samedi 12 septembre 2015

1130 - Les rigoles de mars

En mars les averses traversent mon coeur avec heurts dans un fracas de haricots.

Des casseroles entières de cette eau aiguë comme des lames se déversent dans ma cervelle allumée. L’onde de la saison tranchée est une soupe glacée au goût âpre et vert de terre et de lune mêlées.

De ces flaques de pluies surgissent des horizons flous, des clartés incertaines, des mers profondes, des brumes éclatantes. 

Images sévères de flammes lointaines et frigides. Et je me laisse emporter avec délices dans cet azur de grisailles et d’écume céleste issu du caniveau.

Alors ma mélancolie naît d’un mélange de vapeurs. L’une issue de la cuisson des artichauts, l’autre constituant certains nuages aussi blancs que la neige.

En ce mois des germinations tout est en ébullition dans mon potiron. Ma coquille est pleine des flots tristes mais féconds qui dans une même chute suprême et universelle humectent le sol où glisseront bientôt les escargots dans la mollesse et la sérénité de leur soleil liquide aux rayons aqueux. Les pieds dans l’eau, les pensées en l’air, je me noie dans mars comme je me noierais dans un océan sans sel, sans chaleur, sans couleur, mais avec des vagues qui ressemblent à des oiseaux.

Dans les sillons creusés par les douches frigorifiantes de mars, des ruisseaux se forment. Vifs et argentés. Et à travers ces tourbillons de joie à basse température des visages apparaissent et me parlent de choses mystérieuses, d’espaces infinis, de hauteurs incommensurables, de mondes étranges, de beautés nouvelles, de fromage à faire fondre sur mes artichauts.

Et c’est sur cette évocation alimentaire que mon spleen si doux se transforme en sinistre tristesse.

Mais très vite, du fond de ce gouffre de molécules matériellement nourricières, je parviens à prendre appui pour mieux remonter jusqu’à l’éther de l’esprit. Tel est le miracle de mars.

Mars est devenu pour moi le plus morose, le plus riche, le plus redouté, le plus attendu, le meilleur et le pire mois de l’année. Avec ses séductions froides et pénétrantes comme des silex, il a détrôné les chaudes, chatoyantes, écoeurantes douceurs de septembre.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Ah! que Mars est un joli mois
C'est le mois des surprises
Du matin au soir dans les bois
Tout change avec les brises
....
Fier de ses fleurs écloses
On voit le pêcher au soleil
Ouvrir ses bourgeons roses
Alors tout a des charmes
Mars a le visage vermeil
Et sourit de ses larmes
Alfred de Musset