mercredi 11 mai 2016

1174 - Théâtre

Ici je raille ouvertement le théâtre intellectualisant plein de fumées, de stérilités cérébrales et de prétentions.

Le rideau se lève, l’astre entre en scène, la farce savante commence, les faces attrapées en sont éblouies.

La grave baudruche enflée de son artistique importance rayonne sur les planches.

Ce vide pompeux inspire de profonds égards.

Le public n’en est que plus attentionné, recueilli, voire franchement extasié... Il en a eu pour son argent : à un tel coût, pas question de rire, il faut rester sérieux !

Avec ses allures compassées de grand initié de la chose, le comédien -qui connaît son affaire- impose la posture à la salle. Celle-ci est de toute façon acquise depuis l’achat des billets frappés à l’effigie de quelque improbable éphèbe aux airs de philosophe impénétrable...

Ici on est au théâtre. Au Théâtre, même. Pas au cirque. De cela, nul n’en doute. Surtout au prix où ont été achetés les tickets...

Le saltimbanque sous le projecteur intimiste se donne sans compter : les perles de sueur sur son front et ses airs solennels confèrent une force surréaliste, magistrale aux mots “doctement sibyllins” distillés avec une lenteur calculée, une sobriété marmoréenne, une clarté sonore inégalable... Dont tous feignent de comprendre le sens. 

Peu importe : avec cette lumière étudiée, ce costume noir, cette mine affectée, cette atmosphère si particulière, l’effet est garanti et les applaudissements seront nourris.

Bref, l’esthétique minimaliste et mystérieuse de la pièce conforte les spectateurs d’assister là à un chef d’oeuvre pour gens raffinés et avertis.

Au bout de deux heures de monologue délicieusement narcissique et savoureusement prétentieux -certes parfaitement incompréhensible mais cela ne s’avoue évidemment jamais à voix haute-, c’est le triomphe !

Performance accueillie avec une ferveur ostentatoire par l’assistance étouffée par le respect, plongée pendant deux heures dans une concentration quasi religieuse.

Cela en vaut bien la peine : cent vingt interminables minutes de cet exercice de haute voltige scénique méritent ces acclamations !

Les admirateurs ne s’y trompent pas.

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