jeudi 8 octobre 2015

1134 - Aristocrate laid et bossu

Né dans les douceurs de la soie, les délicatesses de la dentelle et les vices de l’or, j’ai tété mes nourrices à peau laiteuse avant de les morde fort prématurément

Des limbes dorés d’où je suis sorti la dent acérée, j’ai hérité d’une bosse. Cette infirmité, immonde quand elle a poussé chez la gueusaille, se présente comme une flatteuse singularité sur le dos des gens de mon espèce. Une sorte de fioriture horrible qui fait toute ma différence.

Cette excroissance me conférant cette silhouette hideuse -et même effrayante- est mon plus grand bonheur d’aristocrate fortuné.

Egocentrique, imbu de ma disgrâce, caractériel, méchant par nécessité, dépensier par éducation, pervers par goût, je ne veux ressembler à personne, pas même à Apollon. Je préfère être cette grimace unique plutôt qu’une rose banale.

Les femelles détournent leurs regards de ma face ignoble : comme si mes charmes de polichinelle n’y suffisaient pas, la généreuse Nature a fait mes traits fort laids. Mais par la vertu de mes écus les belles, cupides, acceptent bien vite de les contempler.

Mon argent fait briller comme un soleil ma face de gargouille et fait luire ma protubérance ainsi qu’une Lune difforme.

On pense que je suis plein de mollesse à l’égard de ces bonnes âmes qui veillent à ce que mes désirs les plus baroques soient comblés.

Erreur.

Pour les récompenser de leurs ardeurs feintes, sourires forcés ou politesses de façade et autres faussetés, je leur adresse mes pires cruautés d’esthète au coeur pourri et à l’esprit vif et joueur. Ainsi pour Noël j’offre à mes amantes les plus assidues, donc les plus vénales, des coffres lustrés remplis d’asticots vivants, à mes bonniches paresseuses des bijoux confectionnés dans des os de condamnés à mort, à destination de leurs enfants (dont la simple vue m’insupporte) des diablotins faits avec des cordes de pendus, à mes valets fidèles des baguettes de bois vert avec lesquelles ils ont ordre de fabriquer les robustes badines qui leur chaufferont l’échine toute l’année.

J’aime particulièrement me rendre aux funérailles, surtout celles de mes amis. Pour moi c’est jour de fête que d’enterrer mon entourage. Je me sens plein de verdeur au contact de la mort des autres. Plus ils sont nombreux à rejoindre le cercueil, plus je me sens vivre. Devant leur cadavre puant je ressens la félicité de l’épargné, la chance du survivant.

Je suis un vieil aristocrate laid, bossu et riche. Mais en réalité ma vraie richesse, celle qui me maintient en vie, me rend heureux de manière constante, qui fait que je suis satisfait de mes oeuvres, c’est ce mélange en moi de fumier et d’épines. L’un me nourrit, les autres m’aiguillonnent. Ainsi je ne tombe jamais à terre.

Je suis le seul à n’être pas dupe. Ainsi je traverse l’existence, tordu, fangeux, amer et cynique, cruel et lucide, bien certain que ce n’est pas pour moi qu’on m’aime mais pour mon argent.

VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=nCNsnhEAeDw

http://www.dailymotion.com/video/x53ma6b

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Quand l'amour rencontre la bête(...humaine)
c'est "la belle et la bête"
Les imperfections se transforment
en =perfect imperfections" et la bête en
un parfait(imparfait)cochon à dévorer de
la tête"tête de lard" au pied"pied de cochon"
et la queue en tire-bouchon Tirelepimpon !
Ah!L"Amour nous étonnera toujours
Utopie réaliste de "croire et aimer"
E-Man Aimé

Anonyme a dit…

L'amour est aussi vrai que le soleil
Qui brille pour tout le monde ici-bas
Mais le coup de foudre...Heureux qui comme...
Un seul être vous manque..tout est dépeuplé
Veritable question existencielle
Qui es-tu?D'où viens-tu?Où vas-tu?
Coeur?Cerveau?Esprit?Rayon divin?Quelle couleur?
On peut vivre sans amour!coeur sec et aigri
cynique haineux (l'opposé de l'amour)
Sans amour et sans haine?? Voyons...
On n'est pas des robots!!
Ange Jade Doré