dimanche 20 mai 2007

651 - Visite au Louvre

Au Louvre deux mondes antinomiques se télescopent. Là-bas, l'Art -objet d'attention suprême, par essence affranchi des bornes de la médiocrité et de la pensée horizontale- nous est imposé à travers une structure policière ultra sécuritaire incompatible avec la Beauté censée incarner liberté de pensée, hauteur de vue, noblesse d'âme.

Caméras de surveillance innombrables captant tous les champs, violant tous les visages, badges à puces électroniques ostentatoires du personnel, cerbères armés aux allures agressives canalisant la foule, fouilles systématiques des sacs à l'entrée aux rayons X, tout cela finalement agresse l'esthète en quête de tranquillité et contribue à déshumaniser sa démarche voluptueuse. Le visiteur épris de hauteurs artistiques, dès qu'il passe le seuil du Louvre, a l'impression d'être l'hôte d'une geôle en or, infantilisé, obligé de marcher au pas dans les rangs, encadré "d'armoires" stressantes à l'oeil suspicieux, escorté par une véritable armada de systèmes électroniques et informatiques hyper sophistiqués... Voilà qui détériore les rapports humains ainsi que l'atmosphère de cet endroit dédié à la paix et au raffinement.

Ce régime totalitaire (d'inspiration policière et administrative parfaitement étriquée) à travers lequel sont accessibles les oeuvres n'incite pas les beaux esprits à la sérénité. En outre, en ces lieux hautains, prétentieux, l'on sent les effets infâmes de la vanité humaine : suprématie de l'argent, règne du luxe, dictature de l'apparence, promotion de l'intellectualisme creux, port du foulard Hermès, mépris de l'authentique esthète vêtu sans éclat mais hanté par le Beau... Aux antipodes des musées de province encore pleins de charme, de simplicité, d'humanité, voire de jovialité.

Au Louvre hauteur de vue artistique et réalités sécuritaires brutales sont indissociables.

Noblesse de l'homme et bassesse marchande vont également de pair sous la pyramide de verre : l'Art est prétexte à faire pipi pour un euro, à boire un verre d'eau pour 1 euro cinquante, à faire payer de banales cartes postales deux euros, à se déplacer dans les galeries avec un chapeau sur la tête à cinquante euros... En fait les toilettes sont bien sûr gratuites au Louvre, ainsi que les verres d'eau, et on n'est pas obligé de porter de la soie pour passer pour un honnête homme. On ne paye rien de tout cela.

Mais c'est tout comme.

Une fois passée l'entrée éprouvante de cette caserne et achevée la quête du ticket d'entrée délivré par des machines serviables parlant un anglais international parfait, la chose la plus vulgaire à laquelle on peut assister au Louvre, ce sont ces éternels groupes de japonais abrutis au dernier degré qui dans un silence solennel se pressent les uns sur les autres, fiévreux, pour mitrailler... Est-il besoin de le préciser ? La Joconde et la Vénus de Milo.

Ce qui m'amène à penser que décidément l'Art n'est pas seulement un facteur d'élévation individuelle, il est aussi le révélateur de la suprême bêtise des masses.

VOIR LA VIDEO :

https://rutube.ru/video/fc4dedd123ba92bd6ae6dc485959dcf8/

http://www.dailymotion.com/video/x3k0czn_visite-au-louvres-par-raphael-zacharie-de-izarra_travel

2 commentaires:

Sourire oblique, bras croisés a dit…

La Joconde éclatée est un Livre publié par La Maison d'à côté et composé de :
*Le traité de Jocondoclastie , rédigé par Jean Margat expose, exemples à l'appui, comment déconstruire la Joconde. Ce grand œuvre pataphysique --texte et image- avait été publié en 1959 dans la revue BIZARRE.
Il est ici accompagné de quelques réflexions :
*La Joconde dans l'art du XXe siècle
par Claire Margat
*La Jocondoclastie expliquée
par Marc Décimo
*Les Jocondes par Enrico Sturani
*La Joconde , le dossier du film. z
Le DVD comprend
*les travaux de Jean Margat dûment classés
et enfin
*le film La joconde d' Henri Gruel et Jean Suyeux inspiré des travaux de JeanMargat où le transcendant satrape Boris Vian joue un professeur de sourire... oblique.


http://www.youtube.com/watch?v=AmTYrMOH6-0&feature=related

filledemnemosyne a dit…

Si je n'étais pas épuisée j'essaierai de faire quelques commentaires sur ce sujet.
Sur ces sujets,devrai-je dire parce que ce texte inspire plusieurs réflexions.

Je ne vais pas le décortiquer ce soir. J'y reviendrai. Demain peut-être. Ou un autre jour. J'ai tout mon temps.

Mais au moins, je ne me repose pas sur mes lauriers...(ou sur mon canapé!) Je réfléchis et je livre !

Ce qui me vient à l'idée, comme ça, après un premier survol, c'est mon dernier séjour dans le nord.
Pas dans un musée.
Tiens cela me fais penser que j'aurai pu rendre visite à la momie.Je l'avais oubliée la pauvre vieille jeunette!

Non, c'est cette chapelle. Un endroit pour se recueillir bien sûr et aussi, demander des grâces.
Un endroit dans lequel on n'a pas envie de se sentir, non épier, faut peut être pas exagérer, mais de sentir la présence d'un surveillant. Comme dans les bibliothèques. Ou un informateur,comme dans les offices de tourisme.

Cette présence, certes peut-être nécessaire dans un monde d'irrespect, m'a perturbée.
J'aurai préféré l'œil de la conscience derrière mon dos que cette paire d'yeux discrets qui parcouraient les pages d'un dépliant.

Comme le visiteur du Louvre qui aimerait être en communion avec l'âme de Vinci, j'aurai, dans cette chapelle de mon autrefois, aimé être en communion avec la mienne. Sans tiers.