dimanche 20 mai 2007

691 - Un cri vers le ciel

Les cloches de la cathédrale sonnèrent dans la clarté du matin, assourdissantes.

Attiré par les clameurs de l'airain, je m'approchai du monument. Concert dantesque qui hurlait au ciel la piété des hommes !

Je demeurai au pied de l'édifice, fasciné, un peu terrifié aussi. La pierre vrombissait, la cathédrale entière formant une caisse de résonance géante. Telle une montagne solennelle aux ailes de titan, à la gueule vulcanale, le vaisseau grondait.

La silhouette gothique qui se détachait dans le ciel éclatait de sainte fureur. Des corbeaux tournoyaient au-dessus de ses multiples sommets. La voix des bourdons montait toujours, emplissant la nue... Bientôt ce fut la tempête. Un orage de sons sourds, denses, graves, qui devint égal, uniforme puis quasi silencieux : je n'entendis plus les cloches mais à la place, un son pur.

Un léger sifflement. Une note légère, fine, aérienne.

Le choeur du métal, par sa beauté simple, saine, brutale, avait déclenché en moi une nouvelle capacité à entendre, l'ouverture d'autres yeux, l'éveil d'une autre conscience. Les cloches agissaient sur moi de la même façon que le bruit sourd d'une trompe met le cristal en vibration. Ou de manière plus imagée, pareil au son rauque du cor qui occasionne un chant de flûte à travers le verre qu'il fait vibrer. J'accédai à une réalité supérieure. Une transfiguration de ma sensibilité ordinaire, de mes capacités de réception matérielle venait de s'opérer : j'entendais l'inaudible.

Le son des cloches était derrière moi, je n'entendais plus que son essence, une musique fluette, comme si je percevais l'âme et non plus le corps des choses.

Bientôt le silence fut total autour de moi, bien que le clocher fût en branle. Juste la voix d'un ange, la corde d'un séraphin, le rire d'un esprit au-dessus de moi...

Emporté par le vent de la Beauté, j'étais parvenu jusqu'à la source du Mystère. Un bref, très bref instant. L'illumination fut furtive : en baissant les yeux vers le parvis, tout redevint fracassant.

Je restai un moment, troublé, décontenancé avant de m'éloigner, le pas chancelant. Les cloches derrière moi sonnaient toujours à la volée. Puis s'éteignirent progressivement. C'est là que j'entendis à nouveau la Voix Suprême qui m'avait emmené si haut un instant plus tôt, mais sous une forme inattendue cette fois : la tourmente du "carillon" passée, les corbeaux prenant le relais se mirent à croasser longtemps, longtemps dans l'azur...

VOIR LA VIDEO :

http://www.dailymotion.com/video/x175qrn_un-cri-vers-le-ciel-raphael-zacharie-de-izarra_news

8 commentaires:

filledemnemosyne a dit…
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filledemnemosyne a dit…

Ce texte me parle mais j'ai du mal à comprendre sa fin.

"Le chant des corbeaux en parallèle avec les voix célestes".

Au premier abord, le corbeau, c'est le noir du péché. Le mal.
J'ai ensuite pensé au "corbeau" en guise de "prêtre".
Les voix liturgiques mais vues de manière ironique.
L'ai lu aussi dans un ouvrage de vulgarisation des symboles ceci:
Le croassement du corbeau évoque pour saint Augustin le mot cras qui signifie demain en latin (dans le sens de remettre ses efforts de rédemption au lendemain)
tandis que d'autres y voient l'espoir (c'est un corbeau qui apporte du pain à St Paul ermite)

Mais pour moi, ce peut être aussi un cri désespéré qui déchire le ciel. Je retiendrai cette signification là.

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

filledemnemosyne,

Ce texte est tout banalement biographique, les corbeaux ne symbolisent rien dans ce texte. Je ne fais que rapporter un fait vécu au Mans.

Simplement j'apprécie beaucoup les corbeaux et leurs croassements qui m'évoquent le nord de la France et la campagne dans la brume, choses que j'aime tellement, et j'ai voulu rapporter le fait.

Raphaël Zacharie de IZARRA

filledemnemosyne a dit…

Ce qui est biographique n'est pas "banal"
Jamais "banal"!
Le fait vécu possède un corps et l'écriture intime dépasse tous les genres, lui conférant une âme.

Grises plaine du Nord prolongées par une mer dont les couleurs se confondent, toujours!

Corbeaux, nuées de vanneaux et mouettes mélangées, brumes de terre et de mer en mon cas.

Et en cri vers le ciel, l'appel poignant de la corne de brume qui me manque terriblement!

filledemnemosyne a dit…

Merci.

filledemnemosyne a dit…

Pour l'écriture intimiste. Et les oiseaux de paradis !

filledemnemosyne a dit…

Et le son de Jupiter