dimanche 20 mai 2007

653 - Eloge de l'insignifiance

(En signe de protestation constructive aux vaniteux qui me reprochent une certaine "insignifiance", je leur propose ce texte qui glorifie ce qu'ils désignent subjectivement comme une tare. Pourquoi décréter sottement que l'insignifiance est une triste chose alors qu'elle fait partie de l'Homme, qu'elle participe aussi de sa grandeur, précisément parce qu'elle est humaine et qu'elle souligne la riche réalité des êtres multi facettes que nous sommes ?)

L'insignifiance libère le mortel du poids de l'existence. Elle affranchit celui qui s'y adonne des lourdeurs de son époque, des vanités de sa condition, des devoirs mondains.

Se complaire dans le RIEN, le PEU, le DERISOIRE, c'est s'élever dans sa propre estime plus que dans celle des autres. C'est se regarder en face avec courage au lieu d'adresser à autrui ces sourires en forme de grimaces.

Exister à travers ragots, médiocrités, pitreries pitoyables, c'est renoncer à la mascarade officielle consistant à résonner plus fort que le clocher. Moi je me sens exister dans mes petitesses, petit à petit, détail après détail, instant après instant. Je ne rate aucune virgule dans le grand livre des phrases creuses et des mots vides de mon existence : je savoure les effets infinis du vent émis...

Le VENTEMI... Mot vide de sens qui coule comme une eau claire ! Le VENTEMI... Les EFFETINFINI du VENTEMI... Ça passe et ça fait passer des trains de vapeur, ça laisse des traits de fumée, des trous de brume, des traces de rosée. Ce rien avec lequel je remplis tout. Ce rien dont je fais le monde. Ce rien qui meuble et ma chambre et l'air, et ce texte et ma pensée.

Certains agitent l'air et appellent ça de la poésie. Moi j'appelle leur poésie du rien. Mais du vrai rien : du rien du tout.

Passe-temps vicieux des sans coeur qui se croient pleins d'amour pour le verbe, trop souvent la poésie leur fait croire à des merveilles en toc. Ils y croient dur comme fer, allant jusqu'à écrire à l'encre de Chine leurs mots immortels... Qui meurent sur place, sitôt séchés dans leur sillon de papier.

L'écran plat où s'affichent leurs états d'âmes oiseux, en connexion avec la planète entière, leur donne l'illusion de la profondeur. Serais-je le seul à ne pas me prendre au sérieux ?

C'est leurs regards lointains qui les rendent ridicules, ceux-là qui se prennent pour des plus que des "rien-du-tout"... Incapables de se voir posés sur leurs deux pieds, ils préfèrent voiler leur réalité avec de flatteuses fumées. Alors ils se donnent des pseudonymes effarants, des allures hallucinées... Ils s'imaginent des destins, des histoires, des mystères... Ils se conçoivent avec des artifices, singent les princes, portent d'étranges chapeaux...

Et après cela ils ont l'audace de me reprocher mon insignifiance dénuée d'atours, mon vide mis à nu, mon vent sans voile ! C'est que tous à travers leurs délires d'importance ont oublié l'essentiel : l'homme est aussi un fétu, un feu, un pantin.

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