vendredi 28 janvier 2011

906 - Futilité de l'emploi

N'ayant jamais été trituré par le moindre désir de promotion sociale, de "liberté financière", d'épanouissement professionnel, j'ai vécu jusque vers trente ans chez mes parents.

Ce furent les années les plus heureuses de mon existence. Parfaitement désargenté, durant cette longue période je n'ai à aucun moment rêvé de toucher un salaire, bien au contraire.

La perspective de l'indépendance matérielle ne m'a jamais séduit, c'est la raison pour laquelle de toute ma vie je n'ai émis la moindre revendication au travail rémunéré. L'accès aux biens matériels (voiture, garage pour la loger, canapés, parasols, piscine, portail électrique, vacances, chaudière, véranda, skis, caravane, bateau, etc.) que depuis tout temps j'estime superflus a toujours été pour moi une forme d'esclavage à des causes futiles.

Un peu d'argent de poche pour mes amusements de Peter Pan m'a largement suffit. Pourquoi exiger de l'existence plus de confort et de rêves que je n'en avais déjà avec mon lit, mon bureau et ma machine à écrire dans la vaste bibliothèque paternelle où s'entassaient de vieux ouvrages, plus de jouissances que celles, gratuites, saines et immédiatement accessibles que me procuraient les éléments, les saisons, les choses simples du quotidien, plus de trésors alimentaires que ceux que mes parents récupéraient dans les poubelles des magasins alentours ?

Je circulais aussi bien que n'importe qui en pratiquant l'auto-stop. Je suis allé ainsi visiter toutes les régions de France et une dizaine de pays d'Europe. Mes déplacements locaux s'effectuaient par ce même moyen. J'étais comme un propriétaire de véhicule, les inconvénients de la propriété en moins.

Aussi je ne comprends pas que des jeunes sans travail -mais non sans sécurité alimentaire et matérielle de base- ne se satisfassent pas de leur sort, stérilement turlupinés par des rêves de possession de véhicule, de vacances au soleil, d'achat de maison... Je peux comprendre que l'on exige un travail quand on est dans une situation réellement critique, mais lorsque l'on a accès avec certitude à des ressources minimales, je considère comme une hérésie, un luxe honteux et surtout un comportement anti-civique inspiré par du pur égoïsme le fait de réclamer du travail, donc un salaire, alors que tant d'autres jeunes loin d'être dans une situation aussi chanceuse en ont légitimement plus besoin que soi-même !

J'estime que dans un contexte socio-professionnel difficile où il y a tant de chômage, la moindre des choses pour un jeune ayant accès d'emblée au minimum vital sans avoir l'impérieuse obligation de gagner un salaire, c'est de se contenter de ce qu'il a et de laisser la place aux autres, pères de famille ou chômeurs sans ressource, qui ont vraiment la nécessité de travailler.

Cela ne l'empêche nullement de vivre, AU CONTRAIRE !

Un jeune sans travail mais néanmoins en pleine sécurité matérielle -ce qui fut mon cas- devrait remercier le sort et en profiter pour occuper ses jours à des choses plus passionnantes que la recherche d'un emploi. Ne pas devoir travailler pour financer l'achat d'une voiture, d'une maison, d'un salon, d'une cuisine, etc. est une chance. Persuadés pourtant que leur salut ne peut passer que par l'accumulation de biens matériels futiles et grotesques ainsi que par le mimétisme social basé sur le modèle dominant, cette jeunesse sans emploi ira grossir les statistiques du chômage en réclamant à la société un dû dont elle n'a fondamentalement pas besoin.

Désirer travailler pour pouvoir se faire construire une maison quand on a déjà un toit au-dessus de sa tête, pour se nourrir tandis que la providence Poubelle pourvoit en partie aux mets et desserts ou bien pour posséder une voiture alors qu'on peut effectuer gratuitement de courtes et longues distances avec les véhicules des autres, cela reste du secondaire, du superficiel, de l'amusement que l'on prend à tort pour des choses sérieuses.

On me rétorquera qu'un jeune qui a envie d'une vie de couple et de fonder un foyer doit s'émanciper de la proximité et de la dépendance parentales... Faux ! Jusqu'au début du siècle dernier en France des familles étendues se sont constituées au sein d'un même foyer, et aujourd'hui encore la chose est courante dans les pays où la mentalité est patriarcale et le sens de la famille reste fortement ancré. Et cela fonctionne parfaitement. Moi-même pendant des années je suis demeuré sous le toit parental sans argent, heureux entre le contenu de mes chères poubelles, les hôtes poussiéreux des étagères de la bibliothèque et les regards certes étonnés mais bien réels d'une compagne qui, de son côté adoptait sans problème le système opposé au mien.

Malheureusement dans notre société vulgaire basée essentiellement sur les satisfactions matérielles, les autres bienfaits que nous offrent généreusement le sort, la nature ou même l'âge ne sont pas universellement appréciées. Tout n'est question que "d'intelligence de la situation", de maturité de l'esprit, d'indépendance de pensée.

Avec mon parcours exemplaire hors circuit du marché du travail, étant totalement détaché des inconsistances sociales, insensible aux inepties matérielles mais réceptif aux beautés simples et naturelles de la vie, je suis l'illustration la plus flagrante de la validité du modèle izarrien, donc de la justesse et de la pertinence de ces présents propos.

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Je devance les éventuelles remarques des contradicteurs en précisant qu'il n'y a aucune honte à être chez ses parents jusque trente ans et même plus. La honte c'est de se croire inutile ou de se sous-estimer sous prétexte que l'on ne travaille pas aux yeux de la société. Un homme n'est pas une machine, pas un robot. Il n'est pas sur Terre pour être utile à un système économique mais pour vivre, gratuitement.

Je suis chanceux il est vrai et c'est exactement ce que je dis dans mon texte. Je ne suis pas le seul à avoir cette chance que certains considèrent malheureusement comme une malchance. Ils ont autant de chance que moi mais se croient défavorisés par le sort et, influencés par le discours extérieur et les séductions superflues du monde du travail, exigent d'avoir un emploi alors qu'ils pourraient avantageusement s'en passer ! A cause de cette influence de la société de consommation et de la reconnaissance par le travail rémunéré érigé en véritable religion, certains ont tout pour eux et croient pourtant avoir tout contre eux. Chercher un travail est à mes yeux une déchéance quand on peut vivre sans attaches matérielles excessives sur les bases de revenus minimums.

J'ajoute que moi je travaille, sauf que mon travail n'est pas reconnu sous prétexte qu'il ne me rapporte aucun argent.

Dès qu'une activité ne rapporte pas d'argent, en règle générale elle est dévalorisée par la société. Pourtant il existe des paresseux salariés et des travailleurs courageux non rémunérés.

Sachez pour finir que je déteste la paresse, le laisser-aller, la vie de parasite. En aucun cas je n'ai fait la promotion de la paresse. J'ai juste fait l'éloge de la liberté de pensée et d'activité.


VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=OqC6VPK3W4g

http://www.dailymotion.com/video/x412fsl

12 commentaires:

Tanguy a dit…

C’est quand même la honte à 30 ans de ne pas avoir réussi à couper le cordon familial et avoir des parents sur le dos, qui eux ont bien réussi à faire leur vie et s‘assumer, et s’attendent que leurs rejetons en fassent autant, à moins d‘avoir des parents possessifs. En même temps, sans tomber dans le matérialisme effréné, lorsque qu’on est dans une situation précaire, on peut comprendre.

Anonyme a dit…

Je crois avoir compris que vous craignez une certaine dépersonnalisation par le travail ou de cassure de l'être... Comme Christophe Dejours, dans son livre ; Travail usure mentale, il fait un lien intéréssant entre la dépersonalisation et le travail à l'usine. C'est l'homme tout entier qui est conditionné au comportement productif par l'organisation du travail, et hors de l'usine il garde la même peau et la même tête. Dépersonnalisé au travail, il demeurera dépersonnalisé chez lui.
[Christophe Dejours]


Cependant, ce n'Est pas tout travail , productif à une société ( proffesseur etc ) qui ammène à cela, et surtout en ce qui concerne l'artiste car Être artiste, c'est du travail, du travail, du travail et encore du travail

Anonyme a dit…

Correction ; Je veux dire, ce n'est pas TOUT emploi, qui ammène à cela... au contraire. et je crois que plus une personne étudie, plus elle acquiert cette liberté, mais liberté au détriment de d'autres. Mais trouvé l'équillibre entre un emploi dans une usine et sa vie intellectuelle et personnelle ( et continué a renvendiqué ces valeurs non matérialistes, anti capitaliste etc ), est certe beaucoup plus difficile à celui ci que à l'universitaire à mon avis. mais je crois que c'est tout à fait réalisable, quoi que , le mérite et la reconnaissance social à la fin est moindre...

Anonyme a dit…

En tout les cas, merçi pour votre texte, très intéréssant. Tout de même, l,homme en général acquiert sa fierté, au moins le respect, dans notre société et dans beaucoup d'entre elle, par ce que tu donne, par l'' entraide '' collective. le travail.

Anonyme a dit…

Par exemple, dans une tribu des iles, je ne sais trop quoi, l'Entraide est un piliers, et cette entraide, est le travail, c'est un moyen de tisser et d'unir une société, mais ceci dit, dans ce cas ci, c'est beaucoup moins hiérachisé que dans les société européenne.

Anonyme a dit…

A la vue du commentaire de Tanguy, permets-moi de te dire, Raphaël, que tu te donnes bien de la peine pour rien.

Je vais être honnête avec toi - et je me permets de te tutoyer - je n'ai jamais vu quelqu'un de ton envergure, quelqu'un qui pense que le travail inutile. A l'inverse de cet imbécile hâtif de Tanguy, je reste sceptique, je réfléchis à tes propos.

J'espère seulement pour toi qu'ils proviennent de ta main et non de celle d'un autre, auquel cas je me sentirai frustré d'être manipulable si facilement.

Tu n'es pas bête, Raphaël. Sache qu'être un paradoxe comme toi, c'est une vraie force. Mais puisses-tu un jour trouver des individus à rallier à ta cause, ou essayer de trouver une profession acceptable sans forcément gagner de l'argent. Par exemple, un professeur... N'as-tu pas envie de transmettre ?

Paix.

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

Anonyme,

Il est évident que ces textes publiés ici (à l'exception des trois textes de mon frère Xavier annoncés comme tels) sont de moi, sinon quelle valeur aurait ma démarche ?

Je ne plains pas de ma vie, bien au contraire. Jamais je n'ai travaillé de ma vie, professionnellement parlant. Suis-désespéré, exclu ou malheureux pour autant ? Certes pas.

J'aimerais que par rapport à la place qu'on attribue abusivement au travail dans notre société les gens soient plus intelligents, libres, indépendants d'esprit.

C'est ça le vrai courage.

Raphaël Zacharie de IZARRA

Nargisse a dit…

Bonjour, Monsieur de Izarra,
Je trouve que vous avez raison. Les gens attachent tout bêtement de la valeurs à l'argent, et pas au travail de qualité, de noblesse, de haute-volée.
Très bon texte! Je vous remercie au nom de toute vérité qu'on n'ose pas dire....
Nargisse

Anonyme a dit…

Fils à papa.

dodo a dit…

comme un mélange de punk - bourgeois - religieux.

Anonyme a dit…

Vous peiné à comprendre le malheur des jeunes sans travail ? L'humain est un être remplie d'altruisme, à priorie...

Riche et Célèbre a dit…

Il y a un cas où le travail est tolérable et même recommandé, c'est quand il n'en est pas un, ou plus exactement, qu'il n'est pas que cela. Je veux parler du travail plaisir, de celui qui déborde de l'individu comme une nécessité (envie de pisser) et aussi du travail addiction. Sans oublier le travail-refuge, qui consiste par exemple pour un mari, un père, à se consacrer le plus possible à cette activité qui l'éloigne de sa femme et de sa progéniture, ce qui revient sous prétexte de nourrir celles-ci à se les rendre supportables.