lundi 4 août 2014

1066 - Réponse à mon voisin Pierre

Pierre,

Rêver d’ailleurs, précisément c’est de cela dont il est question. 

Et on ne rêve bien de voyages verticaux que lorsqu’on est sous la Lune, hors des choses désirées, loin des étoiles, que l’on croupit dans un bon vieux trou de péquenauds, comme moi. Mais cette tombe depuis laquelle fusent mes rêves, moi je l’assimile glorieusement à une tour d’ivoire du haut de laquelle je morgue le monde, isolé comme le roi des cons -assumé- au milieu de l’escalier.

Oui il faut de tout pour faire un monde, même un IZARRA (car il n’y en a qu’un seul dans tout l’Univers) aux conceptions poétiques étriquées, fouilleur de poubelles, rouleur à vélo, railleur de Duponts et marchant à côté de ses vieilles pompes déglinguées qui font honte à son Isabelle. Et même obsédé par la vie secrète de son voisin, seul vrai centre d’intérêt immédiat de son existence de rat radieux depuis le départ de Coralie, ex-sujet d’études izarriennes.

Tu es né sur la terre plutôt que sous la lune. Soit. Alors va, la Terre entière est à toi, je te la laisse, tu as toute ta vie pour la parcourir, et même dépasser ses horizons de pluies et de vents, de soleil et de plomb. 

Moi j’ai l’éternité pour courir après les astres. 

Et cela, depuis mon simple escalier. A partir du trou du cul du monde, cela peut sembler paradoxal mais l’infini s’ouvre réellement à moi. 

Et ce ciel à explorer, il commence sous mes pieds. Tu es le point de départ de mon regard sur le Cosmos sans limite. C’est pourquoi tu es si essentiel, et en même temps si dérisoire, dans ma cosmogonie poétique.

Ma poésie Pierre, est une miette de lumière qui part de mon refuge de rongeur (je te rappelle que ton plafond est mon plancher et que symboliquement ton ciel est mon point de départ) pour s’élever vers l’Empyrée. Je me sers des soupes de la mère Chapogne, authentique carne de la vieille province pétrifiée pour, à partir des fulgurants contrastes qu’elles provoque en moi, faire surgir le feu olympien. La soupe aux légumes est le carburant de ma fusée lyrique.

Ma poésie, et tu le sais, prend racine dans ce XIXème siècle visqueux, rance, morbide, poussiéreux, étriqué, périmé, si souvent dénigré par mes détracteurs... En effet, c’est un petit pays, un patelin de bouseux, un repaire de ploucs qui pue la bouse de vache et les habitudes jaunies des pensionnaires d’hospices misérables, un patelin plombé par la torpeur, l’immobilisme, suintant la crétinerie ambiante et la gnôle locale, mais justement c’est de là que tout démarre, que tout naît, que tout commence, que tout germe, que tout s’élève, que tout évolue.

Bref, que tout s’allume et ne s’éteint JAMAIS.

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