dimanche 20 mai 2007

661 - Le "JT"

On l'appelle très sérieusement la "Grand-Messe du 20 heures". Ou plus sobrement, plus imbécilement le "JT".

Le "Jité" pour les abrutis encore plus dociles que les autres.

Comme le hamburger mondialisé, la "Grand-Messe du 20 heures" est le modèle type de l'émission de télévision consacrée aux nouvelles, le standard international de la diffusion neutre et conviviale de l'information, dans un style plus ou moins calqué sur l'officiel et sérieux -et tout aussi aliénant- "TIMES".

Bref, la "Grand-Messe du 20 heures" est censée être l'aboutissement de la "pensée" dans le domaine de la culture télévisuelle.

Au "JT", le summum de la vulgarité s'affiche en costume-cravate. Les termes mêmes "Grand-Messe du 20 heures" forment une atteinte au bon goût. Ces mots sous-entendent que le téléspectateur perverti par le matraquage médiatique ambiant adhère sans résistance à ces normes qu'on lui impose en douceur par costume-cravate et ton neutre interposés.

Les présentateurs de ces cérémonies triviales et ineptes (journalistes coupables d'abrutir les foules avec leur discours formaté devenu LA REFERENCE en matière de communication publique dans l'inconscient collectif) s'y font un nom, deviennent "célèbres" pour des millions d'esprits passifs et peu exigeants. Montrer sa tête au "Jité" suffit pour devenir un être cher dans le coeur de millions de téléspectateurs... Ces journalistes sont admirés comme des dieux, des acteurs de cinéma, des héros mythologiques même ! Leur mérite ? S'adresser chaque soir à la grande étable humaine captivée par la plus formidable machine à abrutir les foules qui ait jamais été inventée.

Ainsi Patrick Poivre d'Arvor, minable petit journaliste ni meilleur ni pire qu'un autre et écrivain parfaitement insipide, Hugo des concierges, insignifiant, affligeant de nullité littéraire, sans le moindre talent, fait figure de héros contemporain chez le téléspectateur moyen... Les présentateurs des prévisions météorologiques, sous prétexte que leur image est contenue entre les quatre coins carrés de l'écran dans lequel il s'agitent avec des sourires lénifiants, sont adulés comme des princes. Les journaux télévisés et tout le cirque qui tourne autour transforment n'importe quels petits journalistes de province en Albert Londres.

En apparence seulement. Dans la notoriété, mais certainement pas dans le talent.

Faire du journal télévisé la référence contemporaine en matière d'information, l'utiliser comme voie officielle, traditionnelle par laquelle s'exprime le Président de la République, c'est oublier que nul n'est censé posséder cet instrument diabolique destiné à avilir les foules, à faire taire la pensée, à niveler les sensibilités dans le sens des intérêts commerciaux.

Nul n'est censé non plus prendre connaissance dans les détails ou dans les grandes lignes des faits menus et majeurs agitant ou apaisant la planète, nouvelles rapportées à travers des prismes officiels toujours déformants. Information moulée dans un cadre occidental, définitivement figée dans son traitement, sa priorité et sa diffusion par les écoles de journalisme et par conséquent triée, reformulée, tronquée, exagérée ou aseptisée. En bref, ciblée de manière arbitraire, subjective, partiale, par les journalistes à la solde de l'esprit médiatique dominant, loin, très loin de l'authentique journalisme à la Albert Londres.

Savoir que la terre tourne avec son lot quotidien de douleurs et de merveilles devrait suffire à l'information définitive de l'honnête homme. Le reste, les présentateurs de journaux télévisés, n'est que vanité. Les journalistes affichant leur face compassée sont des têtes en trop, des pantins convaincus de leur utilité, juste un bruit inutile qui s'ajoute au permanent brouhaha planétaire qu'ils s'ingénient à répercuter d'abrutis en abrutis, inlassablement, médiocrement, pathologiquement.

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