samedi 7 décembre 2013

1022 - Une statue dans le vent

Il a le front orageux, le regard furieux des grandes âmes sombres et lumineuses.

Ses cheveux sont des flammes. Ses sourcils de la cendre. De sa gorge rude sortent des grognements d’ours. Sur ses tempes, des flots d’amertume.

Ses larmes lui ressortent par les oreilles.

Cet animal est sourd. Pourtant son ouïe débile est un temple.

En lui, la folie du génie. La maladresse de l’idiot. L’allure du bohémien.

Il a l’avachissement du vieillard mais la hauteur de l’enfant. Avec ses trompettes dans le coeur, son tambour dans la tête et ses cordes sous la semelle, il va, sensible à la brise, attentif à la tempête, imperturbable.

Asocial, il est à l’écoute des murmures de la pluie, du chant des chats de gouttières, des cris de chouettes et de l’infini. Sa surdité le rend spectral, bestial, humain.

Auguste vagabond, il erre quiètement sous la Lune. A la ville il est pastoral. En pleine campagne il rêve de gloire.

Et face au public, devient gauche.

Il mène son monde à la baguette mais est incapable de se gouverner pour les choses domestiques. C’est une ombre vaste et solennelle qui adoucit les siècles et fait gronder les étoiles.

4 commentaires:

Liliana Dumitru a dit…

Cette Etoile, ce Prince de la Plume, cette Merveille de mon univers, c'est Raphaël!

Liliana Dumitru a dit…

C'est merveilleux de lire un texte si surprenant et d'une telle unicité des images, sur un personnage dont la mémoire est bourrée de clichées!

Liliana Dumitru a dit…

J'en suis sincèrement émerveillée, parce que la, vous menez le lecteur vers l'ESSENTIEL qui fut l’âme de Beethoven, pas un mot sur la MUSIQUE qui ne fut que l'expression glorieuse, bien sur, de cette âme immense....

Eperl a dit…

D'une justesse de premier violoniste.