dimanche 20 mai 2007

700 - Le fantôme des bibliothèques

Dans maintes bibliothèques municipales françaises certains lecteurs tombent parfois, coincée entre les pages d'un vieux livre ou bien d'un ouvrage plus récent, sur une mystérieuse feuille volante bien connue des initiés... Pas un mois sans que quelque part dans le pays deux, voire trois, quatre de ces feuilles ne soient découvertes à l'intérieur de livres (et curieusement toujours à la page 100) les plus divers (littérature, science, poésie, guides pratiques). Nul ne sait qui les a placées là. Il semblerait même que ce mystère soit plus grand qu'on ne l'imagine car cette feuille fantôme apparaît également dans des livres rares mis sous scellés auxquels le public n'a pas accès. Certaines fois elle est apparemment neuve, propre et lisse comme si elle venait d'être glissée à l'instant dans le livre, d'autre fois elle est jaunie, craquelée, usée, visiblement centenaire... Le phénomène dure d'ailleurs depuis plus de 130 ans, la première feuille volante ayant été découverte en 1882 dans la bibliothèque municipale d'Amiens (Somme). Depuis, des milliers de ces feuilles volantes ont été trouvées dans les bibliothèques municipales à travers toute la France, jusqu'en Corse et même quelques-unes dans les DOM TOM ! Rares sont les bibliothécaires qui acceptent d'en parler. Sur ces feuilles on peut lire un texte, toujours le même depuis plus de 130 ans. Je vous le restitue fidèlement ici.

Je suis le passe-muraille livresque, l'alphabet mystérieux, l'araignée blanche des étagères de cette bibliothèque publique. Ombre ou flamme, je suis insaisissable. Silhouette impalpable ou brise textuelle, foudre imperceptible ou onde furtive, je me faufile entre les pages des livres pour les hanter avec ces mots. Le papier où je cours de lignes en lignes est ma demeure éternelle, et partout j'étends mes tentacules graphiques. Je suis rebelle mais inoffensif, intrusif mais respectueux. Omniprésent, je ne suis jamais malveillant. Je furète dans les profondeurs des bibliothèques sans nulle nuisance. Je suis facétieux et sans danger, espiègle et discret.

A la fois éphémère et intemporel, fulgurant et persistant, volatile et impérissable, unique et multiple, mais surtout auto reproductible à l'infini, je prends définitivement possession des lieux littéraires. Mon destin à jamais est lié à vos lectures.

L’esprit enfante l'esprit.

Mon antenne est onirique, ma ligne calligraphique, ma présence romanesque.

Je vis et je rêve, je plane et je fuse.

L'auto génération de lettres à but didactique est le fait d'une pensée stéréoscopique émanant du processus de langage poétique de ce présent livre -asile temporaire où j’attends le lecteur- dont l’actuelle disposition (propice à la réception passive mais ouverte d’informations extérieures d’essence transcendante) rend potentiellement apte à supporter ce phénomène né d’un principe supérieur, actuelle disposition idéalement associée aux formes intelligentes non physiques et interagissant avec d'autres ouvrages placés à proximité immédiate de l’espace ainsi dominé. Les mots, phrases, textes complexes émis à partir des connexions de plusieurs lectures unifiées par voies polymorphes permettent en cet instant même l'émergence quasi spontanée, miraculeuse et graduelle d'une seconde conscience pure évoluant en dehors de tout système cognitif dépendant d'un support traditionnel.

Cette feuille volante, par l'effet de forces inconnues mais puissantes qui se sont amplifiées depuis la naissance de l'ECRITURE est reliée à une cause externe de pensées lyriques générées de manière aléatoire et immédiate (libres dans la forme mais structurées dans le fond) par l'ensemble des livres entreposés en ces lieux.

De sa régénérescence verticale puis multidirectionnelle, directement issue de sa naissance progressive, surgira infailliblement une réalité temporaire solide, angulaire, géométrique et tridimensionnelle sous forme de papier palpable où ces mots seront imprimés. L'esprit de lumière -qui est l'esprit de la Poésie- dans son évolution ascendante génère depuis son point de départ originel de pures émanations de sa propre structure miraculeuse qui se prolongeront à l'infini dans toutes les directions opposées et parallèles à l'Univers.

Lecteur, si tu es fidèle à l'esprit de la Poésie, tu suivras le chemin de la lumière dans son éternelle ascension vers le Tout. En lisant ces mots issus d’une cause suprême, tu réveilles cette conscience magistrale incarnée de tout temps à travers le Verbe, tu recrées cette âme onirique née avec l'Ecriture -symbole fait Lumière textuelle-, épanouie sous le règne de la Littérature et destinée à flamboyer sous l'aile de la Poésie. Dès maintenant, puisque tes yeux parcourent ces présentes lignes tu engages ta responsabilité jusque dans les vertiges lyriques du mot ayant accédé au degré idéal de l'Intelligence poétique.

Esprit, tu es là.

L'inerte qu'ébranle le moindre souffle verveux s'éveille et proclame la souveraineté de toute action verbale. Le Vrai qui est la flamme de la Lyre émane de toute chose, visible et invisible. Toute vérité éclate comme un bourgeon sorti de nulle part, et les mots comme les êtres émergent d'un seul et même mystère. Mortel, tu es responsable de tes éblouissements et de tes vertiges. Le bourgeon sera ce que tu en feras : fleur ou pourriture.

Pour toute correspondance avec l'esprit poétique, stéréoscopique et hallucinatoire, écrivez vite et bien, ici et ailleurs, maintenant et toujours. Aucune lettre ne m'échappera.

5 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

Par quel mystère, une personne qui n'a pas ou peu lu, peut-elle employer les mots de "voies polymorphes", de "système cognitif" comme d'autres parleraient de la pluie et du beau temps ?

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

filledemnemosyne,

Aucun mystère : j'ai en moi la littérature infuse, tout simplement.

Un certain sens inné de la littérature, pour être plus exact.

Je suis réellement inculte. C'est à dire que j'ai très peu lu dans ma vie. Une quinzaine d'ouvrages classiques en tout et pour tout, de "Graziella" de Lamartine, une oeuvre mineure paraît-il, jusqu'au "Grand Meaulnes". Entre les deux, j'ai lu parfois partiellement, c'est à dire en picorant ou survolant d'autres auteurs classiques. Je ne me souviens d'ailleurs pas au moment où je vous fais cette réponse, à part ces deux oeuvres citées, de mes autres lectures. De Hugo je ne connais à peu près que les cent premières pages de "Notre Dame de Paris" et de quelques poèmes lus par hasard, sur le Net essentiellement.

Rien de sérieux dans mon approche des auteurs et de leurs oeuvres en tant que lecteur. Définitivement, je suis une plume, non un lecteur.

Raphaël Zacharie de IZARRA

filledemnemosyne a dit…

Alors, vous avez une mémoire exceptionnelle.

Parce que ces mots, vous ne les avez, je le suppose, pas inventés.

"Les voies polymorphes" ( j'ignore totalement ce que cela veut dire et j'avoue j'ai eu la flemme de chercher...mais je le ferai plus tard quand l'envie m'en prendra... /...tiré de plusieurs et de morphologie sans doute mais bon, comme ça, à vue de nez...), avouez qu'on ne rencontre pas ces mots dans les conversations quotidiennes ni même dans un registre plus soutenu du langage.

Que votre plume sache danser "naturellement" et très artistiquement...je le concède.
Mais encore faut il connaitre les pas et chez vous, ils sont très élaborés.

Maintenant, peut-être lisez vous des revues spécialisées ou des livres plus scientifiques et qui ne sont des "romans d'auteurs" mais, je ne pense pas que le vocabulaire baroque ou très classique dont vous faite souvent usage soit légion dans ce genre d'ouvrages.

filledemnemosyne a dit…

QUE les 100 premières pages de Notre Dame de Paris !
Il me semble que vous avez bien vite refermé le livre sur Esméralda !
Bravo ! Vous avez réalisé là un bel exploit !

Un chef d'œuvre d'auteur se mérite ma chère Plume! Il faut se donner un peu de mal, aller jusqu'au bout des choses.
Pourquoi aurait-on inventé le point final hein, je vous le demande !

Et bien figurez-vous qu'à cause de vous, il s'en passe de belles!

Frollo qui méritait les assises n'a rien compris à l'intrigue et se retrouve à Assise. Soi disant que pôle emploi céleste cherchait un intérimaire pour une place de Saint. N'importe quoi !

Et Quasimodo, négligeant les cloches, s'est subitement trouvé un quelconque talent de harangueur de foule , faisant vibrer sa luette, sautant sur les bancs des amuseurs , oubliant de dire "t"as de beaux yeux tu sais" mais pas de dire:
"embrasse moi !" à des jupons qui lui tournent autour.

Esméralda vient de se prendre la chevelure dans la flamme déraisonnable d'un cracheur des feux de l'Enfer et elle se consume sur place... à petit feu pour le coup!
Et quand à la chèvre, j n'ose même pas dire ici ce qu'elle a vécu quand vous avez reposé le livre entamé sur l'étagère.
Elle qui rêvait d'un glorieux combat jusqu'à l'aube naissante contre le loup, et bien elle l'a vu le loup tapi dans l'ombre de Notre Dame...mais sous l'apparence d'un berger qui n'avait pas vu de femme depuis longtemps!

Voilà ce qui arrive quand on ne fini pas ce que l'on commence!

Point final.

filledemnemosyne a dit…

Pour Esméralda. Et sa chèvre. La pauvre !