dimanche 20 mai 2007

692 - Bal du 14 juillet

Ce soir toute la gueusaille du village est réunie à la salle des fêtes pour le bal annuel offert par l'État français.

Il y a le maire trônant dans l'étable républicaine, ivrogne notoire à peu près illettré qui remplit les actes officiels avec des fautes de cancre de sixième. L'Eugène est à ses côtés, fier comme un bouseux qu'il est sous prétexte que cette année la commune l'a désigné pour ranger les chaises et les tables de la salle des fêtes. Il se prend pour le premier adjoint le temps d'une soirée, pénétré de son auguste insignifiance.

Il y a de la trompette dans l'air, du gros tambour, des rires gras et des éclats de canettes. Pourtant ici on boit du rosée, une tradition du village. Enfin, on mélange la bière en canettes et le rosée. C'est pas tous les jours 14 juillet !

Tandis que le drapeau tricolore flotte au-dessus des fêtards, la Gisèle a des vapeurs crapuleuses et le Bertrand bégaye tout seul, déjà ivre-mort alors que l'accordéon n'a pas encore donné le signal de départ... Signes que la fête sera belle cette année.

Écoutons plutôt le maire qui prend la parole en guise d'ouverture des festivités :

- Mes chers concitoyens et administrés et néanmoins amis, cette année je ne serais trop (SIC) recommander de prôner la modération en les lieux publics de cette fête que je vais avoir la joie de pouvoir en être à la tête au nom de la République française. Il faut que je vais vous rabattre (SIC) les oreilles avec un espèce de répétition forcée pour que vous comprenez qu'il faut pas aller conduire en boivant trop...

Applaudissements, sifflets de joie, rires rauques d'approbation !

- J'ajoute, j'ajoute que pour faire bonne figure aux administrés qui boivront comme il faut pas contre la loi, que la loi elle sera a leur regard vigoureuse de réprovation ! Qu'on se le dise et que la fête commence ! Vive la République, vive la France et vive... !

Les accordéons en délire ne laissent pas le temps au maire de finir son allocution ! Les hommes et les femmes aussitôt forment un amas chorégraphique douteux, bancal, embaumé d'odeurs de transpiration, de friture et de rosée exhalé avec d'odieuses éructations...

Passons sur les détails ignobles du déroulement de la soirée et faisons le bilan.

A deux heures du matin lorsque tout est fini, on ramasse un comateux éthylique, un assommé,  abandonne à leur sort deux assoiffés dont le propre fils du maire, trois endormis jusqu'à l'aube dont un dans le fossé non loin de la salle des fêtes, devine deux futures avortées, trois dépucelages, quatre cocus, constate une arcade sourcilière à recoudre et quelques dégâts matériels secondaires, sans compter les menues blessures par éclats de verre.

Et pour finir, étendu dans un coin de la salle des fêtes, le visage baignant dans une mare de rosée régurgité et mêlé du tabac de son propre mégot écrasé mais néanmoins toujours collé à sa lèvre inférieure, le maire.

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