lundi 14 mai 2007

12 - Les bassesses de la séduction

Mademoiselle,

Me voici enfin libre de mes mouvements, mon coeur est libre d'aimer qui il veut et de battre où il veut. Donnons-nous rendez-vous à la cathédrale de Chartres. Je suis libre vous dis-je, et votre jour sera le mien.

Ce contretemps aura-t-il atténué vos femelles transports ? Vous avez l'âme d'une livresque amante, je sais votre tempérament ardent, croisons nos regards dans la cathédrale ! Y serez-vous ?

Aurez-vous le courage de rencontrer votre amant et d'engager avec lui une fatale amitié ? Je veux voir briller vos yeux d'amoureuse dans la cathédrale. Je veux sentir le parfum du scandale sous les voûtes sages du pieux édifice. Les amours provinciales ont des charmes vipérins vraiment irrésistibles : je veux boire à la fontaine vénéneuse. L'esthète a soif.

L'existence, en plus de ses ordinaires vicissitudes, offre de temps à autre des occasions de donner le vertige aux coeurs avisés. Et je ne manque jamais, croyez-moi, de répondre à l'appel du sort. Votre nom m'est aujourd'hui une faveur.

Lirez-vous cette lettre dans les mêmes dispositions de coeur et d'esprit où je l'ai écrite ? C'est mon plus cher espoir. J'attends votre agrément. Cette fois l'adversité ne contrariera pas mon dessein qui est de vous voir de près, de très près.

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