il ne s'agit pas du malheur dans le texte, mais du bonheur tout-puissant qui transcend ce malheur, qui le comble du divin lumineux, que ce soit en France, a Calcutta, ou ailleurs.
Liliana

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

Hortense,

Sauf que le "héros" de mon texte n'est point malheureux. Au contraire, il est heureux.

On peut souffrir et avoir de la lumière en soi.

Raphaël Zacharie de IZARRA

Liliana Dumitru a dit…

Quant au mourant seul sur son chevet... oui, c'est poignant. Poignant parce qu'il est prête à passer le seuil vers l'au-delà sans voir l'AU-DELÀ qui est déjà LA, depuis toujours là, avec lui, à travers les ailes des anges, par exemple, qui ne l'ont laissé seul même pas une seconde de sa vie gâchée, car il meurt et il se croit toujours seul....

Anonyme a dit…

http://www.youtube.com/watch?v=V4RV63njQsw
Le courage d'une âme de danser pour vaincre la détresse, d’être heureuse dans ses malheurs, c'est la plus belle prière.