dimanche 20 mai 2007

649 - La mort

Lorsque claquera la Porte, s'ouvrira le grand show cosmique.

Effrayant, inouï ou intime et serein selon l'imagination, les craintes ou les espérances de chacun, le passage ne sera finalement qu'une formalité.

Au-delà de la pourriture, la Lumière.

L'atroce, l'immonde, l'épouvantable pourriture est l'ultime illusion à chasser, le dernier piège à éviter, la suprême insignifiance à mépriser. Une fois le cadavre sous la stèle, le spectacle doit continuer. Après les horizons bornés du temps, l'Éternité. Qui n'est rien d'autre que l'affranchissement de la conscience d'un cadre physique, matériel, la libération de l'esprit des limites d'une durée linéaire.

La mort est une aventure à vivre, une expérience unique à ne manquer sous aucun prétexte. La mort, voyez-vous c'est aussi l'humour.

Nos restes que dévore le ver et que corrompt la fange ne sont qu'inoffensives grimaces de la matière. Et le marbre recouvrant nos os, qu'un masque grotesque. Rien que des drôleries puantes. Pas de quoi élever des autels, et nul besoin non plus de les conserver dans des bocaux ou de les embaumer. Chaque destinée est un trésor autrement plus intéressant que ces puériles poteries funéraires.

Un homme qui meurt laisse tout derrière lui, c'est une banalité de le dire. Pourtant, la plupart des gens follement attachés à ce qui est périssable s'acharnent à accumuler passionnément des biens temporels. Peut-être à travers ces possessions ont-ils l'impression de prolonger, densifier leur existence... Châteaux et or, qui ne sont qu'assemblages d'atomes voués à de perpétuelles transformations et recyclages -même si c'est à l'échelle géologique-, châteaux et or disais-je contempleront du haut de leur immuable indifférence leurs maîtres lorsque ces derniers seront étendus au fond de leur cercueil. Envers ceux qui leur auront manifesté de chaleureuses affections, les objets se montreront bien ingrats à l'heure du grand départ...

Aussi, préférons un sage et relatif détachement à l'égard de la matière. S'enchaîner à ce fardeau de poussière, c'est s'embarquer pour le grand Ailleurs avec d'amers mirages. Le dépouillement matériel libère l'esprit, allège le coeur.

L'existence terrestre est l'apprentissage grandeur nature de l'Homme et sa dépouille en route pour le cimetière, le point limite entre deux extrêmes. Derrière, la misère. Devant, l'infini.

Nul ne connaît la mort, personne n'a jamais côtoyé le Mystère, aucun vivant ne peut dire un mot de ce qui se passe dans la tombe mais tous ont l'intuition d'un endroit sans limite. Même les plus sots, les plus noirs, les plus incrédules, les plus obtus, les plus lourds des esprits ont cette intuition.

La tombe n'étant que le promontoire de l'infini, répétons-le, le grand show doit continuer...

VOIR LA VIDEO :

https://rutube.ru/video/f6f2ed09cd72b0ddf7cfbd31c60ebc9a/

2 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

Obligée d'y penser ce soir.

Quand elle vient comme délivrance mais qu'elle murmure : Souviens-toi !
Comme elle était belle, et vraie, et vivante.
Et simple, et grande. Et proche, et femme.

Symbole médiatique de cette croix portée par nombre de séniors de notre siècle.

"Ma mère, mon bébé", disait sa fille.


Certes, elle avait du bien mordre à la vie!
Mais sa façon de peindre la nôtre était miroir sans fard, sans comédie.
Vraie.

Oui! Elle a eu une existence privilégiée au regard des nombreux anonymes qui errent dans les couloirs à la recherche de leur prénom, de leurs enfants dont ils ne se souviennent que petits, à la recherche de leur chez-eux surtout.

C'est là que prend le sens de votre texte Raphaël.
On n'emporte rien! Qui que l'on soit.
Au stade de Monsieur D. ou Madame G. sur une fiche de transmission, tous égaux.

Elle aurait pu "Mourir d'aimer",
mais elle est partie d'oublier !
Madame Girardot.

M-H.

Liliana Dumitru a dit…

La Mort, le grand passage vers les etoiles, est bien plus belle que ne pas vivre SA vie:

http://www.youtube.com/watch?v=0mSHQgpeCbQ&feature=fvwrel